AccueilLa UNEChedly Ayari : La nouvelle donne et le discours qui va avec

Chedly Ayari : La nouvelle donne et le discours qui va avec

Chedly Ayari apparaît, dans l’interview qu’il a accordée au journal Asharq Al-Awsat paraissant à Londres , sous un nouvel angle . Il revendique un statut d’expert tout différent des ministres du gouvernement, et d’homme apolitique se distinguant des politiciens de la place qui ne savent pas où ils sont en train de mener le pays.

L’expression claire du grand pédagogue contraste quelque peu avec le ton incisif de celui qui interpelle tout le monde. Il accuse les politiciens de s’attacher à partager une tarte qui risque de ne plus exister, et les avertit d’être un jour amenés, s’ils ne se ressaisissent pas, à avoir la pauvreté comme seule denrée à échanger. Il polémique , sans grand bruit, avec ceux qui rejettent le recours à la dette extérieure , assurant que le taux actuel de cette dette n’est pas en soi alarmant (entre 45% et 46%) , mais reconnaît toutefois, en le regrettant , que la totalité des emprunts n’est pas allouée au financement du développement . Il relève la contradiction de ceux qui veulent sortir au plus vite de la période transitoire, mais qui ne font rien pour faciliter cette transition en faisant des concessions qui s’imposent.

Il parle évidemment de tout le monde ,partis politiques , syndicats ,etc. les renvoyant le plus souvent dos à dos , mais il parle, aussi , de lui-même , du pessimisme qui a raison de lui petit à petit .Au moment de la prise de ses fonctions , il était plus optimiste , car il avait l’espoir que l’activité économique allait reprendre aussitôt , mais avec les assassinats de Chokri Belaid, en février 2013 , et surtout de Mohammed Brahmi en juillet , la donne a changé ,assure-t-il , surtout avec la revendication de faire chuter le gouvernement , portée par l’opposition , et il a l’air de dire que l’optimisme ne reprendra que lorsque cet état de choses changera.

Curieusement, tout au long de l’interview , il ne parle jamais de la troïka , qui l’avait pourtant porté à l’éminent poste qu’il occupe , ni d’Ennahdha qui n’a jamais tari d’éloges à son égard , prenant ses déclarations, avec les publications de l’INS, comme seules références qui attestent de la bonne santé de l’économie nationale .

Abordant le dossier économique, son domaine de prédilection , il affirme, à demi-mot ,que tous les maux (l’essoufflement de l’activité économique , le manque de ressources financières propres , l’orientation d’une partie des recettes de la dette vers le financement de la consommation et la détérioration des grands équilibres financiers) sont le fait de la classe politique qui ne fait rien pour trouver un langage commun et sortir le pays de la crise. Mais en expert apolitique , il dit que cette catégorie à laquelle il appartient , possède les moyens de faire démarrer l’activité économique , et susciter l’assistance internationale dont le pays a grandement besoin , à condition que les politiciens et l’UGTT leur donnent un agenda politique clair et leur garantissent un climat social serein . D’ailleurs, il affirme sans détour que l’Etat ne peut consentir d’augmentations salariales pour 2014 .

Il parle donc d’un cycle national qui doit se refermer au plus vite, avant fin 2013, insiste-t-il , pour que l’économie ne sombre pas ; mais il intègre ce cycle dans un autre plus large , celui du Printemps Arabe . Les pays occidentaux qui ont parrainé et salué cette vague révolutionnaire sont maintenant déçus. Ils ont misé sur un scénario qui permettrait l’émergence d’un islam politique démocratisé et modéré porteur de stabilité, de prospérité et de démocratie, mais se sont vite retrouvés face à l’irruption d’un islam à l’afghane: extrémiste radical abritant des foyers de terrorisme.

Chedly Ayari affirme, en réponse à une question sur les aides économiques internationales qui ne parviennent pas au Printemps Arabe ,que l’Occident n’est pas en train d’hésiter à fournir ces aides , mais qu’il se questionne sur l’opportunité de ce choix, ce qui donne une idée sur l’état d’esprit des décideurs internationaux.

L’actuel Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie , qui a succédé à Mustapha Kamel Nabli , limogé pour son apolitisme et son attachement à un statut de technicien , se retrouve, après un an ,presque à la même position que son prédécesseur . Se prépare-t-il donc, par cette initiative, à prendre le large, et à prendre l’opinion publique pour témoin ,comme l’avait fait auparavant Nabli avant son éviction , ou bien cherche-t-il à se doter de larges pouvoirs qui lui permettraient de mettre en œuvre son savoir d’expert apolitique pour redresser une économie agonisante , justement au moment où le pays cherche une personnalité qui correspond à ce casting . Cela paraît dépendre plus des rapports de forces nationaux et internationaux, que des convictions des uns et des autres .

Aboussaoud Hmidi

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