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La Tunisie et le boom de la reconstruction libyenne

Les entreprises étrangères de nombreux pays, dont l’Italie, la Tunisie, la Turquie et l’Égypte, sont impatientes de participer à la reconstruction de la Libye, riche en pétrole. Mais sont-elles en train de brûler les étapes, se demande « Middle East Eye », alors que les  chefs d’entreprise ont commencé à élaborer des plans pour se répartir la responsabilité de la reconstruction de la Libye, une tâche gigantesque qui devrait coûter environ un demi-billion de dollars.

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Malgré un cessez-le-feu fragile et de récentes flambées de violence, un forum économique inaugural organisé par l’Association italo-libyenne de développement des entreprises s’est tenu à Tunis au début du mois. Des centaines de chefs d’entreprise italiens, tunisiens et libyens se sont réunis pour discuter des plans de reconstruction de ce pays déchiré par la guerre. Une décennie de crise prolongée a détruit des villes entières et laissé quelque 280 000 personnes dans des abris endommagés ou insalubres, selon les agences humanitaires libyennes.

La Libye abrite les plus grandes réserves pétrolières connues d’Afrique et, compte tenu de sa population relativement faible de sept millions d’habitants, son PIB nominal par habitant est l’un des plus élevés du continent.

À ce titre, les entreprises étrangères de nombreux pays, dont l’Égypte, la Turquie, la Tunisie, la France et l’Allemagne, se bousculent au portillon pour remporter les contrats gouvernementaux tant recherchés pour reconstruire le pays.

À l’approche des élections, promises pour le 24 décembre, les délégués au forum ont souligné l’urgence de remettre l’économie libyenne sur les rails, en rappelant que le gouvernement d’union nationale (GNU) du Premier ministre intérimaire Abdul Hamid Dbeibeh, reconnu par la communauté internationale, ne dispose actuellement que d’un mandat limité pour gouverner jusqu’à la fin de l’année. Dbeibeh a déclaré vouloir allouer 4,9 milliards de dollars du budget gouvernemental à des projets et au développement.

Lorsque Middle East Eye s’est entretenu avec certains représentants des quelque 90 entreprises présentes au forum, ceux-ci se sont montrés optimistes, pleins d’espoir quant au brillant avenir et au potentiel économique de la Libye.

« Je pense que pour le peuple libyen, c’est vraiment le moment, en termes de développement et de démocratie », a déclaré Karim Berrached, PDG d’Artec, une agence tunisienne d’architecture et de design ayant trois décennies d’expérience dans la construction d’hôpitaux, d’hôtels et de bâtiments institutionnels en Afrique du Nord.

« Le nouveau gouvernement va accélérer les efforts de développement et il y a beaucoup de choses à faire. Pas seulement en termes de reconstruction physique ; il y a aussi la nécessité de nombreux projets de développement pour l’avenir de la Libye qui ne sont pas en place actuellement. »

Berrached connaît bien le risque lié à l’investissement en Libye. Artec a déjà opéré en Libye entre 2003 et 2006, mais l’entreprise a été contrainte d’arrêter ses activités en raison des « incertitudes » liées à l’administration de Mouammar Kadhafi.

« Le système était un peu défaillant », a-t-il  déclaré. Toutefois, l’architecte regrette aujourd’hui sa décision d’avoir e quitté la Libye. « Il ne faut pas voir la Libye comme un champ de bataille, ou un lieu de ruine. Je vois la Libye comme ayant un immense potentiel de développement », a-t-il expliqué.

Un accord gagnant-gagnant

Hatem Mabrouk, fondateur de l’agence de consultants en pétrole et en gaz BOT Energy, était également optimiste quant au potentiel des futurs partenariats économiques tuniso-libyens.

 » C’est un accord gagnant-gagnant « , a-t-il déclaré à MEE,  » car lorsque nous travaillons là-bas, nous transférons nos compétences et notre savoir-faire… Libyens et Tunisiens : nous pouvons parler la même langue, nous pouvons les comprendre, nous avons la même culture, donc nous ferons des affaires équitables avec eux. « 

BOT Energy travaille en Libye depuis 2016, malgré la persistance des bouleversements et des menaces sécuritaires. Mabrouk affirme que l’entreprise a pris un gros risque, mais que cela a finalement été payant. « J’ai fait mes preuves. Alors que les Libyens se tiraient dessus à balles, nous avons continué à travailler avec succès. »

La reconstruction de la Libye ne dépend toutefois pas uniquement du succès du processus politique actuel et d’élections équitables. Dans une interview accordée à MEE à Tunis, le magnat libyen Hosni Bey a déclaré que certaines réformes doivent être mises en œuvre pour inciter le secteur privé avant que la Libye n’ait un espoir de véritable reconstruction économique.

En 2018, le secteur privé libyen a été estimé avoir généré 8,3 milliards de dollars, ce qui correspond à seulement 17,3 % du PIB libyen.

Débloquer l’immobilier

Peu de choses ont changé depuis l’époque pré-conflit de la Libye. Selon  Bey, bien que Kadhafi ait disparu, de nombreuses personnalités de son administration ayant la même mentalité et les mêmes attitudes économiques occupent toujours des postes d’influence.

Parmi les principaux obstacles qui empêchent le développement du secteur privé libyen, il a déclaré que le registre du logement doit être débloqué, permettant à des milliards de dollars de biens immobiliers de devenir bancables. Il ya aussi le marché boursier libyen  qui devait redevenir opérationnel alors que  la banque centrale libyenne devait devenir un organe gouvernemental réglementé.

« Je sais que le potentiel de la Libye est important. Les fondamentaux sont là, mais il y a un décalage : la gestion de ces possibilités a toujours été un problème et le gouvernement doit mettre en œuvre des réformes », déclare Bey.

« En tant qu’homme d’affaires, je me moque que le prochain président soit élu ou non. Je veux être honnête. J’aimerais bien qu’il y ait des élections car cela nous évitera une nouvelle guerre. Mais si nous avons une bonne gouvernance, qu’ils soient élus ou non élus n’a pas tellement d’importance. »

Prématuré ?

Le journaliste financier libyen Ahmed Sanoussi considère que ces forums économiques et ces discussions autour de la reconstruction de la Libye sont prématurés.

« Chaque pays veut obtenir des avantages différents de la Libye, mais nous ne pouvons rien faire en Libye tant que nous n’avons pas décidé, à l’intérieur de la Libye, si nous voulons poursuivre notre guerre ou non », a déclaré Sanoussi lors d’un entretien avec MEE dans son studio de télévision basé à Tunis.

« Une fois que nous aurons décidé, ce n’est qu’après cela que nous pourrons négocier des accords avec l’Italie ou la Tunisie, car nous saurons alors ce que nous voulons de chaque pays. » Alors que la Libye doit encore gravir une pente raide en termes d’incertitudes politiques et sociales permanentes, Sanoussi n’est pas optimiste quant au succès du processus de paix. « Je pense qu’il y aura une nouvelle guerre, à 100 %, car les raisons de la guerre du passé sont toujours là aujourd’hui. « Je n’ai pas peur que le peuple libyen fasse la guerre avant les élections, mais j’ai peur qu’il la fasse après les élections. »

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