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accord de Carthage

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Ne tenant manifestement pas à être l’outil qu’utiliseront ses détracteurs pour renvoyer Youssef Chahed de la Kasbah, le locataire de Carthage a, le lundi 28 mai 2018, suspendu le «Document de Carthage» ou DC, et renvoyé sine die les concertations qui devaient aboutir à une nouvelle feuille de route pour le chef du gouvernement. Les mots étant importants, Saïda Garrach a parlé d’une suspension et non d’un arrêt. Auquel cas Youssef Chahed devrait partir, le DC étant le document fondateur de son gouvernement d’union nationale. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement de Youssef Chahed n’en est plus un.

De suite, le Taboubi de l’UGTT annonce son retrait de cette structure de gouvernance virtuelle de la Tunisie de la seconde République. Un retrait dont la seule explication est l’incapacité de la toute-puissante et omnipotente centrale syndicale ouvrière à faire plier le président du conseil d’administration de l’entreprise Tunisie, Béji Caïed Essebssi, et le reste des membres du conseil d’administration et renvoyer le DG de l’entreprise, Youssef Chahed.

De fait, l’UGTT perd le deuxième round de son bras de fer avec le chef du gouvernement, le second à lui tenir tête après Mehdi Jomaa, quoique pour une plus longue période, et Hafedh Caïed Essebssi (HCE) en perd un round. De fait aussi, Youssef Chahed reste à la Kasbah et on ne parle même plus de remaniement ministériel. Une claque magistrale pour l’UGTT et pour HCE. Ce dernier se met ainsi, depuis le 9 mai 2018, date de son communiqué, à flirter avec l’UGTT. Comme s’il séchait les larmes de dépit de Noureddine Taboubi, HCE affirmait dans le même communiqué que «l’UGTT [est] l’un des piliers du consensus social». L’alliance a changé de bord.

  • Retour au point de départ. «نرجعوا فين كنا» avait un jour dit Bourguiba

Cela aura tout simplement coûté quelques mois de la vie d’un pays au bord de la banqueroute et plusieurs mois de retard dans la mise en œuvre des réformes par lesquelles l’économie donnait déjà en avril les premiers signes d’une légère reprise. Nous en voulons pour preuve le changement de qualité de la petite croissance de 2,5 %, qui n’est plus issue de la consommation, mais de secteurs productifs. Cela aura quand même coûté une confirmation par Fitch Rating de la notation négative de Moody’s. Cela a encore coûté un € désormais à plus de 3 DT, une thésaurisation plus accélérée qui aggravera la crise de liquidité, une inflation à 7,7 % liée à la hausse des prix et l’envolée du coût de l’argent, et des réserves en devises en baisse. Le tout du à l’attentisme créé par les appels au changement de gouvernement. Des effets de l’instabilité politique que niait le fils du chef de l’Etat lorsqu’il demandait la 1ère fois la tête du candidat de son propre parti au poste de chef de gouvernement en 2016.

Ceux qui connaissent l’UGTT savent cependant pertinemment que l’organisation a la tête dure et n’a pas encore dit son dernier mot. Il devient plus que probable qu’elle relance sa campagne anti-Chahed, directement ou indirectement et qu’elle s’oppose de façon plus véhémente à son programme de réformes économiques. Il n’est donc pas exclu qu’elle mette au point un programme de mouvements sociaux, grèves, sit-in notamment, pour enrayer l’action d’une «persona non grata».

  • Un train peut en cacher un autre  

Reste à deviner ce qui s’est passé dans la tête du président nonagénaire pour qu’il lâche celle dont il disait que rien ne se faisait sans elle. Aurait-il décidé de battre en retraite face à la campagne anti-Document de Carthage, de plus en plus considéré comme anticonstitutionnel et un véritable «Shadow Cabinet» ? Aurait-il été finalement irrité par les deux dernières campagnes, menées par son fils sur les réseaux sociaux, pour obtenir le départ de l’actuel chef de gouvernement alors qu’il avait signifié qu’il n’était pas question de le changer ?

Dans un cas comme dans l’autre, ce qui reste du magistère de Youssef Chahed jusqu’aux prochaines d’octobre 2019 ne sera pas facile, ni pour lui, ni pour l’économie, encore moins pour la société tunisienne. Maintenu bon gré mal gré à la tête du gouvernement, Chahed reste lié par les engagements donnés aux bailleurs de fonds avec à leur tête le FMI et par les réformes promises.

Or, s’il a gagné ses bras de fer avec l’UGTT et le fils du fondateur du parti Nidaa Tounes, Youssef Chahed perd une large part de la marge de manœuvre dont il devrait disposer pour faire passer ses réformes, en face de formations politiques qui s’étaient finalement déclarées incapables, lundi 28 mai 2018, de s’entendre sur les mesures à adopter pour faire face à la crise économique aiguë dans laquelle s’englue le pays.

  • Que peut-il désormais se passer ?

Il y a d’abord lieu de remarquer que sitôt l’annonce faite par Saïda Garrach de la suspension du DC, le conseiller Noureddine Ben Ticha s’empresse de préciser que cette décision de BCE est provisoire. On comprendrait alors que la décision de BCE de le suspendre n’était qu’un coup de tête et que, retrouvant ses esprits, le nonagénaire chef de l’Etat tunisien aurait envoyé son conseiller entrebâiller de nouveau la porte des négociations, peut-être par une autre composition du DC ou avec de nouvelles conditions.

En attendant, il se murmure que le fils préparerait quand même un nouveau coup de force contre son père. A deux reprises, Hafedh Caïed Essebssi aurait réuni les ministres de Nidaa après la rupture du jeûne. A l’un des menus, un coup à la Yassine Brahim. HCE penserait en effet à demander aux ministres de Nidaa Tounes de démissionner en bloc du gouvernement, ce qui obligerait Chahed à repasser par la case ARP pour un éventuel vote de confiance qu’il pourrait retourner contre lui. Coup bas et combines pour faire tomber le gouvernement auraient ainsi déjà repris. “Business as usual” !

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Le président de la République, Béji Caïd Essebssi, a décidé de suspendre les concertations engagées dans le cadre du Document de Carthage II et de les reporter à une date ultérieure, a indiqué, lundi, le porte-parole de la présidence de la République, Saïda Garrache.

Vendredi dernier, à l’ouverture des travaux de la commission des présidents et secrétaires généraux des partis politiques et des organisations nationales, Caïd Essebssi a soulevé le différend qui persiste autour du 64 e point relatif au remaniement ministériel. Ce point évoque la question de savoir s’il touchera ou non le chef du gouvernement.

Le chef de l’Etat avait alors affirmé vouloir éviter d’évoquer le remaniement ministériel dans la mesure où le plus urgent consiste, avant tout, à mettre au point un plan de réforme. En cas de non accord, Caïd Essebssi avait proposé le report des concertations après le mois de ramadan.

