AccueilLa UNEL’automobile en Bourse : Malmenée, profitabilité en berne et sombres perspectives

L’automobile en Bourse : Malmenée, profitabilité en berne et sombres perspectives

AM & T.V*

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La concession automobile a été parmi les secteurs les plus malmenés par la détérioration de la conjoncture économique du pays post-révolution. Entre relèvement à la hausse des taxes à la consommation et de l’impôt sur les sociétés, la réduction des quotas, l’augmentation des prix avec le renchérissement des devises et la dégradation du pouvoir d’achat du Tunisien, les concessionnaires ont vu leurs marges se rétrécir sur les dernières années.

Plus récemment, l’arrêt total de l’activité durant 2 mois, suite aux retombées de la pandémie Covid-19, a fortement impacté les ventes des concessionnaires courant le premier semestre et ne fait qu’assombrir davantage les perspectives d’un secteur intimement lié à la balance commerciale du pays, déjà très controversée.

« Dans ce contexte, le secteur coté a perdu plus d’un tiers de sa valeur depuis 2016, sous-performant le Tunindex qui a connu durant cette même période une embellie de 30%. Cette correction est surdimensionnée pour la majorité des sociétés qui affichent une assise financière robuste », commente une mini-étude de l’intermédiaire boursier T.V (Tunisie Valeurs) sur le secteur de l’automobile en Tunisie, à travers les sociétés cotées en bourse du secteur.

Si certains concessionnaires souffrent clairement de la conjoncture actuelle, la majorité a su sauvegarder – tant bien que mal – ses fondamentaux. Il est recommandé  une stratégie de stock picking, détaillée dans la présente étude.

–          187 voitures pour 1.000 habitants

Faisant une sorte de radiographie du secteur en général, pour tout le secteur de l’automobile en Tunisie, T.V estime qu’excepté l’activité d’assemblage des camions et des bus instaurés depuis les années 60, la Tunisie ne dispose pas d’une vraie industrie automobile locale. Excepté Wallys, le secteur se réduit à la distribution de marques étrangères. Le marché des concessionnaires tunisiens compte aujourd’hui 25 intervenants officiels qui importent 40 marques de véhicules légers à usage particulier ou utilitaire.

A la fin de 2019, le parc automobile a été estimé à plus de 2,2 millions de véhicules. Un parc alimenté par l’importation de véhicules déjà assemblés et le rapatriement des véhicules des Tunisiens résidents à l’étranger. En plein essor durant les années 90 avec un TCAM (taux de croissance annuel moyen) de 13,5%, le parc automobile, a connu, depuis les années 2000, une forte décélération de la croissance, évoluant à un TCAM de 5% sur la période 2000-2018. Le taux de pénétration du marché automobile tunisien a atteint 187 véhicules pour 1000 habitants. Cela ne correspond pas à la réalité, puisque le secteur est soumis au régime de quotas. La limitation volontaire de l’importation de voitures fait que l’offre des véhicules neufs est structurellement inférieure à la demande

Le faible taux d’équipement des ménages s’explique par un cadre réglementaire et fiscal restrictif sur l’importation des véhicules. De plus, les concessionnaires locaux demeurent encadrés par un cahier des charges qui les oblige à réaliser de la coopération technique et à respecter un système de quotas pour l’importation des véhicules, ce qui continue à pénaliser la croissance de leurs revenus.

La politique de quotas connaît depuis quelques années des tergiversations. Entre promesses données pour la libéralisation du secteur et décisions du ministère du commerce, le marché de l’automobile tunisien connaît un spectacle contrasté. Les concessionnaires naviguent à vue. Ils ne sont pas en mesure de connaître à l’avance le volume du quota qui leur sera attribué, ou quand l’administration pourrait suspendre leurs importations, laissant leurs bateaux en rade.

–          Révisions à la hausse de toutes les taxes pour l’achat de voitures

Par ailleurs, les opérateurs officiels font face à une concurrence déloyale de la part du marché parallèle qui fournit à lui seul le tiers des besoins annuels du marché. Les dernières mesures gouvernementales, à savoir le relèvement des droits de douane à l’importation de véhicules des expatriés Tunisiens depuis mars 2018 (de 25% à 35% pour les véhicules essence et de

30% à 40% pour les cylindrées supérieures) et l’interdiction de revendre un véhicule avant d’avoir complété une année depuis sa mise en circulation en Tunisie, a vraisemblablement freiné la croissance du marché parallèle au profit du marché officiel.

