AccueilLa UNEIl a promis. Tiendra-t-il parole ?

Il a promis. Tiendra-t-il parole ?

La toute récente nomination, directe et sans passer, ni par l’ARP, ni par un décret présidentiel, de Fethi Zouhair Nouri à la tête de la BCT, a été annoncée par la Présidence deux jours avant la fin officielle du mandat de Marouane El Abassi. Ce dernier avait été nommé le 16 février 2018 par Béji Caïed Essebssi après vote par l’ancienne ARP, a terminé son mandat au jour près, et en quelque sorte « bu le calice jusqu’à la lie ».

Il échappe ainsi à la damnation de la BCT, qui a fait que, depuis 2011 les  Gouverneurs partent avant terme. Feu Chedly Ayari qui avait présenté sa démission le 14 février 2018, n’avait donc pas terminé son mandat, alors  que Mustapha Kamel Nabli, 1er Gouverneur après la révolution, nommé le 17 janvier 2011 , a été  démis le 27 juin 2012 par Moncef Marzougui après s’être opposé au financement du Trésor par la BCT et empêché Hamadi Jbali de disposer des fonds de la vente de Tunisie Télécom placés dans un fonds spécial pour les générations futures, par l’ancien président tunisien Ben Ali.  

Une nomination aussi, celle de Fethi Nouri avait intégré le CA de la BCT sous Chedly Ayari et l’avait quitté sous El Abassi, qui en a certainement coupé l’herbe sous les pieds de plus d’un prétendant, et en a étonné plus d’un autre. Certains de ces derniers ont même vite fait de passer à la médisance, comme pour le cas d’un économiste vivant au Canada, qui écrivait que « le candidat désigné est inexistant dans la sphère des économistes ayant publié et ayant démontré leur compétence », et traitait Nouri de « économiste [Ndlr : Ah, l’auteur du même pamphlet le reconnaît tout de même comme tel] prétendument spécialiste de l’énergie ».

–        Le CV plus qu’honorable d’un Gouverneur qu’on attaque dès sa nomination

Nouri, par ailleurs amateur des sports équestres, et dont le cheval a finalement gagné la course au siège de Gouverneur de la BCT, est pourtant titulaire d’une Licence en économie, spécialité planification de la faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis,  d’un Doctorat en finance industrielle à Paris 13, et en économie énergétique à Paris 2, Docteur d’Etat en sciences économiques  à la Sorbonne.

Et il a même 9 publications à son actif, comme on le voit clairement dans son CV. Nouri avait aussi servi au Conseil Economique et Social et au Conseil d’Analyses Économiques, et, surtout  avait siégé au Conseil d’administration de la BCT, de 2016 en tant qu’Universitaire et jusqu’à 2021 où il était parti « à la retraite » selon un communiqué de la BCT.

Une nomination aussi, celle d’un économiste qui avait remporté l’appel à candidature pour un siège de membre du CA de la BH Bank et qu’il avait préféré quitter après quelques semaines, qui intervient après une vive polémique autour du concept de l’indépendance de la BCT, et que le chef de tout l’Etat avait recadrée devant l’ancien gouverneur, avant de la détourner par une loi qui autorise la BCT de prêter directement 7 Mds DT au budget, chose faite le même jour du 14 février 2024.

Lors de sa prestation de serment, le nouveau gouverneur s’est engagé à accomplir sa mission, « en toute neutralité et indépendance ». Un serment, récité à partir d’un texte officiel posé devant lui (Notre photo ci-haut), qui interpellait au moment où l’Exécutif obligeait, par la loi, la BCT de financer le budget. Le dicton disant que « la fonction crée l’organe » se vérifierait-elle, ou n’avait-il rien de nouveau dans sa position qui n’aurait pas changé depuis janvier ?

Au fait, avant d’être Gouverneur de la BCT « La BCT est indépendante dans sa fonction, qui est surtout de diriger la politique monétaire, et d’utiliser les instruments dont elle dispose pour atteindre les objectifs fixés par la loi, et les objectifs sont de garantir la stabilité des prix et la stabilité financière. La BCT n’est pas indépendante de l’Etat, au sens  entendu un peu partout » avait expliqué Nouri, depuis le 1er juin 2023 chez Midi-Show de Mosaïque FM .

–        L’héritage pris en main par le nouveau Gouverneur

L’homme n’a donc manifestement pas changé, ni de conviction, ni de bord. Il reprend juste une banque des banques, dont on dit aussi qu’elle est « le gardien du temple », qui terminait l’exercice 2022 avec un bénéfice de plus de  715,2 MDT, dont il a donné plus de 406,7 MDT en dividende pour l’Etat tunisien.

Il reprend la Banque des banques avec des réserves de change de 26,014 Mds DT assurant 119 jours d’importation, des BMC de 21,180 Mds DT pour un volume global de refinancement de 15,770 Mds DT, une inflation à 7,8 % dans  « des perspectives des prix à la consommation laissant présager une poursuite de la détente de l’inflation qui se situerait au voisinage de 7,3%, moyenne, en 2024 contre 9,3% en 2023 », selon son dernier Conseil d’administration. Avec aussi un DT à 3,3663 € et 3,1430 $, et surtout,  un taux directeur de 8 %, l’instrument qu’avait dû utiliser plus d’une fois son prédécesseur Marouane El Abassi qui part avec la conviction du « Job done », et à notre sens même « Well done ».