Caïd Essebssi a tenu à préciser ne pas avoir de rôle, en tant que président de la République, dans le changement du chef du gouvernement, ni l’intention d’empiéter sur les prérogatives du parlement, tel que rapporté par certaines parties. “La question doit passer par le parlement conformément à la Constitution”, a soutenu le président de la République.

En mars dernier, les signataires du Document de Carthage ont décidé la création d’une Commission avec pour mission de définir les priorités de l’économie nationale et de proposer les réformes y afférentes.
Cette commission est composée de deux représentants de chaque parti et de chaque organisation signataires du Document de Carthage.

“Tout remaniement ministériel doit être opéré sur la base d’une feuille de route claire”, ont-ils assuré, ajoutant que le changement de l’équipe gouvernementale est toujours possible à la lumière d’un programme de réformes cohérent.

Les concertations autour du Document de Carthage II ont démarré en janvier 2018.
Au départ, le Document de Carthage regroupait neuf partis politiques avant le retrait de “Afek Tounes” et “Machrou Tounes”. Les partis “al-Chaab” et “al-Joumhouri” n’ont plus assisté aux réunions depuis mars dernier.

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Faute d’accord sur le 64ème point – le maintien ou non du chef du gouvernement -, le Document de Carthage 2 a été rangé dans un tiroir, rapporte Mosaïque FM ce lundi 28 mai 2018. Combien de temps va durer cette suspension ? Mystère pour le moment…

Pour rappel, les signataires du Pacte de Carthage, des leaders de partis et secrétaires généraux des organisations nationales étaient en conclave pour justement tenter de sortir du blocage et parapher enfin, après deux semaines de retard, le document cher au président de la République. Manifestement ce dernier, et toute la nation, devront encore attendre…

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Dans une interview accordée à Africanmager, l’expert en économie Ezzedine Saidane a déclaré que “l’Accord de Carthage 2” est une perte de temps, qu’il en a pris plus qu’il ne faut pour aboutir à un document qui ne vaut rien du tout. “Cet accord est un mélange de mesures, de mesurettes et de réformes, marqué par une absence totale de démarche, de compréhension et de l’évaluation de l’état des lieux de la situation économique et financière du pays. Lister des mesures de cette façon prouve une mauvaise compréhension de l’urgence de la situation. Le pire c’est qu’on n’en a pas encore fini puisque ce document va être encore soumis à des sous-commissions“, a-t-il précisé.

Il a en outre indiqué qu’en parallèle de ce qui se passe avec le Document de Carthage 2, les indicateurs économiques, sans exception, continuent de se détériorer, considérant cela comme une forme d’inconscience volontaire ou involontaire face à la gravité de la situation : “Chaque partie à son agenda caché alors que le pays nécessite une véritable opération de sauvetage et d’arrêt de l’hémorragie“, a alerté l’expert en économie.

Le sauvetage est encore possible

Cela fait des années qu’on dit que le sauvetage est encore possible mais sous certaines conditions“, a soutenu Saidane, faisant toutefois remarquer que normalement les propositions de solutions devraient provenir de celui qui a le pouvoir, qui n’est autre que le gouvernement, qui est totalement absent du Document de Carthage, selon ses dires.

Outre cette problématique, l’économiste a reproché à l’équipe de Yousseg Chahed de travailler sur les grandes réformes sans coordination avec la commission qui se charge de la question  : “Chaque partie, comme l’UGTT ou encore l’UTICA, déclare avoir son propre programme de réformes, sans aucune coordination entre elles“, a-t-il dit.

Interrogé sur les solutions, Saidane a suggéré une évaluation réelle de la situation économique et financière du pays signée par les parties prenantes du Document de Carthage 2 et la mise en place d’un programme de réformes structurelles dont le principal objectif est d’arrêter l’hémorragie et faire sortir l’économie tunisienne du trou dans laquelle elle se trouve aujourd’hui. “Ce plan d’ajustement structurel“, ajoute-t-il, nécessite entre 18 et 24 mois pour son implémentation.

Une fois ce programme de réformes structurelles finalisé, nous devons, selon Saidane, engager les réformes profondes qui nécessitent une clarification de la perception politique : “Il y a une crise de gouvernance très claire en Tunisie et on est appelé plus que jamais à reconnaître la gravité de la situation économique et financière“, a-t-il dit.

9,5 milliards de dinars de crédits nouveaux

Il a sous un autre angle indiqué que les réserves de change de la Tunisie se situent actuellement aux alentours de 73 jours d’importation. “Or, par rapport à la norme internationale, quand un pays descend en-dessous de 90 jours d’importation, il lui devient très difficile d’emprunter sur le marché financier international, surtout que la Tunisie est appelée à mobiliser dans le cadre du budget 2018 quelque 9,5 milliards de dinars de crédits nouveaux, et c’est ça le problème“, a précisé Saidane, faisant remarquer que si la Tunisie n’arrive pas à emprunter et que les réserves de change continuent de baisser, elle pourrait se retrouver dans une situation de rééchelonnement de sa dette extérieure, et ça serait dommage car ce serait la fin d’une histoire très glorieuse pour la Tunisie en matière de remboursement de sa dette extérieure. “La Tunisie n’a jamais fait de faux bond jusque-là et n’a jamais payé en retard sa dette extérieure. C’est un acquis énorme qui va être perdu et c’est dommage pour nous“, a-t-il dit.

Le FMI demain en Tunisie !

Sur un autre volet, l’expert en économie nous a rappelé qu’une délégation du FMI viendra demain, jeudi 17 mai 2018 en Tunisie et que cette institution financière n’est pas une banque mais plutôt un préteur de dernier recours. “On y a recours lorsqu’on ne peut pas emprunter sur le marché financier international. Le FMI emprunte pour aider les pays en question à sortir de leur situation, et c’est pour cela qu’il y a toujours un programme et des engagements à respecter sinon il n y aura pas de déblocage“a-t-il expliqué, faisant savoir que le gouvernement n’est pas encore sorti sur le marché financier international alors que l’ARP l’a autorisé à le faire : “La Tunisie aurait dû sortir sur le marché financier international pendant la deuxième moitié du mois de mars pour emprunter 1 milliard de dollars, mais avec les ratios actuels, les indicateurs économiques et financiers et la dernière notation de Moodys, cela comporte un risque important dans le sens où la Tunisie sait qu’il ne lui sera pas possible de trouver le montant demandé, ou que même si elle trouve tout le montant ou une partie, cela se ferra à des taux d’intérêts exorbitants“.

La décision souveraine menacée

Évoquant l’endettement, Saidane a déclaré que l’endettement impacte directement la souveraineté du pays. “Quand on est surendetté, qu’on est sous le contrôle du FMI, et si on arrivait à l’étape du rééchelonnement de la dette, une partie de la décision souveraine de la Tunisie ne serait plus dans ses mains mais plutôt dans celles de la partie qui la finance”, a-t-il affirmé.

