Face à la vague de chaleur extrême qui entraîne une demande record en électricité et des coupures de courant tournantes, les autorités tunisiennes misent sur l’énergie solaire, l’énergie éolienne et de nouvelles interconnexions pour éviter que la pénurie d’électricité actuelle ne se transforme en crise structurelle.
La Compagnie tunisienne d’électricité et de gaz (STEG) a annoncé le19 juillet 2026 qu’elle procéderait à des coupures d’électricité tournantes le dimanche suivant dans plusieurs gouvernorats, entre11h00 et 16h00et de nouveau entre17h00 et 22h00Afin de préserver la stabilité du réseau électrique national, confronté à une demande record due à la vague de chaleur, le gestionnaire du réseau a procédé à des délestages. Il a ciblé en particulier le Grand Tunis, le Nord, le Centre, Sfax et le Sud, en insistant sur le caractère préventif de ces opérations.
Ces annonces sont intervenues alors que les autorités tunisiennes réitéraient sur21 juillet 2026Leur intention est d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables et de nouvelles chaînes de valeur, comme l’hydrogène vert, afin de renforcer la résilience d’un système électrique mis à rude épreuve par la hausse des températures et de la consommation. La présidence et le gouvernement présentent cette transition comme un levier pour la souveraineté énergétique et la compétitivité économique, note la plateforme économique Capmad .
La vague de chaleur actuelle, avec des températures supérieures à 40°C dans plusieurs régions, la situation a engendré des pics de demande que le réseau, encore fortement dépendant du gaz et des importations, peine à absorber. STEG a souligné que les coupures de courant ne sont déclenchées que lorsque le réseau atteint le niveau d’alerte rouge, lorsque la sécurité d’approvisionnement est menacée. L’entreprise explique qu’il s’agit de mesures de délestage ciblées et limitées, conçues pour éviter un effondrement généralisé du réseau.
Fragilités du modèle énergétique tunisien
Au-delà des coupes budgétaires immédiates, les tensions actuelles mettent en lumière les retards dans la mise en service de nouvelles capacités, notamment renouvelables. Les centrales photovoltaïques en concession et les parcs éoliens publics illustrent l’écart entre la capacité nominale théorique et l’électricité réellement injectée dans le réseau, en raison de lourdeurs administratives, de conflits syndicaux et de problèmes de maintenance, explique Capmad.
Le système électrique tunisien reste fortement dépendant du gaz naturel. Les autorités se sont fixées pour objectif d’accroître significativement la part des énergies renouvelables d’ici 2030, mais la réalisation de cet objectif est freinée par les difficultés financières de STEG et la lenteur de certaines procédures d’autorisation.
Dans ce contexte, les délestages justifient une accélération des réformes réglementaires et des investissements dans le solaire et l’éolien. Les autorités soulignent également le potentiel de l’hydrogène vert, en lien avec la demande européenne, comme solution à moyen terme pour alléger la pression sur le gaz et diversifier les recettes d’exportation.
Interconnexions et concessions solaires : les autres soupapes du système
Face à la saturation du réseau électrique national aux heures de pointe, Tunis mise également sur des interconnexions régionales renforcées et de nouvelles liaisons avec l’Europe. Les interconnexions existantes avec l’Algérie et la Libye permettent des échanges d’électricité et améliorent la flexibilité du système.
Sur l’axe nord, le projet d’interconnexion sous-marine Elmed entre Cap Bon et la Sicile est présenté comme un projet structurant. Le Premier ministre a récemment rappelé que le projet est conçu pour une capacité initiale de600 MW, avec des perspectives d’expansion vers1 200 MW. Ce projet, développé par STEG et son partenaire italien Terna avec le soutien financier de l’Union européenne, devrait permettre aux autorités locales du Cap Bon d’accroître la flexibilité du réseau tunisien lors des pics de consommation et de renforcer sa capacité à faire face aux situations d’urgence.
Parallèlement, la Tunisie recourt à des concessions et à des systèmes d’autorisation pour attirer des investisseurs privés dans de nouveaux parcs solaires. Une sixième série de licences solaires a récemment ouvert une brèche pour 200 MW de projets vendant de l’électricité à STEG, sur la base d’un mécanisme de sélection du premier arrivé, premier servi et de points de raccordement au réseau haute et moyenne tension prédéfinis.
Toutefois, ces mécanismes ne permettront d’équilibrer l’offre et la demande que si les projets obtiennent rapidement les autorisations nécessaires et concluent des contrats d’achat d’électricité. Or, certains projets ont connu des retards avant leur raccordement au réseau.
Hydrogène vert et soutien européen : les prochains jalons politiques
Le contexte climatique et géopolitique actuel incite Tunis à orienter sa transition énergétique vers de nouvelles chaînes de valeur, notamment l’hydrogène vert. Les autorités entendent tirer parti du fort ensoleillement du sud et de la proximité du pays avec les marchés européens pour développer un secteur à la fois destiné à la demande intérieure et à l’exportation.
L’Union européenne a fait de cette trajectoire un axe prioritaire de sa coopération avec la Tunisie. La transition énergétique tunisienne est soutenue par des programmes de financement, une assistance technique et des initiatives de renforcement des capacités visant à favoriser la décarbonation, à sécuriser l’approvisionnement et à rendre bancables les grands projets d’interconnexion et d’énergies renouvelables.
À court terme, l’agenda politique sera dicté par la mise en œuvre concrète des décisions prises ces dernières semaines. Pour les autorités, la crédibilité de leur discours sur la transition dépendra désormais moins de nouvelles déclarations stratégiques que d’une réduction visible des coupures de courant lors du prochain pic de chaleur.








