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jeudi 3 décembre 2020
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La BCT doit-elle financer le budget ? Non, dit le FMI. Oui, mais sous condition, dit la BCT

Sous couverture de la continuité de l’Etat, le cédant avait à tout le monde tout donné, jusqu’à ne presque plus rien avoir dans le Trésor guère qu’une coudée . Comme la cigale, il avait consommé presque tout ce que la fourmi avait engrangé, et tout ce que son prédécesseur avait laissé. Recrutant à tour de bras, jusqu’à devoir de nouveau s’endetter lorsque l’hiver à sa porte sonna.

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Et c’est désormais décision connue, le gouvernement Mechichi et son super-ministre de l’Economie Ali Kooli, proposent un budget à crédit, tant pour l’exercice 2021 que pour boucler celui de 2021 qui avait été mal concocté par l’ancien ministre Nizar Yaiche, lequel y avait alors laissé un gros trou de 10 Milliards DT.

Encouragé par tous ceux que les réussites de la politique monétaire (Maîtrise de l’inflation, maîtrise de la dévaluation du Dinar tunisien et réduction du déficit commercial notamment) auraient dérangés et découragé par les conditions du FMI, le gouvernement pense désormais à monnayer la dette des banques auprès de l’Etat, pour pouvoir y puiser de nouveau les fonds nécessaires aux deux budgets de l’Etat.

Les banques achèteront ainsi de nouveaux BTA (Bon de Trésor assimilable) et les revendront directement à la BCT pour se refinancer. Dans ce cas, c’est la BCT qui finance le Trésor en assurant la liquidité. « Ça doit se faire, car on n’a pas le choix », estime le banquier et ancien président de l’APTEBEF Ahmed El Karam dans un bref entretien avec Africanmanager. Non, dit le représentant du FMI à Tunis sur la radio nationale au micro d’Anis Morai, car « la domination de la politique monétaire par les besoins budgétaires a un impact négatif. [23ème minute] ».

  • BCT : Nous le faisons déjà, mais …

Or, selon la BCT, « on faisait déjà ça, en respectant la règle des 40% pour les BTA (au passage, qui auraient dû avoir un marché secondaire) et 60% en private collateral. En mars dernier, on a rééquilibré les collatéraux à 50%/50%, ce qui n’a pas eu d’incidence sur l’endettement de l’Etat (puisqu’il faut avoir un montant équivalent de créances et de bons du Trésor à présenter comme garantie à la BCT, pour avoir le refinancement). En outre, la BCT achète ferme sur le marché secondaire (à travers les banques) des BTA pour les besoins de sa politique monétaire, dans le cadre de l’open-market, et ceci est tout à fait différent de l’opération décrite précédemment, et qui consiste à accepter les BTA pour une durée très courte (une semaine) comme garantie du refinancement qu’elle accorde aux banques ».

Et d’ailleurs, si on analyse la composition du volume de refinancement à la date du 21 octobre 2020, par exemple, on verra que la BCT a accordé aux banques 9,048 Milliards DT, dont notamment 3,5 Milliards DT dans le cadre de l’opération principale de refinancement à 7 jours (en contrepartie de laquelle elle prend des créances privées à hauteur de 50% du montant et des bons du Trésor à hauteur de 50% aussi), 3.372,8 MDT d’achats fermes de bons du Trésor sur le marché secondaire, 1.117 MDT sous forme de refinancement à 6 mois, 337 MDT de refinancement à un mois. Donc, de facto, la BCT détient dans son portefeuille un montant de 3.372,8 MDT sous forme de BTA et de BTCT (bon de trésor à court terme) qu’elle gardera jusqu’à échéance. « C’est une manière d’accorder une liquidité structurelle aux banques pour une durée supérieure à l’année. D’ailleurs, toutes les banques centrales utilisent les opérations d’open-market dans la conduite de leurs politiques monétaires », commente notre source autorisée.

Ce que demande désormais le ministère chargé des finances, c’est que la BCT achète ferme auprès des banques 4 ou 5 milliards de dinars, que le Trésor compte émettre au cours des prochains mois. Ce qui suppose que les banques vont acheter, au préalable, tout ou partie de ces émissions. « Cela va certes permettre au Trésor de lever des fonds, et à l’Etat de boucler son budget 2020. Néanmoins, si la BCT achète tout ce montant, la part des achats fermes deviendrait importante dans le volume de refinancement. Cette opération est de toute façon inflationniste. Il s’agit d’une création monétaire sans création de richesses. Une inflation qui, plus est, dans une économie qui importe pour produire », rétorque notre source autorisée de la BCT.

  • La BCT n’est pas la « Federal Reserve » américaine

Dans une véritable leçon d’économie, de politique et même de finance, l’universitaire et membre du CA de la BCT Fethi Nouri a récemment indiqué sur une TV privée que « le financement de l’Etat par les banques, représente 14 % des créances bancaires, en BTA notamment, contre 5 % en 2016. L’Etat ne fait plus d’investissement qui pourrait servir au remboursement de cette dette. Le secteur bancaire a un seuil de résistance qu’il ne devrait pas dépasser dans le financement du budget de l’Etat. Au cours des 8 dernier mois, l’Etat a déjà levé 3,3 Milliards DT auprès des banques, représentant 39 % du volume de l’endettement, contre 1,5 Milliard DT en pareille période de 2019. Certains préconisent que la BCT rachète les 15 ou 16 Milliards DT en BTA chez les banques ».