Il a d’autre part indiqué que les positions de l’UGTT à l’égard des manifestations et des mouvements de protestation et le refus de faire des alliances a un impact très négatif sur la situation économique et financière du pays, appelant ainsi à respecter cette première étape d’évaluation réelle de la situation financière. “Si ce n’est pas fait, on va vivre de grandes contradictions où chaque partie parle d’une évaluation et d’un diagnostic propre à elle (…). Je ne pense pas que l’UGTT soit moins patriote et moins nationaliste que les autres parties. C’est une question de vrai débat pour passer aux réformes indispensables“, a ajouté Saidane.

Au sujet de la situation économique générale du pays, Saidane a dressé un tableau sombre : “La situation ne s’améliore pas encore et les indicateurs continuent de se dégrader (…). Du coup, une opération de sauvetage qui dépend d’un plan d’ajustement structurel devient d’une importance extrême pour éviter à l’économie tunisienne un étouffement financier extérieur“, dixit Saidane.

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La réforme des entreprises publiques est sans doute le sujet le plus épineux du moment. Et pour causes : le contexte économique l’exige, pour stopper des pratiques budgétivores, et pas peu ; l’avenir du pays l’impose ; le FMI, notre plus solide soutien, pour l’instant, la demande, et c’est d’ailleurs ce que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, lui a promis. Une promesse réitérée à moult reprises, à Washington, à l’ARP, au Parlement européen, dans toutes les conférences nationales et internationales depuis quelques mois. L’Union européenne elle, la France en tête, en attendant les réformes, a prudemment décidé d’arrêter de filer des sous à la Tunisie pour appuyer son budget, de l’argent qui de toute façon est affecté au fonctionnement de la lourde machine étatique (surtout le paiement des salaires), ou sert à perfuser des entreprises publiques aux déficits abyssaux et chroniques. Des mots et engagements pour corriger tout cela il y en a eu, beaucoup trop à notre goût, mais Chahed en reste là parce que l’étape suivante, l’action, est beaucoup plus compliquée. Il aurait pu choisir la voie, plus facile techniquement, de la privatisation. Mais l’UGTT, effrayée par le tarif habituel de cette recette, en termes de sacrifices douloureux, a fermé la porte au locataire du palais de la Kasbah. Ou ce dernier se l’est fermée lui-même, et a opté pour les palliatifs, les dérivatifs, des sentiers moins risqués, plus confortables jusqu’aux élections générales de 2019. On en a la certitude depuis le discours du 3 mai 2018…

Chahed en ce moment ne jure que par la restructuration des entreprises publiques, exit la privatisation. Le basculement sémantique mérite d’être souligné. Restructuration, une expression d’ailleurs dont on ignore tous les contours et ce que le chef du gouvernement veut y mettre précisément, un terme qui peut-être n’est même pas clair dans sa tête, mais tant pis, pour le moment il suffit au bonheur du FMI – je dis bien pour le moment – et ça a aussi le mérite de calmer la centrale syndicale, obsédée présentement par le remaniement ministériel, voire le départ du chef de l’orchestre, et qui est même parvenue à l’imposer parmi les priorités du Pacte de Carthage. Ce dernier vient d’ailleurs d’en rajouter aux problèmes du chef du gouvernement et à la confusion politique ambiante en le gratifiant d’une volumineuse feuille de route de 100 points, comme si le programme de Chahed n’était pas assez copieux ! 100 objectifs à atteindre à quelques mois des élections, alors qu’il a déjà tant de mal à faire ce qu’il s’est engagé à réaliser, c’est le dernier compte de fée.

Son successeur va se taper tout le boulot

Dans un contexte où il est impossible d’avancer, où on est lesté par cette étrange trouvaille du nom de Document de Carthage, où l’action est polluée par les bruits extérieurs (grèves des profs, instits ; bruits de botte de l’UGTT ; les croche-pattes des prétendus soutiens politiques…), que voulez-vous que Chahed fasse d’autre que servir des soporifiques, des calmants jusqu’en 2019 ?
Le chef du gouvernement a utilisé les expressions “dialogue social” et “négociations ouvertes dans son allocution du 03 mai, donc nous sommes contraints de lui accorder le bénéfice du doute en concluant qu’il va négocier. Dans un sujet aussi délicat que réformer des grosses entreprises et organismes publics, pour corriger des dizaines d’années de mauvaises pratiques, négocier signifie des mois de conciliabules, tractations, de compromis… Et on est sûr d’une chose : Les syndicats ne lâcheront rien facilement, le peu qui sera concédé le sera après un dur labeur. Alors que cette affaire n’a même pas encore commencé, je ne vous parle pas de rentrer dans le dur !

A quelques jours du Ramadan, quelques semaines de la Coupe du Monde, à ajouter à la léthargie estivale, il y a des chances que les dossiers commencent à être ouverts à la rentrée. Une rentrée qui pourrait être marquée par les soubresauts sociaux habituels, puis, très rapidement, les élections législatives et présidentielles seront dans toutes les têtes, avec leur lot de calculs et surenchères politiques. Ce n’est pas un contexte favorable pour une entreprise aussi délicate que réformer les entreprises publiques. Au mieux Chahed parviendra à défricher le terrain pour laisser son successeur se farcir tout le boulot, au pire il ne fera rien, mis à part gesticuler, occuper l’espace… jusqu’en 2019. Après ça le déluge pour l’économie du pays, et pour lui certainement un poste très juteux dans l’un des grands organismes internationaux auquel son CV de chef de gouvernement lui donnera droit, à défaut d’avoir le fauteuil du palais de Carthage.

La route de Macron ou l’impasse

Ce qu’il faudrait à la Tunisie c’est un champion des réformes comme le président français, Emmanuel Macron – et pas un dictateur, comme le disent les fatalistes et autres défaitistes. Mais le chef de l’Etat français est dans une configuration différente. Il avait promis durant sa campagne de bousculer, de réveiller la France, de lui faire mal à certains égards mais pour la bonne cause. Les Français l’ont donc élu pour ça, et il est en train de faire ce qu’il avait dit. Il avait d’ailleurs quitté le gouvernement de Manuel Valls parce que ça n’allait pas assez vite à son goût. Donc il n’y a pas d’erreur sur la marchandise. Chahed lui n’a rien demandé, on est allé le chercher après “l’exécution” de Essid. Il n’a rien promis au départ, n’a pas fait de discours de politique générale, son programme est venu bien après son installation et s’est structuré au fil du temps. Autant dire qu’il a fait comme il a pu, du pilotage à vue quoi. Les mauvaises langues appelleront ça improvisation.