Les diverses révisions à la hausse des droits de consommation, droits de douane et de TVA prévues par la Loi de Finances 2018, renchérissant le prix de ventes ont impacté le pouvoir d’achat du consommateur et par conséquent sa demande pour les véhicules neufs.

Les marques historiques du marché automobile, en l’occurrence les européennes, ont perdu du terrain face à la percée des marques asiatiques qui ont afflué ces dernières années en l’espace de 5 ans. La part des marques automobiles européennes est passée de 80% à 50% en 2018.

–          Baisse du chiffre d’affaire de 29 % pour les concessionnaires auto

Avec une capitalisation totale de 678 MDT (à peine 3% de la capitalisation du marché) et quatre acteurs cotés (Artes, Ennakl, City Cars et UADH), le secteur de la concession automobile est faiblement représenté en bourse.

Malgré une baisse de 12,5 % des immatriculations sur la période 2016-2019, le chiffre d’affaires des concessionnaires automobiles a affiché une résilience appréciable, évoluant à un TCAM de 3,9 % sur la même période. Cette progression à contre sens, a tiré profit d’un effet prix positif, particulièrement en 2019. Au 30 juin 2020, le chiffre d’affaires agrégé des concessionnaires tunisiens a accusé une baisse de 29 % suite aux retombées de la crise sanitaire. Nous estimons que cette baisse serait réduite à -13 % vers la fin de l’année.

–          Comment vont les « petits-Big-Four » du marché ?

Grâce à une gamme de véhicules bien étoffée, le groupe Ennakl (Groupes Amen et Poulina essentiellement) a pu maintenir sa position de leader pour la deuxième année consécutive avec une part de marché effleurant les 14 % à fin 2019 et ce en dépit d’une concurrence de plus en plus acharnée. Malgré la baisse de 4,2 % des premières immatriculations, le concessionnaire de la marque allemande a vu ses ventes progresser de 9% par rapport à 2018 grâce à la marque Volkswagen qui a eu le vent en poupe (+13 % à 3839 véhicules). Suite au confinement général, les ventes de ce concessionnaire à la fin du premier semestre se sont repliées de 2 6%.

En 2019, avec 5808 véhicules vendus sur le marché, Artes (Groupe Mzabi), détrôné par KIA (distribué par City Cars), s’est retrouvé sur la deuxième marche du podium. Après la chute de 2018, le groupe a réussi à retrouver le niveau de revenus de 2017 (+3,8% à 244 MDT à fin 2019). A fin juin 2020, Artes a vu ses ventes régresser de 55% suite aux mesures du confinement et au décalage du programme de voiture populaire 4 CV et de la Symbol suite au changement de modèle.

City Cars (Groupe Bouchammaoui), le concessionnaire de la marque coréenne KIA est arrivé en 2019 à se positionner en tant que leader du marché des véhicules particuliers (PDM de 12%). Le chiffre d’affaires du concessionnaire a dépassé la barre des 200 MDT alimenté par l’amélioration notable des immatriculations des VP (+24% à 4335 unités). En dépit de la crise sanitaire, City Carsa été l’unique concessionnaire ayant affiché une progression des ventes (+9%) à fin juin 2020.

Encore un coup dur à encaisser pour UADH(Groupe Loukil)en 2019 qui n’arrive pas à rebooster ses ventes, affichant un chiffre d’affaires en forte baisse de 12,3% à 368MDt. Pénalisé par la formule de répartition des quotas, l’importateur a écoulé 2990 unités courant 2019, soit une baisse fulgurante de 47,4%. Le succès retentissant de la marque Citroën (Groupe Loukil) sur le segment des véhicules utilitaires s’est estompé devant l’attractivité de la marque nipponne ISUZU. Les revenus d’UADH ont accusé une chute de 35 % à fin juin 2020.

–          Une profitabilité en berne

Malgré la révision à la hausse des prix des voitures (pour répercuter la dépréciation du dinar), les concessionnaires ont globalement vu leurs marges se rétrécir. La marge commerciale du secteur coté a régressé de 2,4 points de taux à 17,1%. Dans un contexte extrêmement concurrentiel, les différents concessionnaires ont eu une faible marge de manœuvres pour réviser à la hausse les prix de vente et ont été contraints de stabiliser les prix sur certains produits pour parvenir à augmenter les ventes, qui serviront de base à la détermination des quotas. Cette stratégie a entraîné un affaissement des marges.