Et à ceux qui disent que d’autres pays l’ont fait, en Europe et ailleurs, Fethi Nouri rappelle que « la BCT n’est pas la « Federal Reserve ». La comparaison ne tient avec aucun pays, avec aucune économie et pour aucun peuple. De plus, chaque banque a un seuil de résistance ». Et l’expert d’alerter grave que « l’opération peut sembler facile. Il en résultera une montée de l’inflation à deux chiffres, 15 ou même 20 %. Le Dinar tunisien sera alors sous pression et perdra de sa valeur, et on deviendra comme le Pérou avec une monnaie presque sans valeur et une inflation dans les cieux. Il y aura certes du répondant, de la part des banques aux demandes de l’Etat, mais il faudra le faire en toute âme et conscience de tout ce qui pourrait arriver après ».

L’ancien président de l’association professionnelle des banques abonde d’ailleurs dans ce sens, celui de l’alerte au dérapage incontrôlé de cette solution de facilité. « Cette manière permet certes d’équilibrer le budget de l’Etat, mais elle a un risque inflationniste évident. Et c’est là l’arbitrage. Est-ce que nous sommes dans une situation où il faudrait assurer la liquidité pour le marché et pour l’économie, et privilégier cela par rapport aux autres objectifs de la BCT que sont la lutte contre l’augmentation des prix », se demande Ahmed El Karam.

  • Changez la loi de la BCT et assumez les risques

Ce qu’il faudrait pour le gouvernement Mechichi, c’est donner dès maintenant le ton des grandes réformes, celles des entreprises publiques, du système de la compensation, le déficit énergétique et tout le tintouin, et qui permettront de rétablir la situation économique et financière dans le pays.

Par la loi, les deux objectifs de la BCT, sont la stabilité financière et la stabilité des prix. Et ce que demande le gouvernement cassera ces deux objectifs.

Libre alors au gouvernement de changer la loi de la BCT et d’assumer lui-même la responsabilité. Responsabilité face au citoyen dont le pouvoir d’achat sera soufflé par l’inflation. Mais responsabilité aussi par rapport aux bailleurs de fonds étrangers, qui, comme l’a souligné ce matin sur RTCI Jérôme Vacher (Voire le lien à la 20ème minute ), tiennent à l’indépendance de la BCT qui « doit pouvoir être en mesure de poursuivre ses objectifs qui sont la stabilité des prix et la stabilité financière, sans interférence ». Une responsabilité, dont dépendra la suite des relations avec le FMI notamment.

De plus, la place financière n’a pas la profondeur nécessaire, ni pour quelques mois, encore moins pour une année. Cela a été confirmé par Ahmed El Karam. Donc à bien la comprendre, la BCT n’est pas, pour l’instant au moins, sur une monétisation de la dette, sauf à lui assurer que le gouvernement a engagé les grandes réformes. C’est alors là que la partie financière pourra être discutée comme solution parmi d’autres, pourrions-nous dire.

Il est vrai que les échecs politiques ne peuvent pas toujours être traités par la politique monétaire, mais par des politiques budgétaires bien définies qui remettent l’économie en marche et qui tiennent compte de vrais remèdes aux problèmes qui demeurent non résolus depuis au moins une dizaine d’années. Tout est question de prendre la responsabilité directe, d’une inflation à deux chiffres, d’une réserve en devises qui s’envolera, et d’un Dinar tunisien qui deviendra une monnaie de singe lorsque le taux piquera du nez.

Ahmed El Karam aussi est du même avis, lorsqu’il déclare à Africanmanager que « la logique veut que, parallèlement à l’injection de cette liquidité, d’autres mesures soient nécessaires pour accompagner la production, lever toutes les entraves à l’investissement, restaurer la confiance entre l’entreprise et l’administration, pour que la liquidité injectée n’aille pas, par exemple, au marché parallèle, mais pose les jalons de la reprise économique. Il faudra aussi soulever les problèmes, de la caisse de compensation qui subventionne les dépenses et non les revenus, qui subventionne un peu tout le monde et même des non-Tunisiens, celui des entreprises du secteur public et qu’on ne se retrouve pas l’année prochaine avec les mêmes problèmes de liquidité ».

Et la transparence dont parle depuis quelques jours le super-ministre Ali Kooli, il faudrait que le gouvernement Mechichi la pratique aussi avec ses partenaires sociaux, afin qu’il soit pris au sérieux par toutes les composantes socioéconomiques, et ne l’accablent pas par des demandes, financièrement irréalisables.

1 COMMENTAIRE

  1. Excellent article qui pose les problèmes et enjeux du financement de l’Etat et de l’économie, et tranche avec les déclarations farfelues et populistes des « experts » cathodiques qui ne cessent de débiter des bêtises et lieux communs depuis des années, dont l’assujettissement de la politique monétaire à une classe politique archaïque et irresponsable.

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