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mardi 20 octobre 2020
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Ennahdha, un parti déchiré par des convulsions intestines !

Parti de cadres plutôt que de masse où la discipline est moins une vue de l’esprit qu’un exercice linéaire se déployant à tous les étages et compartiments, le mouvement Ennahdha se fissure à vue d’œil à mesure qu’approche son congrès national. Non qu’il s’agisse d’un bouleversement idéologique mais parce que le président-fondateur Rached Ghannouchi n’est pas enclin à rendre le tablier, tyranniquement habité par la lubie de jouer les prolongations en flagrante violation des statuts du parti

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Un nombre croissant de dirigeants et de militants s’oppose à cette toquade du chef du mouvement. D’autres ont critiqué ses performances et appelé à son départ, invoquant l’article 31 des statuts du parti qui interdit à un candidat de se présenter à la présidence pour plus de deux mandats.

Un mouvement de contestation où l’on retrouve la moitié des députés du groupe parlementaire d’Ennnahda, soit environ 26 députés sur 52, outre 13 autres de leurs pairs sur les 100 dirigeants du parti qui rejettent que Ghannouchi postule à un autre mandat, tels que Noureddine Arbaoui, Samir Dilou et Fathi Ayadi.

Sans le dire explicitement , ces « jeunes Turcs » font grief à leur patriarche de ne pas prendre la mesure de « l’usure du pouvoir » qui est en train de le miner au même titre que le parti après les victoires électorales qui avaient propulsé ce dernier au premier plan de l’expérience tunisienne naissante en matière de démocratie, mais qui ont , également, affecté sa popularité ces dernières années. Des tensions au sein d’Ennahda ont couvé à propos de ses performances en tant qu’acteur politique actif dans les temps nouveaux.

Ce mouvement de contestation a pris corps dans la lettre de cinq pages intitulée « L’avenir d’Ennahdha, entre les dangers de la reconduction et les possibilités d’alternance » signée par des poids lourds du mouvement, notamment par son conseil de la Choura, sa plus haute autorité et sa direction, son bureau exécutif et des députés, ouvrant grand un boulevard devant Ghannouchi de se consacrer entièrement à ses responsabilités de dirigeant et ne pas occuper d’autres postes.

Les signataires de la missive mettent en garde contre les tentatives d’amendement des statuts du mouvement afin de permettre à Ghannouchi de prolonger son mandat, ce qui pourrait affecter son unité et entraîner de graves divisions. « Modifier les constitutions et les lois pour permettre aux présidents et aux dirigeants de rester au pouvoir sont des actes d’autoritarisme et d’un seul homme », ont-ils déclaré.

L’alternance au pouvoir, dit le document, est un test pratique pour la démocratie du mouvement et l’engagement des dirigeants à son égard. « Les dirigeants ont la peau dure », a martelé Ghannouchi dans une déclaration qui lui est attribuée. « Ils tolèrent les chocs et absorbent les vicissitudes. » Il y a une différence entre l’alternance au pouvoir des chefs d’Etat et des dirigeants de partis, a-t-il dit, accusant les signataires de la lettre d' »imposer » leur tutelle sur le mouvement en amont de son congrès sous le couvert de la démocratie pour l’exclure de ses fonctions. « C’est une tempête dans une tasse de thé », a-t-il dit.

Vers une ère post-Ghannouchi !

Ces dernières années, plusieurs personnalités influentes d’Ennahdha ont démissionné et se sont prononcées publiquement contre sa politique et son action. Selon les observateurs, il s’agit là d’une évolution normale, voire prévisible, de l’engagement du mouvement dans la politique.

« Les tensions à l’intérieur d’Ennahdha se sont accentuées. Depuis dix ans, beaucoup de choses ont changé, mais Ghannouchi est toujours le leader ultime », a déclaré Youssef Cherif, un analyste politique basé à Tunis, cité par Al-Ahram Weekly. Après presque une décennie de Tunisie post-révolutionnaire, Ennahdha pourrait se diriger vers une ère post-Ghannouchi. « De nouveaux dirigeants émergent au sein du parti », a-t-il estimé, mais « Ghannouchi veut le statu quo et n’est pas prêt à partir. Sa réponse est celle d’un père fondateur dans le déni ».

« Ghannouchi se considère comme fondamental et indispensable pour l’avenir du parti : tant qu’Ennahda gagne les élections, il considère qu’il est sur la bonne voie », a déclaré Cherif à Al-Ahram Weekly. Mais en rejetant les demandes de démission, Ghannouchi pourrait déclencher une grave fracture au sein d’Ennahdha, à laquelle les signataires du document sont sensibles.

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