Chahed est l’otage de ses parrains du Pacte de Carthage, il n’a pas la force et la légitimité que confèrent les urnes. C’est son drame, et celui du pays. Il faudra attendre les élections de 2019 pour connaitre l’identité de celui qui aura le temps qu’il faut et les moyens, politiques surtout, de mener la Tunisie à bon port. A condition qu’un autre Accord de Carthage ne vienne pas parasiter son action…

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Une énième commission, d’énièmes conciliabules et une énième feuille de route, c’est la lumière qui a jailli de la tète des signataires du Pacte de Carthage le 12 mars 2018. A part les sons de cloche discordants entre la présidence de la République et le leader de la centrale syndicale sur le sort qui sera réservé à l’équipe du chef du gouvernement, tout ce qu’on a pu tirer de cette réunion chez le président de la République, Béji Caïd Essebsi, c’est l’idée d’une Commission chargée de confectionner une feuille de route… pour piloter Youssef Chahed. Un document qui comporterait, du moins c’est ce qu’on nous vend, les solutions, ou recettes miracles devrait-on dire, pour sortir la Tunisie de ce mauvais pas. Comme si des solutions les tiroirs du chef du gouvernement en manquaient. Comme si le problème du pays c’est une absence de projets, de programmes, une bonne hiérarchisation des priorités, et non cette allergie aux réformes et aux sacrifices sur laquelle 6 chefs de gouvernement se sont cassé les dents. L’Accord de Carthage va accoucher à partir du 19 mars 2018 d’un ensemble de propositions que les conseillers ont déjà, mais qu’on tentera de nous présenter comme novatrices et mêmes révolutionnaires. Y croiront ceux qui voudront. Mais une chose est sûre : pour Chahed, ce sera le début d’une reprise en main par ses parrains, d’une infantilisation qui fera voler en éclats ses derniers rêves de vrai chef de gouvernement, pour en faire in fine le Premier des ministres, pas plus…

La première réunion de la Commission du Document de Carthage est l’épilogue d’un gouvernement mal né, car issu de la volonté de parties qui n’ont reçu aucun mandat populaire pour cela. C’est ce qui explique la fragilité congénitale du gouvernement de Chahed. Par définition, ce qui a été fait par un attelage hétéroclite de parties, dont des organisations nationales qui théoriquement n’ont pas à fricoter avec les politiciens et encore moins peser autant dans la direction des affaires du pays, peut-être défait aussi aisément. C’est la source même de l’instabilité et de l’absence de visibilité dans le pays actuellement. Mais voilà, la Tunisie post révolutionnaire se complait dans les anomalies, et pire : Elle finit par les institutionnaliser et en attend même des progrès, lesquels bien entendu ne viendront pas. Mais qui va apporter les correctifs qu’il faut ? Qui en a l’autorité ? Qui sera la voie de la sagesse, de la raison et que les autres protagonistes, beaucoup trop nombreux, reconnaitront en tant que telle ? C’est tout le problème.

Le ver est dans le fruit

Chahed est rattrapé par les conditions de son installation. S’il devait sa désignation à la volonté populaire issue du suffrage direct – les élections -, il serait beaucoup moins vulnérable. Le souci c’est qu’il doit son arrivée à une suite d’événements politiques surréalistes qui font la particularité, et souvent pour le pire, hélas, du berceau du printemps arabe. La genèse de cette affaire remonte à la Constitution de 2014, quand la Troïka a, très stratégiquement, soufflé l’idée qu’il fallait s’orienter vers un scrutin à la proportionnelle pour ne bâillonner aucun parti politique – Ben Ali était encore dans tous les esprits, donc la manoeuvre est passée – et pour que tout le monde soit représenté à l’ARP. Alors que pour Ennahdha et compagnie, le premier objectif était de s’assurer qu’ils seraient toujours au coeur du pouvoir, quelle que soit la configuration du verdict des urnes. Est arrivé ce qui devait arriver : Indécis et divisé, le pays donne une courte majorité à Nidaa Tounes. Essesbi aurait pu prendre le risque d’ouvrir sur sa gauche pour tenter de bâtir une majorité, mais il avait une peur bleue d’être l’otage du Front populaire, alors il a bifurqué et fait équipe avec les islamistes, qu’il a pourtant agités comme un chiffon rouge durant sa campagne électorale. Il aurait pu prendre le risque de rejouer le coup en convoquant d’autres législatives, pour tenter de décrocher une majorité plus confortable, il a choisi la voie de la collaboration – de la compromission diront certains de ses partisans – avec Ennahdha. Quand le chef de gouvernement qu’il a désigné, Habib Essid, a eu les déboires que l’on sait, incapable d’avancer, de tenir le pays, ses morceaux éclatés et aux agendas divergents, BCE aurait également pu parier sur des législatives anticipées, pour s’offrir de vraies marges de manoeuvre, au lieu de filer vers ce monstre politique du nom de Pacte de Carthage…

Ainsi va le pays qui s’est choisi un système politique qui effraye même la France, pourtant adossée sur une tradition démocratique séculaire. L’Hexagone, échaudée par les dégâts que l’élection à la proportionnelle a faits en Italie et ailleurs, recule devant la perspective d’introduire ne serait-ce qu’une petite dose de proportionnelle dans les législatives et s’en tient encore à son bon vieux scrutin à la majorité, où le premier rafle toute la mise – je schématise, c’est un peu plus compliqué que cela. . Le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, s’est engagé à ouvrir la porte à la proportionnelle, mais il ne faut pas s’attendre à un basculement dans l’intégrale avec le risque que les extrêmes – droite et gauche – fassent irruption au coeur du pouvoir. Alors que la Tunisie elle a bu toute la proportionnelle, d’un coup !

Chahed aurait pu tirer la conclusion de sa faiblesse originelle et de l’absence flagrante de soutien des siens – Nidaa Tounes – qu’il fallait démissionner et larguer les amarres vers d’autres cieux plus cléments – il pourrait facilement se caser dans une des ces juteuses et tranquilles institutions internationales, comme l’a fait son ex-ministre de l’Energie, Héla Cheikhrouho. Il aurait pu également plaquer son parti et faire cavalier seul, comme l’a fait un certain Macron, avec le succès que l’on sait. Au lieu de cela, il supporte, stoïquement, les brimades du fils du chef de l’Etat, Hafedh Caïd Essebsi, alors qu’en déballant sur ses malheurs et les peaux de banane que lui glissent les siens, il est au moins sûr d’être protégé par la popularité que lui a conférée son volontarisme. Combien de temps tiendra-t-il encore ?

Souleymane Loum

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Le mouvement Ennahdha, à travers Abdelkrim Harouni, président du Conseil de la Choura, a réaffirmé, sur Mosaïque FM ce lundi 19 mars, sa position de principe : Pas de remaniement ministériel avant au moins les élections municipales du 6 mai 2018, pour ne pas, argue-t-on, perturber le déroulement du scrutin. Sauf que derrière cette ligne rouge des islamistes il y a surtout un calcul politique qui n’aura pas échappé aux observateurs : Faire un bon score au prochain scrutin et exiger ensuite un remaniement qui tiendrait compte de cette redistribution des cartes au niveau local…

Harouni a indiqué que la réunion des signataires de l’Accord de Carthage a évoqué les grandes réformes et n’a à aucun moment mis sur la table des changements dans l’équipe de Youssef Chahed.
Au sujet de la requête de l’UGTT, qui voudrait, entre autres, la tête d’un ministre hahdhaoui, pour cause d’échec, dit-on, le président du Conseil de la Choura a affirmé que là pour le coup c’est Ennahdha qui est visé…

Selon lui, remodeler l’équipe gouvernementale en ce moment ne rendrait pas service au pays. “Ennahdha n’est pas d’avis que le gouvernement Chahed a échoué“, a-t-il ajouté.
Il a ajouté que Chahed a des succès à son actif, tels que l’amélioration du climat sécuritaire, le combat contre le terrorisme et certains indicateurs économiques qui commercent à verdir.
A contrario il a déclaré que le pays fait face à une grosse crise financière qui exige une accélération de la cadence dans la lutte contre la corruption.

