AccueilLa UNEEl Abassi persiste et explique. Le gouvernement transformera-t-il l'essai?

El Abassi persiste et explique. Le gouvernement transformera-t-il l’essai?

Vendredi 20 mai 202 à Sfax devant Forum de la Fiscalité de l’institut arabe des chefs d’entreprises (I.A.C.E), le gouverneur de la BCT Marouane El Abassi se livrait à l’exercice des prévisions, entre chant du cygne, glas et tocsin.  Pour l’année 2022, les prévisions de l’Institut d’émission tablent sur une croissance dont le rythme demeure assez lent (2,6%) sachant que les derniers chiffres publiés par l’INS font apparaître une croissance de 2,4% en glissement annuel au T1 2022 par rapport à la même période de 2021. « Outre la poursuite des retombées de la crise sanitaire, cette évolution reflète surtout l’impact de la crise ukrainienne qui affectera notamment les industries manufacturières exportatrices et les services, en particulier le tourisme et le transport, et ce par la transmission de l’impact de la crise en Europe ». Et de sonner ensuite le tocsin, en précisant que « selon nos estimations, une baisse de l’activité dans la Zone Euro de 1% sur l’ensemble de l’année entraînerait une baisse d’environ 0,4% de la croissance en Tunisie ».

  • Lanceur d’alerte, moins tir-au flanc que le gouvernement

Et toujours dans la même logique du Warning d’un responsable de la politique monétaire qui a la tête sur les épaules dans une économie surexposée, El Abassi pointe du doigt « les fortes pressions sur les équilibres globaux, non encore remis des effets de la crise sanitaire, notamment le secteur extérieur ».

Et d’enfoncer le clou, en annonçant comme se refusent toujours à le faire le gouvernement et son porte-parole, que « tous ces facteurs font que le déficit courant devrait s’aggraver pour avoisiner les 10% du PIB en 2022, contre 6,8% prévus initialement et 6,1 % en 2021, avec une aggravation du déséquilibre des finances publiques bien au-delà des prévisions de la loi de finances 2022 ». Et de quantifier ensuite, en bon prévisionniste en alerte, que « le déficit budgétaire serait alors de l’ordre de 9,7% du PIB contre 6,7% comme le prévoit par la LF 2022 ».

Bête noire de la BCT, l’inflation a été le fil conducteur du discours du Gouverneur devant les entrepreneurs du 1er pôle économique de la Tunisie. Modérateur de l’inflation, mais dont le souci n’est pas celuidu gouvernement, par les outils dont il dispose et que le gouvernement calcule peu, le Gouverneur de la BCT explique la flambée de l’inflation, par « l’augmentation fulgurante des prix internationaux des produits de base, notamment l’énergie et les céréales et les fortes perturbations au niveau des chaînes d’approvisionnement ». Une évolution qui « atteste du caractère persistant de l’inflation qui connaîtrait une forte hausse au cours de la période à venir ». Moins tire-au-flanc que le gouvernement, El Abassi ne prend pas de gants pour avertir que « l’inflation pourrait très vite devenir à deux chiffres, ce qui entraverait toute chance de stabilisation macroéconomique, préalable indispensable à une vraie relance économique ».

  • Un averti devait en valoir deux, captieux compris

Et comme pour répondre, sans le dire, à tous les fourbes qui l’appelaient, il y a quelques semaines à relever le taux directeur (Ndlr : L’Egypte l’a dernièrement relevé de 200 points de base, à 12,25. Aux USA, avec une inflation à 8,3 %, la Fed hausse son taux directeur à 3 %), El Abbassi revient sur la dernière décision de la BCT de relever le taux directeur de 75 PB. « Cette décision qui émane de la conduite d’une politique monétaire proactive, vise à éviter une dérive de l’inflation (inflation à deux chiffres en cas d’inaction) et ramener son évolution à des niveaux plus compatibles avec les objectifs macroéconomiques ». Et de rappeler que « la Banque Centrale n’a pas cessé d’alerter contre les risques de résurgence des tensions inflationnistes et a appelé à la mise en œuvre des réformes structurelles, de nature à placer la croissance économique sur une tendance ascendante, soutenue et durable.

Un averti devait en valoir deux. Pour s’en rappeler, il suffirait de se référer aux  communiqués du CA de la BCT des derniers mois, comme celui de mars, où elle exprimait déjà sa préoccupation à ce sujet ».

Répondant à la logique simpliste du simple client de banque, le Gouverneur de la BCT explique que « en menant une telle politique monétaire proactive, la Banque centrale vise à endiguer les tensions inflationnistes et à contenir, par la même, les pressions sur le secteur extérieur, ce qui serait de nature à préserver les réserves de change du pays et atténuer les pressions sur le taux de change du dinar, outre le fait d’ancrer les anticipations ». C’est ce qu’a du mal à comprendre le client lambda. Mais c’est aussi ce qui explique d’ailleurs la bonne résilience affichée par le dinar entre 2020 et 2022 en dépit des difficultés de l’économie nationale et la morosité de l’activité.

