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samedi 5 décembre 2020
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Militaires et sécuritaires « sont-ils garantis » en Tunisie ?

Il y a quelques années, toute la Tunisie non-islamiste s’offusquait d’entendre Rached Ghannouchi dire que les militaires et les sécuritaires n’étaient pas garantis. Il aurait alors pu y ajouter la justice, mais on était alors dans un moment de l’histoire où Noureddine Bhiri tenait bien, un peu trop bien, le ministère de toute la justice.

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Dix années plus tard, force est malheureusement de constater que le vieil islamiste avait raison. Militaires et sécuritaires n’étaient peut-être pas complètement garantis pour la cause d’Ennahdha, mais ils se sont avérés l’être pour la cause des contrebandiers

C’était certainement l’une des plus importantes erreurs médiatiques de la « grande muette », depuis que l’ancien ministre de la Défense Abdelkrim Zbidi avait décidé de parler aux médias et au micro d’une radio privée, mais les mots ont été lâchés. Et ils sont lourds de sens et seront certainement lourds de conséquences sur l’image des forces armées.

Ce sont en effet les deux ministres, ceux de la Défense et de l’Intérieur, qui ont vendu la mèche devant les députés, affirmant avoir découvert que des seconds couteaux du corps militaire et des sécuritaires étaient en intelligence avec des terroristes, et en relation d’échange d’informations avec des contrebandiers concernant les endroits de présence de ces patrouilles, contre monnaie sonnante et trébuchante. Un peu plus tard, et juste comme une sorte de rattrapage tardif, le ministère de la Défense communique de manière officielle sur le limogeage d’un certain nombre de militaires de second rang [ar].

Le lien entre contrebandiers et terroristes s’était vérifié à plusieurs reprises depuis 2011. Des liens financiers surtout, nés des conditions sociales détériorées et d’absence du sens de l’Etat. Mais aussi des liens de familles et tribaux, où le commerce parallèle transfrontalier n’a jamais été considéré comme illégal pendant toute l’ère Ben Ali, mais où il a été toujours contrôlé et toujours monnayé contre informations.

–        Des liens à sectionner d’urgence

Ce lien, entre armée et sécuritaires d’un côté et les familles de contrebandiers, n’est pas nouveau, mais juste toujours tu et gardé sous silence. Il daterait, selon quelques sécuritaires qui préfèrent garder l’anonymat, du temps où il a été décidé de doubler patrouilles de sécuritaires, et notamment la Garde Nationale par des patrouilles de militaires. Ces derniers n’étaient jamais en lien avec les civils en Tunisie, et donc des tentations nées des pratiques délictueuses de ces derniers.

Fer de lance de toute la politique de lutte contre le terrorisme et la contrebande à travers ses brigades spéciales, la Garde Nationale, notamment routière patrouillant sur les grands axes routiers ailleurs que dans les agglomérations et les zones rurales, est quotidiennement en contact avec les contrebandiers. Ces derniers sont organisés en métiers, notamment celui des guetteurs et des balayeurs. Les premiers guettent les patrouilles et les seconds ont la charge de balayer par l’arrosage de « pots de vin ». A plus haut niveau, la Garde Nationale avait essayé de tirer profit de cette division rationnelle du travail, en retournant quelques corrompus de ses rangs mêmes, contre permission verbale de garder les pots de vin reçus.

Mais l’organisation des contrebandiers reste mieux structurée et moins vulnérable que celle de la GN, et désormais même armée. Une organisation, celle de cette dernière, où l’on trouve par exemple des chefs de poste qui n’ont pas été changés depuis plus de 10 ans et autour desquels les réseaux de contrebandiers ont pu facilement tisser leurs propres toiles d’araignée. Des toiles qui les rendent indétectables. Des contrebandiers, dits désormais repentis, on en retrouve même dans les rangs d’une ARP à la colombienne.

–        Redistribuer les cartes, et augmenter le « turn-over » dans les rangs des sécuritaires

A cela, il faut ajouter que la contrebande en Tunisie est une affaire de famille, et que dans une même famille, peuvent se croiser l’agent de l’ordre, le garde national et même le juge. Et la famille s’entraide et se soutient, comme partout dans les familles ordinaires et dans tous les corps de métiers.

Des sources qui désirent rester anonymes, nous ont fait état de l’existence de réseaux de corrompus sur les grands axes routiers tunisiens, et de relais même dans le système judiciaire tunisien. On n’accuse aucun de quoi que ce soit. Nous rapportons juste des informations que les ministres de la Défense et de l’Intérieur ont fini par confirmer devant une des commissions de l’ARP.

La grosse erreur de communication des deux ministres a ainsi révélé et rendu public l’existence  d’un phénomène qui était, somme toute, un secret de polichinelle. Ce coup de pied dans la fourmilière a cependant fortement écorné l’image de deux des plus importantes institutions de la démocratie tunisienne encore débutante. Et lorsqu’à ces deux institutions s’ajoute celle de la justice, dont l’image, déjà à la toute rigueur entachée par le nombre d’assassinats, d’attaques terroristes, d’affaires financières ou tout simplement de droit commun, jamais résolues ou partiellement traitées comme celle de ce membre d’El Kamour, les trois piliers de toute démocratie se trouvent menacés !

La solution est pourtant simple, de l’avis de plus d’un expert. Il s’agirait, en effet, de revoir la distribution des patrouilles et leur mobilité sur le territoire. Il s’agirait, aussi, d’augmenter le « turn-over » des effectifs et des premiers responsables des brigades routières et frontalières. Une révision, qui devrait tenir compte des liens de parenté et des lieux de résidence des différentes équipes par rapport aux villes.

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