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L’ombre de Youssef Chahed a plané sur la 3ème réunion de 9 signataires du «Document de Carthage», qui définit les priorités de l’action de son gouvernement. Beaucoup s’attendaient à ce qu’il soit mis fin à ses fonctions. Certains sont même allés jusqu’à avancer le nom de l’ancienne patronne des patrons, Wided Bouchammaoui, Abdelkerim Zbidi ou même l’actuel ministre de l’Intérieur.

Après avoir pris des nouvelles de tout le monde en les accueillant, comme de la santé d’un des absents à cette réunion en saluant son fils, ou serrant la main, sans le regarder, de Samir Etaïeb, ou encore lorsqu’il saluait chaleureusement Kamel Morjane comme on retrouverait un ancien pote, le chef de l’Etat tunisien, Béji Caïed Essebssi, s’assied. A sa droite la centrale syndicale (théoriquement de gauche si c’était un parti politique) et à sa gauche la centrale patronale (organisation économiquement de droite), le chef de l’Etat tunisien. Il explique, dès le début, qu’il n’y aura pas d’union nationale sans eux, comme un pic au reste des politiciens présents, et profitant de l’occasion pour régler ses comptes avec les partis qui s’étaient retirés de Document de Carthage, «pour des raisons pas trop difficile à comprendre», jette-t-il notamment à Afek Tounes.

  • La présidence de la République arrête la cabale

A aucun moment par ailleurs, au moins selon le contenu de son discours qui a été rendu public, BCE n’a évoqué la question d’un éventuel changement du gouvernement d’union nationale, Youssef Chahed, qu’il avait reçu le 9 mars, quatre jours avant la réunion des signataires du Document de Carthage. A la Kasbah d’ailleurs, rien ne laissait voir ou comprendre de quelconques préparatifs ou une simple connaissance d’un éventuel départ du chef du gouvernement, qui vaquait ce matin à ses occupations gouvernementales, comme le laissaient entendre les déclarations de l’UGTT qui était de presque toutes les radios.

La porte-parole du chef de l’Etat s’y prendra à deux fois, pour affirmer que «que le changement du gouvernement n’est pas une priorité pour le pays». Youssef Chahed était pourtant le sujet dont tout le monde parlait et le sujet à propos duquel au moins deux des signataires ont fait et font des déclarations.

Mais revenons, chronologiquement, sur cette affaire du départ de Youssef Chahed. Il y a eu d’abord le recadrage qu’avait fait le chef du gouvernement qu’on croyait jusque-là en bons termes avec l’UGTT, à Noureddine Taboubi qui demandait un remaniement ministériel depuis quelques semaines. A la télévision, Chahed avait alors sèchement recadré le SG de l’UGTT en déclarant que le remaniement était sa prérogative exclusive. S’en suivront alors plusieurs déclarations de l’UGTT qui feront monter la mayonnaise entre La Kasbah et la Place Mohamed Ali (Siège de l’UGTT).

  • Le 4ème pouvoir veut sa tête. Pourquoi ?

Dans la même interview, nous l’évoquions dans notre édition du 27 février 2018, le refus catégorique et cassant de Youssef Chahed de retirer un projet de loi relatif aux médias publics et contre lequel toute la presse locale s’était liguée. Chahed semait le vent, il récoltera plus tard la tempête !

A la sortie de la réunion de Carthage, Noureddine Taboubi parlait de la décision de former des équipes de travail qui présenteront cette semaine des propositions de sortie de crise économique, de se réunir de nouveau lundi prochain pour faire une évaluation de ces propositions. «A la lumière de cette évaluation, nous verrons l’équipe gouvernementale et le chef de l’équipe gouvernementale qui sera capable de concrétiser ce qui reste de ce programme», a dit Taboubi. Il s’agissait, jusque-là, de redéfinir les priorités et même de refaire le Document de Carthage et d’examiner ensuite l’opportunité de changer ou non de gouvernement.

Taboubi tournait presque les talons pour partir, lorsqu’il est relancé par une journaliste sur le remaniement. «Nous ne savons pas encore. C’est à la lumière des priorités», répond Taboubi, avant d’être de nouveau relancé sur le même sujet. Le sujet n’est plus le contenu de la réunion, les nouvelles priorités du Document de Carthage ou les remèdes à la crise économique et de liquidité, mais uniquement le départ de Youssef Chahed. Pour la presse, la réunion de Carthage était consacrée à son départ, et c’est cet unique départ de Youssef Chahed qui est repris, depuis hier, par tous les médias. Les principales parties, UGTT, Utica et Nida, verseront en abondance dans la brèche, oublieront toute l’urgence économique et financière, lui mettront tout sur le dos, en partie à juste titre, et demanderont la tête de Chahed.

  • A quoi bon un autre Chahed ?

Il n’est point ici question de défendre Youssef Chahed. Au contraire, nous étions parmi les premiers à le critiquer et à l’interpeller au sujet de plusieurs erreurs, médiatiques, de politique ou d’économie. Notre historique en témoigne.

Force est cependant de rappeler, à juste titre, et nous ne sommes pas les seuls à le croire, qu’il est inutile, absurde et que c’est une perte de temps et d’argent de désigner un autre chef de gouvernement, sans lui donner d’abord les outils pour gouverner. L’actuel chef de gouvernement officie dans un régime où personne ne gouverne réellement et personne ne laisse les autres gouverner à sa place. Grand, très grand nombre des projets de loi qui devraient apporter les réformes qui changeront les choses sont dans les tiroirs de l’ARP. Différents autres sont dépouillés au passage d’une ARP gouvernée elle-même pas les lobbies. Les syndicats demandent toujours plus d’argent et utilisent la production comme moyen de pression pour arriver à leurs fins.

Dans d’autres réformes ou d’autres tentatives de trouver les ressources, nécessaires à l’investissement pour créer de l’emploi, la même UGTT met ses fameuses lignes rouges. Pas touche aux grévises, Pas touche aux Sit-in, pas touche aux entreprises nationales en faillite, pas touche aux salaires, pas touche aux prix. Ne rien laisser faire et tout demander au gouvernement qu’on ne laisse rien faire. Avec tout cela, 1.000 autres Chahed ou toute autre compétence, pleine de bon sens, de nationalisme, pleine de volonté, exellant dans la gestion des hommes et des ressources et pétant le feu ne pourra rien y faire.

