AccueilLa UNEBCE lorgne le scrutin présidentiel et les alliances y attachées

BCE lorgne le scrutin présidentiel et les alliances y attachées

Juridiquement présidentiable depuis l’adoption de la Constitution , Béji Caïd Essebsi (BCE) annonce que le principe de sa candidature aux présidentielles semble acquis , mais seules les modalités et les formes restent à déterminer : « c’est effectivement un projet, mais il faut attendre que la date précise du scrutin soit fixée et le vote de la loi électorale soit fait , a-t-il répondu à la question « Vous portez-vous candidat ? », posée par les deux journalistes du site français Lepoint.fr QUENTIN RAVERDY ET ARMIN AREFI.

Exprimant l’espoir de voir les élections se tenir d’ici octobre 2014, il estime que les présidentielles doivent précéder les législatives, et rappelle que c’est l’ISIE qui se charge de l’organisation des prochains scrutins.

Conforté par les résultats des sondages qui le placent en tête des présidentiables et son parti Nidaa Tounes ,créé depuis un an et demi , comme la première formation du paysage politique , BCE est aussi grisé par le succès de sa stratégie annoncée, le 26 janvier 2012, un mois jour pour jour après l’investiture du gouvernement d’Ennahdha , et également par l’effort consenti pour convaincre Rached Ghannouchi d’adhérer au Dialogue National et épargner au pays un bain de sang .

BCE a , dans un premier temps ,demandé à Ennahdha et ses alliés de se conformer à la feuille de route de l’époque , consistant à élaborer la Constitution en un an et à préparer les élections pour la fin 2012 à l’échéance de leur légitimité électorale .Mais, après avoir senti la détermination de la troïka à utiliser le mandat pour gouverner et changer le modèle de société tunisien , il a décidé de former son propre parti, Nidaa Tounès (en juin 2012 ) et rassembler un large front démocratique anti-troïka . L’assassinat de Lotfi Nagadh lui donne une légitimité qui lui manquait cruellement, et les deux assassinats de Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi finiront par avoir raison de celle de ses contradicteurs de la troïka toujours insensibles aux doléances de l’opposition et de l’opinion publique, et appuyés par des Ligues de la Protection de Révolution (LPR ) qui se croyaient au-dessus de la loi .

Les développements de la situation en Egypte à partir de fin juin 2013 donnent une idée sur ce qui peut arriver à Ennahdha, et fournissent un argument à BCE pour convaincre Rached Ghannouchi, qui s’est déplacé en catastrophe pour le voir à Paris un certain 15 août 2013, que le moment du choix est venu.

BCE revendique ainsi un rôle clé dans l’adhésion du parti islamiste au Dialogue National « J’ai moi-même convaincu Ennahdha de participer au Dialogue National et lui ai dit que, s’il ne coopérait pas, son parti serait dégagé par la force »,avant de commenter : Ennahda a quitté le pouvoir, c’est une première, car, généralement, les Frères musulmans, lorsqu’ils y accèdent , ne le quittent que par la violence.

Les premières fuites et déclarations au sujet de la rencontre de Paris laissaient transparaître à l’époque une atmosphère conviviale, mais avec ce que vient de révéler BCE dans l’interview au site Lepoint.fr , on apprend que Rached Ghannouchi était carrément mis au pied du mur , et menacé même d’être délogé de force s’il ne cède pas le pouvoir à un gouvernement de compétences.

BCE a eu, dans quelques passages de l’interview, la dent dure envers les islamistes, surtout lorsqu’il affirme qu’Ennahda et les djihadistes sont issus d’une même famille, et leur but est de changer le projet social du pays. « Ils veulent une société islamisée avec la charia comme référence juridique dans la Constitution, mais leur projet a échoué, car la société civile existe désormais, et elle a réagi, notamment les femmes tunisiennes, à l’avant-garde de ce combat, contre cette tentative d’islamisation des institutions ».

Il reproche à Ennahdha son laxisme face aux violences des salafistes, et le retard pris pour classer Ansar Chariâa comme organisation terroriste, ce qui explique, à ses yeux, les meurtres politiques et l’attaque contre l’ambassade américaine .Il conclut en disant : « Nous avons certes connu une rupture de deux ans pour résorber cette nébuleuse, mais j’espère que ce n’était qu’un accident ».

Mais on a l’impression qu’il se ressaisit dans d’autres passages en parlant de spécificité tunisienne dont Ennahdha n’est pas exclu . Les nahdaouis sont tout de même bien différents des Frères musulmans égyptiens. Ils sont beaucoup plus civilisés. La Tunisie a toujours été un pays modéré. L’islam tunisien, sunnite et malékite, est une religion d’ouverture par rapport au wahhabisme , note-t-il au passage . Les nahdaouis qui ne seront plus un parti dominant comme durant ces deux dernières années, font toujours partie du paysage politique tunisien, finit-il par reconnaître.

Cette nuance semble accréditer l’idée d’une spécificité tunisienne, « la Tunisie est le seul pays du Printemps arabe à relativement bien s’en sortir, du fait qu’il est un pays civilisé, grâce à Bourguiba, qui a donné accès à l’éducation au plus grand nombre de Tunisiens. La femme y est libre depuis cinquante ans, et le pays a vu émerger une classe moyenne assez large. Insistant sur cette spécificité, il affirme que » le peuple tunisien est différent des autres et pas facile à convertir ».

Cette nuance est peut-être introduite à dessein par BCE pour mettre en valeur l’apport de Bourguiba, son maître et inspirateur , ou pour se mettre lui-même en valeur depuis le succès de son initiative lancée, fin janvier 2012 , ou bien ménage-t-il l’avenir pour garder toujours un terrain d’entente avec cet islamisme tunisien qu’il qualifie de « modéré » et avec lequel il aura peut-être , après les prochaines élections , un chemin à parcourir .

Aboussaoud Hmidi

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