La Tunisie a enfin un gouvernement. Chahed s’en va, et Fakhfakh s’installe...

La Tunisie a enfin un gouvernement. Chahed s’en va, et Fakhfakh s’installe !

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Après plus de 13 heures de discussion, de règlements de comptes politiciens, de crêpage de chignon politique et d’un long étalage de doléances, régionales, professionnelles et sectorielle hors-sujet, tôt dans la matinée du jeudi 27 février 2020 (2 h 45 minutes), les députés tunisiens ont voté la confiance au 9ème gouvernement de l’après Ben Ali, et 3ème de la 2ème république.

Après 119 jours de vide gouvernemental (15 novembre 2019-27 février 2020), et avec 129 voix qui en fait le plus faible nombre de voix depuis Ali Larayedh, le gouvernement d’Elyes Fakhfakh a forcé le passage. Le chef de l’Etat tunisien, aura ainsi son « premier ministre », même s’il l’a nié à l’issue de la cérémonie de serment. Les députés de l’ARP auront aussi sauvé leurs têtes, Kais Saïed ayant menacé de dissoudre le parlement et d’organiser des législatives anticipées, si son gouvernement ne passait pas.

A Carthage, tout le gouvernement a prêté sermentce jeudi 27 février 2020, devant le chef de l’Etat. Mais déjà depuis hier soir au Bardo, les nouveaux ministres avaient déjà endossé déjà leurs nouveaux habits de ministres, rasés de près et tout en cravate et costard noir, et ont fermé leurs téléphones, comme Ghazi Chaouchi qui indique à une journaliste qu’il ne sera plus désormais accessible, comme lorsqu’il était député de l’opposition.

  • Un taux de confiance de 59 %

Quatre mois et 21 jours depuis les dernières législatives qui avaient fait renaître le parti islamiste tunisien de ses cendres. Cinq mois et 21 jours après des présidentielles anticipées qui avaient fait élire une personnalité politique non-identifiée (PPNI), et l’antisystème professeur de droit constitutionnel Kais Saïed, la Tunisie a désormais un gouvernement.

De ce vote, où 10 députés étaient carrément absents (129 sur 217 ce qui fait un taux de confiance de 59 %), on ne connait pas encore le détail de qui a voté pour, et qui a voté contre ou pour, pour essayer de décrypter les possibles futures alliances. Un vote qui serait aussi entaché de non-régularité, dans la mesure où les statuts de l’ARP imposeraient qu’il soit fait et se termine dans la même journée. Or, le vote avait démarré mercredi 26 février et n’a été clos que le jeudi.

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Après un mois de tractations, de négociations et de marchandages, Fakhfakh a fini par avoir son gouvernement.Il prendravendredi 28 février 2020, la place de Youssef Chahed à la Kasbah où il lui feraofficiellement passation. Un gouvernement Fakhfakh, qui a été fortement critiqué, avec même certains de ses membres accusés de soupçons de corruption. Des soupçons qui n’ont pas été corroborés par l’INNLUC de Chawki Tabib.

Un gouvernement, où même ceux qui lui ont donné leur confiance, n’avaient pas manqué de le mettre vertement en garde, s’il faillirait. Tous savaient pourtant qu’il n’avait aucun programme détaillé, et lui-même avait dit aux députés qu’il reviendra dans un mois leur en faire part. Le peuple tunisien risquerait d’attendre Godot ; avec un Fakhfakh qui risquerait d’être le seul chef de gouvernement à ne pas tenir ses engagements, car il n’en a point fait.

Du chef de ce gouvernement, des députés avaient dit qu’il étaitl’homme des Français, l’homme du président ou son simple premier ministre. Vers deux heures du matin, Elyes Fakhfakh s’en défendait encore. Le visage tiré par la fatigue, et derrière lui deux ministres d’Ennahdha qui somnolaient sur leurs sièges, Elyes Fakhfakh répondait que « je ne suis pas premier ministre, et je connais mes prérogatives d’après le vote de confiance ».Vers 3 heures du matin, le nouveau chef du gouvernement tunisien s’isolera au fond du dôme de l’ARP, téléphone en main, fatigué mais soulagé et tout sourire, pour annoncer la nouvelle à sa famille et ses proches.

On ne sait pas si Elyes Fakhfakh a bien étudié l’historique et la petite histoire de son nouveau siège, mais son prédécesseur avait remporté un plus grand taux de confiance et sa ceinture politique était beaucoup plus large. Cela n’a pas empêché l’ARP de le mettre KO, et ses plus fervents soutiens, avaient fortement contribué à la cabale politique menée contre lui, et fortement contribué à dénigrer ses réalisations.

  • Jlassi d’Ennahdha prédit une durée de vie de 6 mois au gouvernement Fakhfakh

On ne sait pas, non plus, si Fakhfakh connaissait à cet instant, à cause de ce vote étriqué et qui ne lui donnera pas toute liberté d’agir, les limites de son pouvoir de nouveau chef de gouvernement, pour qui certains projets de loi nécessiteraient nettement plus que les 129 voix, dans une ARP politiquement instable tout comme sa propre ceinture parlementaire.

Cela, sans compter que le gouvernement ne manquerait pas de « tirs amis », comme l’avait dit Abdelhamid Jlassi d’Ennahdha. « Il y a des tirs ennemis à l’intérieur même de ce gouvernement. Et il n’est pas exclu qu’un jour Elyes Fakhfakh ne retrouvera autour de lui que les indépendants qu’il avait recruté et qui seront les seuls à le soutenir », avait dit mercredi Jlassi sur un plateau TV d’Ettassia. Lors de la dernière réunion de Fakhfakh avec ses ministres à Dar Dhiafa, quelques jours avant leur passage à l’ARP, des fuites avaient fait part d’un clash entre ministres de ce qui sera après le gouvernement d’Elyes Fakhfakh. Lors de la même émission, le dirigeant d’Ennahdha prévoyait déjà une durée de vie maximale de 6 mois pour le gouvernement d’Elyes Fakhfakh.

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Dans tous les cas, les députés auront par ce vote, évité le pire pour eux-mêmes et pour le pays, dans la mesure où les bailleurs de fonds attendaient la constitution du gouvernement pour négocier, ou renégocier leurs appuis financiers. Même chose pour l’administration tunisienne, qui sait désormais à quel saint elle devra se vouer, ainsi que les Tunisiens, qui savent désormais à quelle sauce ils seront mangés. Pour le reste, Wait and See !

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