  • La grande explication aux nuls, sur l’inflation

Faut-il rappeler, comme l’a fait à Sfax le Gouverneur El Abassi, en février 2019, la BCT avait relevé son taux directeur à 7,75 % et  cette action, alors critiquée, a porté ses fruits. Le taux d’inflation a été en effet ramené d’un maximum de 7,7% en juin 2018 à 6,1% en décembre 2019.

La BCT, gardienne de l’orthodoxie financière comme par ailleurs dans le monde, œuvrait alors dans le cadre des missions qui lui sont dévolues par la loi à la stabilité des prix et à la consolidation de la stabilité financière. L’objectif était aussi d’assurer un environnement monétaire et financier favorable à l’investissement et à la création d’entreprises, et soutenir un climat des affaires stimulant pour les opérateurs économiques.

Parallèlement, la BCT veille à préserver la stabilité du taux de change du dinar par un suivi rigoureux du fonctionnement et de la liquidité du marché des changes interbancaire afin d’assurer la couverture des besoins en devises des opérateurs économiques et garantir ainsi le bon dénouement de leurs transactions avec l’extérieur.

Depuis le début de cette année, le dinar a subi la forte volatilité de la parité Euro/Dollar et a marqué une dépréciation de 7% par rapport au billet vert, alors qu’il est resté pratiquement stable contre l’Euro.

« Cette baisse du dinar s’explique principalement par la hausse généralisée du Dollar contre toutes les monnaies émergentes à l’instar de la livre égyptienne qui s’est dépréciée de près de 15% contre le dollar depuis le début de l’année, de même pour la livre turque (-13%), le forint hongrois (-11%) et le Dirham marocain (- 8%) », expliquait à Sfax le Gouverneur.  

Force est ainsi de constater que la BCT, de M.K Nabli à M. El Abassi, en passant par Feu Chedly Ayari, assurait  une politique monétaire proactive pour endiguer les tensions inflationnistes et contenir les pressions sur le secteur extérieur, conditions sine qua non du maintien d’un environnement de change stable et de l’ancrage des anticipations.

  • Le gouvernement Bouden sautera-il le pas d’un nouveau Code de change ?

Pour la BCT et son Gouverneur, comme pour le gouvernement et sa cheffe, qui coopèreraient, paraît-il sans accrocs visibles, il y a nécessité de réussir le processus de l’internationalisation ou l’impulsion des entreprises tunisiennes sur les marchés internationaux traditionnels ainsi que la facilitation de leur accès à de nouveaux marchés, un effort qui ne doit surtout plus souffrir de retard. 

Premier à se lancer, mais peut-être en accord avec Nejla Bouden, Marouane El Abbassi n’a pas hésité à déclarer à Sfax que « la BCT a entrepris de consolider son long processus de libéralisation progressive et continue de la réglementation des changes, par un travail de modernisation du code y afférent via une nouvelle loi régissant les relations financières avec l’étranger ». Et de formaliser son annonce, en affirmant que « cette loi annoncera l’engagement ferme, longuement souhaité des opérateurs, d’une levée des restrictions restantes aux opérations de change ».

Ce qui est sûr, c’est que le nouveau code, si tant est vrai qu’il deviendra une réalité, permettra surtout une meilleure adaptation aux mutations technologiques notamment en matière de digitalisation des paiements à l’international, liée  au développement du e-commerce de biens et de services. Ensuite, la simplification et la levée de toute incohérence dans certains textes, entraînant une perception et compréhension insuffisantes de certaines dispositions.

Reste à s’assurer que le gouvernement et sa cheffe sauteront le pas vers cette libéralisation, et dépasseront les phobies liées aux réserves en devises et aux applications d’achat en ligne, et aussi aux effets d’une déconstruction d’un code de change vieux d’un demi-siècle, et transformerait ainsi l’essai d’El Abassi !

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1 COMMENTAIRE

  1. c’est une bonne décision de la banque centrale qui devra être suivie par une action cohérente du gouvernement en place avec la bénédiction des partenaires sociaux pour réussir à contrer l’inflation et booster la croissance la seule qui crée richesse et emplois et qui réduit l’endettement intérieur et extérieur , maintenir la monnaie nationale à un niveau constant et appréciable dans l’interet du pays et sa population et effacer les années de braise du pouvoir des islamistes et leurs differents alliés avec la complicité des nouveaux partis politiques et politiciens qui n’ont de programme que d’accéder au pouvoir politique au nom de la démocratie qui a appauvri le pays et sa population

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