Faute de changer le régime politique et faute de révision de la Constitution, le chef de l’Etat pourrait au moins prendre les choses en main et donner au chef du gouvernement, même pour un temps et sous contrôle des 9 signataires, la possibilité de gouverner par Ordonnance. Sans cela, c’est comme pisser dans le désert, dirait un proverbe tunisien. Jusque-là et sans cela, c’est le bordel !

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Certes la formulation de notre titre peut heurter certains, pourtant c’est bien ce que vit la Tunisie en ce moment, un moment charnière de son histoire, après 7 chefs de gouvernement en 7 ans. Depuis le mardi 13 mars 2018, date à laquelle le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, véritable maitre du jeu, quoi qu’en dise la Constitution, a convoqué les signataires du Pacte de Carthage, la réunion qui était censée apporter des éclaircies, faute d’un autre cap, en a rajouté à la dangereuse confusion ambiante. Jusqu’à nous valoir une passe d’armes entre la porte-parole de la présidence de la République, Saïda Garrach et le leader de la centrale syndicale, Noureddine Taboubi, autour des véritables objectifs de cette rencontre. Le palais de Carthage soutient qu’il a été décidé de laisser tranquille le chef du gouvernement, Youssef Chahed, au moins jusqu’aux municipales. Autre son de cloche chez Taboubbi, qui affirme ce mercredi sur Express FM qu’un “remaniement ministériel dans les jours à venir est toujours possible”, après évaluation du rendement du gouvernement et que Chahed ne sera pas “épargné“. Au-delà du fait de savoir qui dit vrai dans cette affaire, ces cafouillages, dissonances et télescopage entre deux piliers de la vie du pays ne sont pas l’image de l’union nationale que la Tunisie vend en ce moment et qui lui a valu le prix Nobel. Mais il y a plus grave encore…

Ces quiproquos interviennent peu avant la réunion du Conseil d’administration du FMI pour se prononcer sur le décaissement de la 3ème tranche du crédit et peu avant la sortie des autorités sur le marché international, d’ici la fin de ce mois, pour ramasser un milliard de dollars. Ils se produisent aussi après le rapport de la BAD sur une croissance qui restera molle en 2018 et 2019. Autant vous dire que le berceau du printemps arabe ne fera pas le meilleur des effets aux investisseurs…

Par ailleurs le document de la BAD met en exergue les réformes que la Tunisie devra entreprendre et réussir, très rapidement, pour espérer un sursaut de l’économie à moyen terme. Mais si le chef de l’actuel gouvernement saute ou si son équipe est remaniée maintenant, en sachant qu’il aura une petite fenêtre de tir avant les préparatifs des élections de 2019, qui mènera ces réformes urgentes ? Cette agitation de l’UGTT est tout ce qu’il y a de plus périlleux pour le pays.

Le pire dans cette affaire c’est que la centrale syndicale a changé de musique plusieurs fois en quelques jours. Au départ elle s’accrochait à un remaniement ministériel, sans aller jusqu’à mettre le départ de Chahed dans l’équation. Puis patratas, la Commission administrative nationale de l’UGTT zappe complètement le sujet dans le communiqué publié au terme de sa réunion de dimanche dernier et met en avant d’autres sujets. Jusqu’au volte-face de Taboubi hier dans la soirée après la réunion de Carthage. C’est à ne rien y comprendre. A part peut-être la volonté de la centrale syndicale de démontrer que Chahed ne fait pas le poids devant elle et qu’on ne ferme pas la porte à l’UGTT. Un baroud d’honneur et une querelle de chapelle qui peuvent coûter au pays. C’est même déjà le cas.

On y perd son latin, son arabe…

Le problème majeur du gouvernement, c’est sa faiblesse congénitale, du fait même qu’il doit son installation au Document de Carthage, lequel se déchire sous nos yeux. La Tunisie semblait s’accommoder de cette dilution du pouvoir, son émiettement entre le Parlement, la présidence de la République, celle du gouvernement, le Pacte de Carthage, la coalition au pouvoir, et que sais-je encore. On touche en ce moment même les limites de cet attelage hétéroclite qui ne donne au pays ni cap économique, ni stabilité politique. Le président de la République a été le premier à monter au front pour tenter de juguler ce flou artistique qui préside aux destinées du pays. Mais son initiative en faveur d’un régime présidentiel – un retour en arrière en fait, avec les inflexions que requiert le cadre démocratique actuel – a tourné court. En effet BCE a battu en retraite, en arguant qu’il ne lui revient pas d’être le porte-drapeau d’une réforme de cette envergure et qu’il laisse le Parlement en décider. Ce qui revient de fait à geler l’affaire car évidemment Ennahdha, qui mène la danse actuellement à l’ARP, ne va pas scier la branche sur laquelle il est assis en ouvrant la voie à la présidentialisation du pouvoir, alors que les islamistes n’ont pas de présidentiable, à ce jour.

Cette affaire gelée, d’autres voies se sont élevées pour suggérer autre chose, un peu moins compliquée, sur le papier du mois : l’enterrement du système à la proportionnelle aux législatives pour basculer dans un scrutin à la majorité, lequel a au moins l’avantage, comme son nom l’indique, de dégager une majorité nette, claire pour gouverner le pays, ce que la 2ème République n’a pas été capable de réaliser jusqu’ici. Cette idée a été portée dernièrement par un homme qui fait autorité en la matière : Le professeur Rafaa Ben Achour. Puis récemment par un juge commissaire d’Etat Général au Tribunal Administratif, Karim Jamoussi. Tout cela pour dire que le projet est loin d’être saugrenu. Mais encore faut-il que les principaux acteurs de ce dossier suivent. Et là c’est loin d’être gagné.

Les deux poids lourds de la scène politique locale, Nidaa Tounes et Ennahdha, qui n’ont jamais été aussi frêles, pourraient être paralysés, de peur, par la simple idée de prendre, l’un ou l’autre, le pouvoir en triomphant dans une élection à la majorité. Comment gouverner un pays si rétif quand on bat des records d’impopularité sondage après sondage ? La perspective a de quoi angoisser plus d’un. Par ailleurs, avec le marquage à la culotte que se font les deux ténors, personne n’a envie de jouer vraiment le jeu, au risque de voir l’autre tirer, seul, les marrons du feu. N’est pas démocrate qui veut ! Donc de ce point de vue cette cohabitation-coalition émolliente, que l’on doit au scrutin à la proportionnelle, a quelque chose de douillet, de rassurant, de confortable, car on est moins de tâter du pouvoir, sans forcément en assumer seul les risques. Et évidemment ce ne sont pas les “petits” partis de la coalition, pour qui c’est une aubaine tout ça, qui iraient dégommer ce que Nidaa et Ennahdha n’osent pas attaquer. Le système politique qu’on a sous les yeux a donc des chances de durer encore. Pour le plus grand malheur de la patrie.

