AccueilLa UNELes Tunisiens perdent confiance… 

Les Tunisiens perdent confiance… 

Si au départ, Kais  Saied bénéficiait d’un élan populaire favorable à son programme – il est arrivé au pouvoir en 2019 avec un score impressionnant de 72 % des voix – sa popularité s’est fortement érodée au cours de l’année dernière, de nombreux Tunisiens ayant perdu confiance en sa capacité à résoudre les problèmes économiques, à améliorer les conditions de vie et à lutter contre la corruption. Telle est la conclusion  d’une analyse livrée par Al-Jazeera for Studies  (Centre d’études Al-Jazeera).

L’opposition s’est élargie au cours de la même période, avec l’émergence de coalitions à gauche, à droite et au centre de l’échiquier politique. Des manifestations et des grèves ont également été organisées par des groupes sociaux tels que les avocats, les juges et les universitaires.

Mais malgré sa popularité déclinante, le président semble déterminé à aller de l’avant avec ses projets de réorganisation de l’ordre politique tunisien sur la base de la nouvelle constitution. Compte tenu de l’état actuel des choses, il a probablement compris qu’il n’a pas besoin d’un mandat populaire pour agir, d’autant que d’autres conditions jouent en sa faveur. D’une part, l’opposition, malgré son ampleur, reste divisée et n’est pas en mesure de mobiliser une pression populaire suffisante pour influencer la prise de décision, en particulier au sein des institutions étatiques clés comme l’armée et la police, qui sont plus imperméables à la pression populaire. Au fur et à mesure que la popularité de Saied a baissé, il a commencé à s’appuyer davantage sur ces deux institutions du pouvoir, en introduisant des changements majeurs dans la direction des forces de sécurité intérieure au cours des derniers mois.

En outre, le rôle d’institutions auparavant vitales comme l’UGTT s’est rétréci, la direction centrale semblant plus encline à promouvoir des politiques dans le cadre du nouvel ordre constitutionnel qu’à rejoindre l’opposition. L’acquiescement initial du syndicat aux mesures antidémocratiques de Saied, sa réticence à rejoindre l’opposition et son engagement envers les partis pris politiques et idéologiques de ses dirigeants ont affaibli cette organisation sociale majeure, limitant sévèrement ses options. Enfin, bien que l’Union européenne et les États-Unis aient condamné le coup de force de Saied et demandé un retour à la démocratie, il est peu probable que l’Occident exerce une réelle pression sur le président. En revanche, Saied bénéficie du soutien ferme des régimes arabes antidémocratiques, en particulier l’Algérie, dont le soutien continu est indispensable.

La crise économique, défi majeur

Le principal défi auquel est confronté le président  de la République est l’aggravation de la crise économique, qui pourrait déclencher des troubles sociaux généralisés. Depuis qu’il a pris les rênes du pouvoir au cours de l’année écoulée, il n’a rien fait pour résoudre la crise ou apaiser les inquiétudes de ses électeurs. Contrairement à sa vision politique expansive, Saied n’a proposé aucune nouvelle idée politique pour s’attaquer à l’économie en difficulté. Les actions de son gouvernement se sont limitées à négocier avec le Fonds monétaire international et d’autres organismes donateurs pour obtenir des prêts et de l’aide en échange de réformes structurelles, qui, si elles sont mises en œuvre, risquent d’exacerber les pressions économiques sur les Tunisiens.

Si les élections législatives ont lieu comme prévu en décembre, le nouvel ordre politique qu’elles inaugureront sera totalement différent de celui de la dernière décennie, voire de la période précédente. Bien que le paysage actuel ne favorise pas l’opposition politique – et la nouvelle loi électorale est spécifiquement conçue pour déflorer les partis politiques – elle pourrait s’appuyer sur sa campagne réussie de boycott du référendum pour former un front uni. Pour devenir une force efficace, cependant, trois conditions doivent être remplies, estime l’analyse du Centre  Premièrement, l’opposition doit s’unir contre la menace qui pèse sur tous les partis politiques. Deuxièmement, elle doit être moins axée sur les élites et s’intéresser aux préoccupations des gens ordinaires et à l’action de la base. Troisièmement, l’UGTT doit prendre clairement position contre le projet autoritaire qui menace à la fois l’action politique et le syndicalisme. Bien que ces conditions ne soient pas réunies actuellement, les développements futurs seront déterminés en grande partie par les réponses de tous les principaux acteurs aux défis économiques et sociaux auxquels le projet de Saied sera confronté dans la période post-référendum, et le rôle politique et l’influence des différents partis pourraient évoluer en conséquence. Quant au type de dialogues nationaux et de compromis politiques et sociaux qui ont caractérisé la dernière décennie de gouvernance en Tunisie, même s’ils sont nécessaires de toute urgence aujourd’hui, il semble peu probable qu’ils apportent des progrès cette fois-ci, étant donné le rejet répété de ces méthodes par Saied.

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