AccueilLa UNELa crise politique éclate au pire moment !

La crise politique éclate au pire moment !

Le président de la République tunisiennes, Kais Saied , donne la nette impression de plier l’affaire de la succession du chef du gouvernement Elyès Fakhfakh qu’il avait lui-même voici quelques mois dans le strict respect de la Constitution dont il est le garant. Durant la semaine que lui prescrit la Loi fondamentale, il entend trouver l’homme et pourquoi pas la femme qui aura la charge de conduire la Tunisie vers horizons les moins entachés possible par les retombées de la pandémie de covid-19 dont les autorités semblent avoir diligemment menée.
Ce sont des défis auxquels doit s’atteler l’Etat tunisien dans une configuration politique où les élections législatives de l’année dernière n’ont pas permis de désigner un vainqueur clair, seul Ennahda ayant obtenu une majorité des voix. Et les votes restants étant répartis entre un grand nombre d’hommes politiques et de partis, Kais Saied doit choisir un candidat capable non seulement de réunir la majorité, mais aussi de guider le pays à travers une éventuelle deuxième vague de Covid-19 et de négocier avec les bailleurs de fonds internationaux, tels que le Fonds monétaire international, dont dépend la Tunisie.
« Le moment est très mal choisi », a déclaré Youssef Cherif, directeur du Centre Columbia à Tunis, au journal The National. « La Tunisie vient de sortir de la première vague de Covid-19, elle a donc un peu de temps pour se livrer à été exercice, d’autant qu’il y a une deuxième vague potentielle à l’horizon, en plus de la crise économique actuelle à gérer ».
Si la Tunisie a été saluée pour sa gestion de la pandémie de Covid-19, elle reste condamnée à pâtir du plus fort ralentissement économique mondial. Le chômage, qui a longtemps été une cause de troubles sociaux en Tunisie, devrait passer de 15 % à 21,6 % d’ici la fin de l’année.
Peu préparés à un 2ème rendez-vous électoral
De même, la pauvreté devrait passer à 19,2 %, selon une enquête conjointe du Programme des Nations unies pour le développement et du gouvernement tunisien. La poursuite de l’impasse politique pèsera de tout son poids sur les prochaines échéances sociales, économiques et sanitaires du pays. Néanmoins, les observateurs espèrent que des élections anticipés pourraient encore être évitée. À l’exception du Parti destourien libre, qui se réclame du régime prérévolutionnaire de Zine El Abidine Ben Ali, la majorité des hommes politiques tunisiens sont conscients de la baisse de leur popularité dans le pays et ne seront probablement pas disposés à s’accommoder d’une nouvelle consultation électorale.
Les préparatifs qui s’accélèrent visant le dépôt d’une motion de censure pour « excès de pouvoir » à l’encontre du président de l’Assemblé des représentants du peuple et co-fondateur d’Ennahda, Rached Ghannouchi, s’ajoutent aux difficultés du Parlement et risquent de saper son leadership au sein du la Représentation nationale et, potentiellement, de son propre parti.
« Même s’il semble que nous nous dirigeons vers de nouvelles élections, j’espère qu’un accord sera conclu avant cela », a déclaré Cherif. « Il est évident que les politiciens ont leurs propres préoccupations, mais il y a aussi la possibilité d’une deuxième vague de Covid-19, qui pourrait tomber au milieu de toute nouvelle élection ».
Ghannouchi a peu d’alliés
Pour Sarah Yerkes, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, les désaccords entre le leader d’Ennahda, Rached Ghannouchi, et l’opposition ont commencé « dès le premier jour ». « Il semble avoir abîmé sa relation avec le président Saied, il a donc peu d’alliés en ce moment. L’élan s’est construit sur les relations de Ghannouchi avec la Turquie, et maintenant même certains membres d’Ennahdha semblent vouloir le faire partir, donc je ne serais pas surpris s’ils réussissent à le faire partir », a déclaré Yerkes.
Citée par Al Ahram Weekly, elle a expliqué que les deux principales raisons du désaccord étaient les relations avec la Turquie et « par conséquent les menaces à la neutralité de la Tunisie en Libye » et l’ingérence de Ghannouchi dans la politique étrangère, le « domaine du président et ce que certains perçoivent comme une prise de pouvoir ».
L’effet libyen
Un argument similaire a été avancé par Nader Hashemi, directeur du Centre for Middle East Studies de l’Université de Denver aux Etats-Unis, qui estime que la Tunisie est déstabilisée par les « événements chez le voisin libyen. « Les différents partis politiques tunisiens sont favorables aux différentes parties du conflit libyen », a-t-il déclaré. Le gouvernement d’entente nationale (GNA) basé à Tripoli est soutenu par les troupes turques et des milliers de mercenaires syriens dans sa guerre contre l’Armée nationale libyenne de Khalifa Haftar (LNA), qui bénéficie du soutien de l’Egypte, de la Russie et des EAU.
L’opposition tunisienne intensifie clairement ses actions contre Ennahdha. Des sources parlementaires tunisiennes, s’exprimant sur la chaîne de télévision par satellite Al-Arabiya, ont déclaré dimanche que les forces politiques en avaient « assez des agissements et des pratiques suspectes de -Ghannouchi », notamment sa « tentative de mettre en œuvre le programme des Frères musulmans » en Tunisie, et l’accusent de chercher à étendre son autorité en faisant fi du président.
Ces forces sont prêtes à voter une motion de censure contre Al-Ghannouchi, estimant qu’il existe un conflit d’intérêts entre les rôles de leader d’Ennahdha et de président du parlement, Rached -Ghannouchi. Il s’agit du parti Courant démocrate, (40 députés), de Tahya Tounes, la Réforme nationale , le Bloc national (9) et le Parti du Destourian libre (17).
Arnaud Kurze, professeur associé d’études sur la justice à l’université d’État de Montclair et chercheur au Woodrow Wilson Centre aux États-Unis, a déclaré que si Ennahdha a finalement réussi à « obtenir un siège à la table politique », Ghannouchi cherche toujours à étoffer ses forces au sein du gouvernement et à affaiblir d’autres, dont Al-Chaab et Tahya Tounes.
« Alors que la direction du parti islamiste se positionne dans cet imbroglio qui sent le scandale pour gagner des points politiques, le rôle de Saied semble plus délicat. En tant qu’ancien constitutionnaliste socialement conservateur, le rôle de gardien et d’arbitre lui convient bien, mais il comporte un risque considérable ».
S’il ne parvient pas à véhiculer l’image d’un leader impartial, « les conséquences politiques pourraient être dommageables, car elles se feraient au détriment de sa légitimité politique », a déclaré Kurze.
Mais il a souligné le fait que l’opposition n’est pas nécessairement unie, ajoutant que le ministre de la Santé du pays avait « trouvé un ton plus conciliant » et a exhorté les dirigeants des deux parties à trouver un consensus.

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