Pour 2020, nous estimons que les niveaux de marges seront maintenus au même niveau que ceux de l’année précédente. Artesest l’unique concessionnaire à avoir maintenu le même niveau de marge en 2019 par rapport à 2016 (à 19,6%). Le groupe affiche, en plus, la meilleure marge du secteur coté. Cette performance est expliquée en partie par l’important poids du service après-vente dans les recettes du Groupe (10%) profitant d’un parc important et vieillissant.

Il convient de souligner que le SAV est un pôle de rentabilité clé pour les distributeurs automobiles et compense partiellement le déclin des marges générées par l’activité ‘véhicules neufs’.

Comparé à 2016, le taux de marge brute du Groupe Ennakl a perdu 40 points de base à 18,4%, un taux qui demeure supérieur à la moyenne du secteur.

City Cars a, également, vu son taux de marge commerciale perdre 40 points de base à 14,8% malgré la montée en gamme des produits commercialisés avec le lancement très réussi de la nouvelle SPORTAGE à plus forte marge. Cette baisse s’explique par la forte dépréciation du dinar face au Yen. Le vieillissement du parc a permis, en outre, de développer les services après-vente, qui représentent désormais plus de 8% du chiffre d’affaires du groupe.

Porté par la baisse des ventes et le glissement du dinar face au Yen, UADH réduit la voilure (une décroissance de 70 points de base à 15,6 %, soit la plus forte baisse du secteur). 18,8%

Depuis 2016, la faible évolution du chiffre d’affaires couplée à un effritement des marges a entraîné une baisse de la capacité bénéficiaire des concessionnaires.

–          Une structure bilancielle de moins en moins solide

En 2019, la tendance baissière du résultat net agrégé du secteur coté s’est poursuivie (-7,5% à 52,2 MDT) suite à la révision à la hausse du taux d’imposition (IS) des concessionnaires de 25% à 35%.

Durant la période 2016–2019, l’érosion des marges nettes a été alarmante, notamment pour UADH

(-6,4 points de pourcentage à –6,5%) et Ennakl (-2,7 points de pourcentage à 5,2%) et dans une moindre mesure pour ARTES (-2 points de pourcentage à 12,4%) et City Cars (-1,6 points de pourcentage à 7,2%). En 2020, la capacité bénéficiaire du secteur sera pénalisée par la baisse du niveau d’activité mais surtout par le déficit estimé d’UADH.

Connus pour leur solide assise financière, les concessionnaires automobiles en Tunisie présentaient dans le passé une structure bilancielle atypique caractérisée par un BFR négatif, une trésorerie excédentaire et une dette nette négative. Depuis 2017, la donne a changé, le besoin en fonds de roulement a commencé à se faire sentir.

Désormais, les concessionnaires connaissent des difficultés au niveau du cycle d’exploitation avec des délais clients qui se prolongent. En outre, le resserrement monétaire a aussi poussé les compagnies de leasing à exiger des délais de paiement plus courts (trois à quatre mois), ce qui a impacté la trésorerie des concessionnaires et les a contraintes à recourir aux institutions financières pour se refinancer, augmentant ainsi leurs coûts. Les niveaux de trésorerie sont de moins en moins confortables comme le témoigne le graphique d’évolution du Free Cash-Flow et de la dette nette. Ennakl a été le concessionnaire le plus touché affichant une dette nette qui n’est plus négative ou à peine négative depuis 2017.

–           Des perspectives d’avenir, assombries par le Covid

En dépit d’une demande structurellement supérieure à l’offre, la persistance des tensions sur la balance commerciale limite drastiquement les quotas attribués au concessionnaires locaux.

Les retombées économiques inédites, dont l’ampleur n’est pas encore définie, suite à la crise du Coronavirus ne feront qu’assombrir davantage les perspectives du secteur et rendre inaccessibles, du moins pour le moment, les revendications de la chambre syndicale des concessionnaires automobiles concernant la libéralisation du secteur, la suppression de la politique de quotas et la révision des taxes et droits appliqués au secteur.

« La prudence reste donc de mise », conclu TVA pour les boursicoteurs, et explique que « le manque de visibilité sur le programme général d’importation et les difficultés économiques du contexte actuel rendent la tâche d’élaboration de prévisions difficile. Les prochains exercices nous semblent encore plus challengeant pour l’ensemble des opérateurs du secteur ».

*Etude reçue de Tunisie Valeurs

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