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On attendait beaucoup de choses de la réunion, ce mardi 13 mars 2018, des signataires de l’Accord de Carthage. D’une possible initiative du chef de l’Etat pour débrouiller les relations UGTT-GUN, à un possible remaniement ministériel et même une lame de fond qui emporterait tout le gouvernement de Youssef Chahed, tout était attendu de cette réunion. Il n’en sera rien. La réunion, pour une première du genre, aurait été fortement empreinte de la crise économique et financière, selon les déclarations à une radio privée de Rached Ghannouchi et de Noureddine Taboubi.

Apôtre d’un changement, au moins par remaniement partiel, du gouvernement de Youssef Chahed, Taboubi a indiqué à Mosaïque que «le départ ou non de Youssef Chahed fera l’objet d’une prochaine évaluation qui viendra dans un second temps». Ce constat est en fait expliqué, à en croire «Acharaa Al Magharibi», par un dribble de fin politicien du chef de l’Etat, qui aurait dit, lors de la réunion du mardi, que «nous avons le Document de Carthage, nous avons mis en place un Gouvernement d’Union Nationale (GUN). Mais il n’existe rien qui soit valable pour tous les temps. En cas de nouveauté, nous mettrons à jour les choses», dit-il du GUN sans le nommer.  BCE aura ainsi dribblé tous ceux qui voudraient voir partir Youssef Chahed et son gouvernement reste en place. Il aura, peut-être, à remanier lui-même son équipe, comme le disent des sources proches de lui. Il aura certainement, à mieux la souder et à colmater ses brèches et fissures. Il devra surtout profiter de cette trêve politique qui lui a été donnée par Béji Caïed Essebssi, en recevant les principales parties de la scène politique et sociales pour calmer leurs ardeurs, pour focaliser sur la crise économique et sociale, tranquilliser ses bailleurs de fonds, trouver l’argent nécessaire à l’action de son gouvernement, calmer la tension sociale et mieux gérer les crises et crisettes et continuer la guerre contre la corruption.

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Manifestement l’UGTT (Union générale tunisienne du travail) n’a pas digéré la réplique cinglante du gouvernement, lequel a fermé, fermement, la porte à tout remaniement ministériel. Suite à cela le porte-parole de la centrale syndicale, Sami Tahri, a déclaré hier mercredi 28 février 2018 sur Mosaïque Fm que leur patience avait atteint ses limites face aux échecs cuisants de certains ministères. Dans la même journée, ou plutôt dans la soirée, Samir Cheffi, le secrétaire général adjoint de l’UGTT, est allé beaucoup plus loin, sur la chaine Attessia, en menaçant tout bonnement d’envoyer valser l’Accord de Carthage…

«Certes nous avons signé cet accord, mais il ne doit pas être un carcan qui donne tous les droits au gouvernement. Ce n’est pas un texte sacré et nous pouvons nous retirer à tout moment de cet accord. Nous y restons parce que nous sommes conscients de la gravité des conséquences d’une telle décision», a-t-il affirmé, ajoutant tout de même que selon l’UGTT, la plupart des axes essentiels du Document de Carthage ne se sont pas matérialisés.
Enfin Cheffi a indiqué que ce n’est pas là une menace mais une mise en garde en direction du chef du gouvernement.

L’UTICA (Union tunisienne de l’industrie, du Commerce et de l’artisanat), ulcérée par la tournure prise par le projet de la Loi de finances 2018, notamment ce qu’elle qualifiait de matraquage fiscal, avait menacé à plusieurs reprises de sortir du Pacte de Carthage. In fine elle avait mis beaucoup d’eau dans son jus en martelant, lors de son dernier Congrès, qu’il n’est pas question qu’elle quitte le navire. Donc nous sommes bien obligés, pour le moment du moins, de prendre la menace-mise en garde de l’UGTT pour ce qu’elle est : Un coup de poker, du bluff pour pousser ses pions jusqu’au bout et tenter d’infléchir la position de Youssef Chahed quant à son refus de remanier, pour la énième fois, son équipe…

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On nous cache tout, on nous dit rien. Plus on apprend plus on ne sait rien“, a dit le chanteur français Jacques Dutronc dans un de ses tubes. Le souci avec ces trois-là, c’est qu’ils ne cachent même plus, gorgés de certitudes, imbus d’eux-mêmes, dans un paysage politique sinistré où les borgnes sont rois et qui attend désespérément son sauveur, que Youssef Chahed n’a pas envie d’être. Ou a peur d’être. N’est pas Emmanuel Macron qui veut ! La dernière fois qu’on avait entendu parler des basses manœuvres de ce qu’il faut bien appeler une Troïka, c’était lors de l’élection du président de l’ISIE (Instance Supérieure Indépendante des Elections), à l’ARP. Le psychodrame avait duré et l’accouchement avait été incroyablement difficile. Mais voilà, il y avait les calculs, les arrière-pensées, chacun des protagonistes de cette triste affaire voulant s’assurer que le boss de l’ISIE serait acquis à sa cause. Mauvais point Nidaa Tounes, Ennahdha et l’UPL, mais ils n’en ont cure. De toutes les  façons, ce n’est pas la première couleuvre qu’ils font avaler à leurs électeurs, et ce ne sera pas la dernière. Ils ont fait leur petite cuisine et nous ont servi un président de l’ISIE. Ce dernier fait ce qu’il peut pour nous garantir sa neutralité et un ciel sans nuage sur son instance. Il devra convaincre. Mais ses mentors viennent de lui compliquer la tâche en tramant une sombre affaire de report des municipales, sans aucune explication qui tienne la route. Encore un coup fourré contre la démocratie…

De tous les partis, c’est sans doute Ennahdha, pour les raisons que l’on sait, qui est le mieux préparé pour le scrutin municipal. Et son chef de file, Rached Ghannouchi, claironnait partout qu’il n’était pas question d’ajourner ces élections une deuxième fois et que c’était même une ligne rouge. Alors que s’est-il passé pour qu’il tourne casaque en si peu de temps ? Il ne faut pas être devin pour comprendre que c’est Nidaa Tounes, ou plutôt son impréparation, qui est la cause de cette requête – le report des municipales – aussi saugrenue que périlleuse pour la transition politique que la Tunisie traîne comme un boulet. De toutes les  façons, cela ne peut pas venir de l’UPL (Union patriotique libre) car Ghannouchi & Co n’ont que faire de Slim Riahi & Co. C’est Nidaa qui compte aux yeux des nahdhaouis, mais attention, pour des raisons objectives, et pas pour les beaux yeux de son fondateur, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, et encore moins ceux de son fils, Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif du parti. Donc Ennahdha a fait une fleur au locataire du palais de Carthage en demandant, le plus officiellement du monde, le report des municipales, un geste stupéfiant qui provoque beaucoup de remous en ce moment dans les milieux politiques, rendant ce pays encore plus énigmatique et problématique, surtout aux yeux de ses soutiens étrangers. Mais ce n’est pas la seule largesse de Ghannouchi pour son “copain” BCE.

