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lundi 26 octobre 2020
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Gouvernement : Un début de mandat jonché de crises, de défis et d’incertitudes!

Rarement la Tunisie avait eu à traverser un épisode aussi funeste que celui qui est le sien à l’heure actuelle. Une conjonction de crises, politique, économique, financière et sociale, qu’est venue aggraver la recrudescence de la pandémie du coronavirus que l’on pensait, pourtant, de plus en plus résorbée.

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Une situation que le site anglophone de référence « The National » a résumée dans une Opinion sous la plume de la spécialiste des affaires tunisiennes Sarah Yerkes sous le titre : La nouvelle aube de la Tunisie sera-t-elle une autre fausse aube ? « Alors qu’un nouveau gouvernement entame son mandat, les dirigeants sont confrontés à une puissante combinaison de défis qui risquent de faire dérailler certains des progrès réalisés depuis janvier 2011, lorsque le pays a entamé sa transition vers un régime démocratique. L’avenir politique de la Tunisie reste incertain, qu’il s’agisse d’une économie ravagée par la pandémie de Covid-19, d’une polarisation politique croissante ou d’une corruption persistante » constate-t-elle.

Pourtant, la Tunisie s’est relativement bien tirée pendant la pandémie, en prenant très tôt des mesures de confinement sévères qui ont permis de réduire le nombre de cas. Mais les dommages causés par le Covid-19 à la Tunisie sont bien plus importants que les victimes de la maladie. La pandémie a plutôt laissé la Tunisie avec un taux de chômage de 20 %, un taux de croissance du PIB qui devrait baisser de 7 % cette année et une industrie touristique en berne.

Même avant la pandémie, l’économie tunisienne était fragile et commençait tout juste à montrer des signes de croissance positive, avec certains des meilleurs chiffres économiques depuis les soulèvements de 2010-2011. Mais la pandémie a gâché une grande partie des bonnes nouvelles, d’où la nécessité pour le nouveau gouvernement d’accorder la priorité aux réformes visant à favoriser la croissance économique et à instaurer l’égalité des chances pour les régions traditionnellement marginalisées de l’intérieur et du sud du pays, qui ont souffert de manière disproportionnée pendant la pandémie.

L’une des voix choisies pour s’attaquer à la nouvelle donne a été de changer de gouvernement et de désigner à sa tête Hichem Mechichi qui, plutôt que de bricoler un gouvernement représentant les intérêts de divers partis, a choisi de composer un gouvernement « technocratique », avec des ministres sélectionnés en fonction de leurs compétences techniques, plus que de leur appartenance politique. Si certains ministres sont issus de la bureaucratie, d’autres sont des fidèles de Saied, y compris à certains postes très en vue. Le ministre de l’intérieur, par exemple, est un avocat privé qui a été coordinateur de campagne pour Saied. Le ministre de la défense est un ancien professeur de droit, comme Saied. Et le ministre des affaires étrangères est l’un de ses anciens conseillers diplomatiques.

Polarisation croissante

La décision de Mechichi de dépolitiser le gouvernement pourrait être une décision intelligente, souligne Yerkes qui note que le gouvernement Fakhfakh a échoué, en partie, à cause de la polarisation croissante. S’y ajoute une tendance induite par la faiblesse des partis politiques, alimentée par le phénomène du tourisme de parti, où les personnalités politiques passent d’un parti à l’autre pour rester au pouvoir. En outre, les partis ont tendance à modifier rapidement leurs alliances, ce qui rend difficile de discerner ce qu’un parti représente réellement. Par exemple, Ennahda et Qalb Tounes, qui sont entrés en 2020 en tant qu’ennemis politiques, Ennahda ayant vivement condamné Qalb Tounes pour ses liens avec la corruption, sont maintenant devenus des alliés, unis par leur animosité commune envers le président Saied.

Le paysage politique a également souffert d’une polarisation croissante, qui s’est manifestée par des interactions parfois violentes entre les hommes politiques dans les couloirs du parlement et qui a rendu peu probable que le parlement et le gouvernement puissent se mettre d’accord sur les questions nécessaires pour résoudre les problèmes socio-économiques qui affligent le pays.

Un autre problème majeur auquel la Tunisie est confrontée aujourd’hui est la persistance de la corruption – une des causes principales des soulèvements. Si le pays a fait d’énormes progrès dans le démantèlement des structures mafieuses qui dominaient à l’époque de Ben Ali, la corruption s’est démocratisée et nombre des pratiques qui ont permis à la corruption de prospérer n’ont pas encore changé. Le seul thème sur lequel M. Saied a fait campagne dans la course à la présidence était la lutte contre la corruption. Il s’est donc particulièrement intéressé à cette question. Et Fakhfakh a été terrassé par des allégations de corruption, malgré les éloges des Tunisiens pour sa gestion de la pandémie.

Des signes d’espoir, quand même !

La Tunisie entre dans une période critique. Le mois de décembre marquera le 10e anniversaire de la révolution et mettra en lumière les succès – et les échecs – du pays au cours de la dernière décennie. Alors que la deuxième décennie de transition commence, il y a plusieurs signes d’espoir. Premièrement, la fierté que les Tunisiens, en particulier les jeunes, continuent d’éprouver pour les réalisations de leur pays et leur attachement aux principes de la révolution montre que le public ne tournera pas facilement le dos à la transition démocratique. Deuxièmement, malgré les défis qu’elle doit relever, la Tunisie continue d’être une lueur d’espoir pour les peuples du monde arabe, à la fois comme un havre de liberté de parole et d’expression et comme un symbole puissant et vivant de l’épanouissement de la démocratie dans le monde arabe.

Cependant, la passion, la fierté et l’espoir ne suffisent pas à soutenir une transition ou à stimuler l’économie. Les nouveaux dirigeants tunisiens doivent plutôt trouver un moyen de mettre la politique de côté et d’assumer les tâches difficiles nécessaires pour faire entrer leur pays dans la prochaine décennie en tant que démocratie saine.

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