La loi de finances 2026 est passée. On ne sait pas pourquoi, mais cela avait fait pleurer le président de l’ARP, Brahim Bouderbela. Un texte plein à craquer de cavaliers budgétaires. Pour information, un cavalier budgétaire, est une disposition législative introduite dans une loi de finances qui n’a aucun rapport direct avec les recettes et les dépenses prévues par la loi. Une utilisation abusive du texte budgétaire pour faire passer une mesure sans lien, souvent censurée par le Conseil constitutionnel, s’il en existait un. Des cavaliers, chevauchés par des députés qui, réduits au rang de simples fonctionnaires, se prennent pour un pouvoir exécutif et défient l’autorité du chef de tout l’Etat.
– La Dame de fer à l’œuvre
« Le mot devient éculé, tellement je l’ai répété devant vous. Mais il faut que vous compreniez qu’on ne peut pas tout mettre dans une loi de finances. Cela est contraire aux dispositions de l’article 10 de la loi fondamentale du budget », explique encore la ministre des Finances.
Et Mechket Slama de citer l’exemple l’opération de régularisation des situations d’employés et leur intégration, qui ne se font pas avec des lois, mais avec des textes réglementaires. Et la ministre d’enfoncer le clou dans la chair, en martelant que « avec de tels articles, avec de telles idées, même si on y présume la bonne intention, on porte atteinte à l’autorité, accordée par la constitution, au président de la République », mettant ainsi les députés en porte-à-faux avec le chef de tout l’Etat.
Puis, et comme si elle lisait dans les pensées de certains initiateurs de projets d’articles dans la LF 2026, ou qu’elle démontait le mécanisme de leur modus operandi, la ministre à la tête du 1er département qui sera impacté par de telles pratiques, ajoute que « cela veut dire que ce dernier ne pourra plus exercer ses pouvoirs. On lui met des textes de loi dans la loi de finances, et on se débrouillera pour les exécuter. On organisera alors un ou deux sit-in à la présidence du gouvernement, et cela poussera l’Etat à régulariser à notre guise. C’est cela que vous demandez », dit-elle avec un regard tout en colère retenue. Et dans un ultime effort de faire imprimer la loi dans la tête de ceux qui sont sensés bien la faire, elle martèle encore que « les textes réglementaires sont du seul ressort du chef de l’Etat. Il n’y a pas d’intégration, de transfert d’une administration à une autre, ou d’un poste à un autre, par un simple article dans la loi de finances juste pour faire de la publicité ».
– Une découverte, pas négative, pour le grand public
Nommée le 5 février 2025 à la tête du ministère des Finances en remplacement de Sihem Nemsia, la magistrate Mechket Slama Khaldi fut en fait la véritable découverte de la session parlementaire 2025.
Présidente de la Commission nationale de réconciliation pénale et membre du Conseil de la concurrence, personne ne s’attendait à ce qu’elle réussisse, haut la main, son premier oral devant des députés, dépités de leur nouveau statut de fonctionnaires, et désireux de « rébellion ».
Rares sont les observateurs de la scène gouvernementale qui s’attendaient aussi à découvrir une Dame de fer défendre bec et ongles un texte qui n’était pourtant pas différent de celui de 2025, même si elle a mal géré une partie des débats budgétaires et commis l’impair (à notre avis) de quitter un moment la coupole de l’ARP. Et à lire les commentaires sur les réseaux sociaux, les Tunisiens ont plutôt apprécié l’image de cette nouvelle ministre, élégante, et droite comme un balai dans la défense de son texte, il est vrai avec l’aide et le soutien écrit de son équipe de hauts cadres du ministère des finances.
– Une ministre en défaut de communication, d’où ce qui est arrivé à l’ARP
Il nous semble aussi important de remarquer que la nouvelle ministre n’a pas seulement repris le texte de l’ancienne ministre des Finances (par ailleurs renvoyée de la pire des manières), comme le lui avait dit le député Jibril, mais qu’elle a fait comme Sihem Nemsia en matière de communication. Force est en effet de remarquer que Mechket Slama Khaldi aurait pu éviter tout ce qui lui est arrivé à l’ARP si elle avait pris la peine d’informer, plus et mieux, les nouveaux élus, à propos de la conjoncture qui a obligé à une telle LF, des contraintes budgétaires qui y ont obligé, ainsi que des contraintes financières de tout l’Etat qui ont fait que la LF 2026 ressemble obligatoirement à celle de 2025, comme l’avait assuré le député.
La LF concerne tous les Tunisiens, détermine leurs moyens et fixe leurs dépenses, en fonction justement des moyens de l’Etat et de ses ressources. Une meilleure communication, qui aurait pu démarrer depuis le début du deuxième semestre de 2025, directement ou à travers la presse, aurait pu améliorer la compréhension des députés des véritables besoins du Tunisien, ce qui aurait pu éviter le gâchis de temps à faire des propositions irréalisables. En bref, la nouvelle ministre est appelée à améliorer sa communication, indoor et outdoor.








