Elle n’est plus souriante, comme on avait l’habitude de voir cette juge dans l’hémicycle de l’ARP. La ministre des Finances est fâchée, même si ses efforts pour le cacher sont visibles. Ce mardi 2 décembre, Mechket Slama Khaldi arborait son visage des jours sérieux, évitait de regarder la source de sa colère, maintenait son regard plongé dans ses dossiers, et ne se lâchait que quelques fois pour exprimer sa colère des mains, comme si elle sifflait la fin de la récréation dans une agora qui aurait pris un peu trop de liberté et oubliait qu’elle n’était plus qu’une fonction législative et plus un pouvoir qui pourrait légiférer comme elle voulait, indépendamment des vœux de l’Exécutif et des réels besoins du peuple qui l’avait élue.
– Le coup de gueule raisonnable de la ministre
« Je voudrais rappeler une règle importante, qui a été dépassée. Et je m’adresse là au sens de la responsabilité qui est le vôtre. Le budget de l’Etat a déjà été voté, et il y est demandé à l’Etat un ensemble de dépenses importantes, en 2026 et jusqu’à 2028, pour régulariser des situations, de faire face au travail précaire, de faire face aux recrutements contenus dans les premiers articles, sans compter toutes les propositions présentées », rappelle vigoureusement la ministre des Finances en ponctuant ses propos de main ferme.
Et d’ajouter, le visage fermé, comme une surveillante qui vient d’attraper un élève en flagrant délit, que « je remarque que ces propositions sont contraires à l’article 49 de la loi du budget. Et je sais ce que je dis. Le peuple doit m’écouter. L’article 49 a été enfreint, et ainsi dépassé. C’est-à-dire que les députés présentent une proposition qui génère une nouvelle dépense, sans ressource supplémentaire pour couvrir cette dépense. Et on demandera un autre jour à l’Etat d’appliquer la nouvelle loi ». Manifestement toujours aussi remontée, la ministre durcit encore plus le ton et lance que « l’Etat ne peut continuer de cette manière. Ce que je vois, c’est une atteinte aux équilibres financiers généraux, une atteinte aux finances des caisses, des entreprises publiques. Si on continue ainsi, la loi des finances ne pourra pas être appliquée. Je suis responsable devant le peuple tunisien, responsabilité qui m’honore, et je serai à la hauteur. Je suis prête à accepter toutes les propositions, pas de contrevenir à la loi ».
– L’ARP est-elle sortie de la crise qui avait amené sa dissolution ?
Ces remarques, que fait à juste titre d’ailleurs, la ministre tunisienne des Finances, faisait en fait écho à une situation que connaît depuis quelque temps l’ARP. Une situation, où les parlementaires se prennent soudain pour l’Exécutif, à proposer des projets de loi et à en refuser d’autres, et à enfourcher le trend présidentiel du populisme. Deux propositions suffiraient à être citées comme exemples. D’abord celui de ladite voiture familiale, sans tenir compte des finances du pays. Ou encore, cette proposition des députés pour la création d’une ligne de crédit spécial mariage, ou une aide de l’Etat au mariage des couples tunisiens.

Et d’une manière générale, une ARP qui déborde de son but essentiel. Et c’est un député, plus raisonnable qui le dit. « L’Assemblée des représentants du peuple est malheureusement devenue une arène de manœuvres politiques plutôt qu’un organe législatif. Chaque représentant se présente comme l’unique expert, proposant des initiatives hors du cadre de la loi des finances, comme si cette loi était un outil électoral taillé sur mesure. Certains se sont autoproclamés protecteurs d’un peuple exsangue, tandis que d’autres proposent des solutions désastreuses telles que la création monétaire, sans la moindre conscience du danger que cela représente pour la politique monétaire et la stabilité de l’économie nationale », dit le député Halim Boussema dans un récent Post sur fb.
Et le même député, qui se présente comme indépendant, de dire encore que « sous cette rhétorique populiste, qui pousse le pays vers une législation inapplicable et entrave l’État au lieu de libérer son potentiel, le Parlement est malheureusement devenu l’une des principales causes de la crise économique actuelle ».









Le Président du Parlement doit travailler et arrêter l’hemoragie des députés, la ministre des finances a raison, elle fait du beau travail, consciencieuse et appliquée alors qu’elle vient de la justice et non de la finance. Bravo Mme la ministre, compétente et ne laisse pas passer le ridicule et l’ignorance. Bonne continuation.