–        Il a juré, main sur le Coran, neutralité et indépendance. Que fera-t-il ?

A la tête de la BCT, Fethi Nouri reprend une conjoncture économique, qui a tout de même développé une certaine résilience, avec un déficit de la balance courante à 4.058 MDT, ou 2,6% du PIB pour l’ensemble de l’année 2023, un déficit commercial (FOB-CAF) à 17,1 milliards de dinars, en 2023, contre 25,2 milliards en 2022, et l’amélioration de l’excédent de la balance des services (+6 milliards de dinars contre +5,4 milliards en 2022) ayant favorisé la réduction notable du déficit courant. 

Restera à savoir si Nouri restera dans le trend, installé par son prédécesseur, d’une veille de tous les instants du contrôle de l’inflation, alors qu’il disait lui-même que la BCT n’est pas la Federal Reserve, et alertait sur le financement du budget par la BCT, en disant qu’il « en résultera une montée de l’inflation à deux chiffres, 15 ou même 20 %. Le Dinar tunisien sera alors sous pression et perdra de sa valeur, et on deviendra comme le Pérou avec une monnaie presque sans valeur et une inflation dans les cieux. Il y aura certes du répondant, de la part des banques aux demandes de l’Etat, mais il faudra le faire en toute âme et conscience de tout ce qui pourrait arriver après ».

–        Baissera-t-il le TD, et continuera-t-il les réformes ?

Lors de leur dernière réunion de février 2024, les membres de son Conseil d’administration soulignaient aussi « l’importance pour la BCT, dont le mandat est de veiller à la stabilité des prix, de rester vigilante quant aux répercussions latentes d’un tel financement », et assurait aussi sur une radio privée, que « on ne peut pas gérer l’économie, selon le populisme. Il y a des normes qui doivent être suivies ». Les suivra-t-il lui-même ?

Actif sur les réseaux sociaux (Il semble qu’il l’ait déjà désactivé), le nouveau Gouverneur de la BCT disait en décembre 2023 qu’il aurait souhaité une baisse du TD (Taux directeur) de la BCT, de 25 points de base ? Le fera-t-il ? Alors Gouverneur, continuera-t-il de prêcher la continuité des réformes comme son prédécesseur ?

Mais avant de s’attaquer aux différents chantiers qui l’attendent, Fathi Nouri gagnerait à organiser la maison de la BCT de l’intérieur, et à remonter les équipes et à structurer les missions. La BCT vient dernièrement d’opérer un changement notable de son organigramme. En gestation depuis 3 ans, cette restructuration a été décrétée fin septembre 2023, alors que le mandat d’el Abassi allait sur sa fin. A scruter le site de la BCT, on remarque également une cascade de notes et circulaires. « Ça sort de l’ordinaire » remarquent certains anciens cadres de la BCT, qui y voient une expédition des affaires et une sorte de « déstockage » de fin de règne.

–        Les urgences Indoor du Gouverneur Nouri

La BCT est désormais structurée en pôles, dont les plus importants sont ceux relatifs à la politique monétaire et la supervision et stabilité bancaire. Élémentaire, dirions-nous. Néanmoins, cette réorganisation « accélérée » selon nos informations, a complètement déstabilisée l’institution. Il s’agit, désormais, pour le nouveau Gouverneur, de trouver l’équilibre, pas évident, de pouvoir travailler en toute quiétude. Surtout d’opérer de manière à réaliser les objectifs qui lui sont assignés par le chef de tout l’Etat. Le  » tout monétaire » prôné par son prédécesseur, mais surtout le mutisme du CA de la BCT sur les questions fondamentales nationales doit être modéré sinon supprimé.

La BCT se doit d’avoir les moyens de faire son job. Or, depuis le Covid, nous dit-on, les affaires internes de la BCT pâtissent du retard dans la prise des décisions et du manque d’audace à jouer un rôle fondamental dans les crises économiques et financières nationales. A la BCT, il y a un héritage historique- Hédi Nouira et Mustapha Kamel Nabli y sont pour quelque chose- que le gouverneur doit jouer un rôle politique inéluctable.

Or la nouvelle structure fait des cadres de la BCT de simples technocrates qui font certes le job mais sans se dépasser. D’ailleurs, l’expérience des pôles a engendré un certain dérèglement dans le fonctionnement. Les dossiers relatifs aux autorisations de change, par exemple, en pâtissent.

Aussi, deux questions organisationnelles se posent. Primo, le nouveau gouverneur va-t-il garder Nadia Gamha comme Vice-Gouverneur, elle dont le mandat s’achève en août 2024 et qui devrait faire valoir ses droits à la retraite ? Secundo, le poste de secrétaire général sera-t-il revu? L’actuel SG vient d’être nommé, et ce  depuis peu.

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