Il y a aussi cette élection législative partielle en Allemagne, laquelle d’ailleurs ne passionne pas les électeurs aux dernières nouvelles, et on les comprend. C’est une affaire cousue de fil blanc et qui a tout ce qu’il faut pour inspirer du dégoût aux citoyens, même ceux qui ont le devoir civique chevillé au corps. Ennahdha, dès le départ, a tué le suspense en faisant savoir qu’il n’allait pas mettre un candidat sur la voie de Nidaa Tounes, lui dégageant ainsi une voie royale. Les islamistes ne s’arrêtent pas là, ils appellent carrément à voter pour le candidat de Nidaa, et même mieux : 3 dirigeants du mouvement auraient battu campagne pour lui dans une mosquée, d’après le post sur Facebook d’une militante de Machrou Tounes ! Situation ubuesque, mais somme toute normale dans un pays où on foule au pied, de plus en plus, les règles élémentaires de la démocratie. Toutefois il ne faut pas s’y leurrer : Le grand gagnant dans cette affaire, c’est Ennahdha.

Chacun sa tambouille, et au diable la bienséance !

Les citoyens avaient fait leur choix aux législatives de 2014 : Exit la Troïka. Mais BCE n’a pas transformé l’essai et a opté pour le compagnonnage avec les islamistes, au motif qu’il lui faut une majorité costaude et fiable pour atteindre les objectifs de la révolution. Et fiables ils le sont les nahdhaouis ! Les députés godillots votent comme un seul homme, suivant scrupuleusement les consignes de leur état-major, les dirigeants ont une discipline quasi militaire, malgré quelques rebuffades par-ci par là, parfois juste pour amuser la galerie ou pour donner l’impression d’un mouvement qui vit, débat, bref un vrai parti démocratique. Et la divine surprise a été cette majorité qu’ils ont raflée au Parlement sans le moindre effort, juste en regardant Nidaa Tounes se vider de son sang (son bloc parlementaire a perdu presque 30 élus depuis 2014). Mais voilà, malgré ces succès, Ennahdha sait qu’il lui sera impossible de gouverner seul ce pays, l’opposition serait trop vive, de la même nature que celle qui les a éjectés du pouvoir après les assassinats politiques et les erreurs d’orientation économique majeures. Alors on se tape Nidaa Tounes, malgré le dégout que ce parti inspire à la frange radicale du mouvement islamiste – il ne faut pas se leurrer, ils sont là, tapis dans l’ombre. Mais Ennahdha sait aussi son chapeau, en attendant des jours meilleurs. Et puis qui sait, s’ils sont sages, BCE aidera peut-être Ghannouchi à s’asseoir sur le fauteuil du palais de Carthage, le rêve, pas secret du tout, du leader des islamistes et pour lequel il a consenti quelques “sacrifices”, du genre costards qui brillent de mille feux et les cravates qu’il se farcit.

Quant à la machine de guerre de BCE, elle a perdu de sa superbe, elle est même un champ de ruines sous le brillant magistère du ténébreux HCE, sans doute le plus mystérieux des dirigeants politiques de la place. Celui qui ne sort de sa réserve qu’à de rares occasions, pour nous abreuver de ses lumières et de ses fulgurances intellectuelles, de préférence sur sa page Facebook, boudant ostensiblement les entretiens avec les journalistes de la télévision, et encore plus les débats avec les autres, soi-disant, ténors politiques. C’est pourtant avec eux qu’il aurait le plus de choses à dire, à nous dire. A moins qu’il n’ait pas grand chose à déballer. HCE, on le sait, n’a pas les talents, la verve et les qualités de son papa, alors il exerce là où il est le plus doué : il coupe les fortes têtes, toutes celles qui dépassent. Abdelaziz Kotti est bien revenu, après avoir claqué bruyamment la porte, mais il ne faut rien attendre de celui qui a ajouté le déshonneur au discrédit. Le fils de BCE, qui a une trouille bleue des électeurs, au point d’avoir reculé devant le test de la circonscription d’Allemagne, a in fine fait le vide autour de lui, s’ouvrant un boulevard vers le Congrès électif du parti, qu’il a manifestement réussi à faire reculer, une fois de plus, alors qu’il s’était engagé à l’organiser avant les municipales. Borhen Bsaies était venu, entre autres, pour fignoler ce rendez-vous. Lui aussi n’aura pas tenu parole. Entretemps HCE a fait ses calculs : Il serait dans de bien meilleures dispositions en convoquant le Congrès après les municipales, avec des maires qui lui auront préparé le terrain parce qu’ils lui devront leur désignation sur ses listes.

Enfin l’UPL, la météorite politique de la place, qui doit son installation fulgurante dans le paysage politique aux millions que Riahi a généreusement dégainés. Un pactole d’ailleurs, et c’est le moins… et le plus qu’on puisse en dire, aux origines douteuses et qui lui doivent ses nombreux déboires avec la justice. Hasard du calendrier, coïncidence, etc., le patron de l’UPL a fait un retour fracassant vers le Pacte de Carthage quand il avait tous les juges du pays – j’exagère un peu – à ses trousses. Il est vrai que quand on se drape avec le parti sorti vainqueur des législatives – Nidaa Tounes – et qui de fait a des pions partout, on est en bien meilleure posture pour échapper aux foudes de la justice. Ennahdha en sait quelque chose, lui qui est, pour le moment, à l’abri des grosses tuiles, pourtant les dossiers brûlants ne manquent pas ! Riahi, en faisant corps avec HCE et Ghannouchi, se paye le meilleur blindage contre les missiles des juges. Pour le plus grand malheur de la jeune démocratie.

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Sacrifice. C’est la chanson du moment chez les dirigeants. Le chef du gouvernement l’a rabâché hier mercredi 22 novembre 2017 à l’ARP, le président du Parlement était passé avant lui pour vanter ses mérites, même s’il en a une drôle de conception. Il était donc normal qu’on pose la question à l’UGTT (Union générale tunisienne du travail). Son secrétaire général-adjoint, Samir Cheffi, y a répondu hier dans la soirée dans l’émission 27/7, sur Al Hiwar Ettounsi.

Il a déclaré que son organisation est coutumière de ces faits, en rappelant les sacrifices de Farhat Hached et d’autres, qui ont payé de leur vie pour la nation. Il a ensuite dit ceci : «La moyenne des salaires en Tunisie est de 500 dinars. Je me demande ce qu’on peut encore exiger de ces gens-là. Nous ne sommes plus disposés à sacrifier les pauvres gens ! La révolution est survenue à cause du fossé social qui s’est créé». Il a affirmé que dès leur naissance les citoyens ont déjà sur leur tête une dette de 7000 dollars. «Le service de la dette est monté à 8000 millions de dinars par an, nous sommes donc dans la zone rouge, et le pire c’est que nous n’avons pas de stratégie pour sortir de ce trou».

Le SG adjoint de la centrale syndicale a par ailleurs évoqué l’Accord de Carthage ; il a affirmé que le pacte est présentement maintenu en vie «artificiellement» et que chaque signataire s’active pour ses propres intérêts. «Ce que nous souhaitons, nous, c’est installer un Etat démocratique qui donne de l’espoir aux citoyens” a-t-il asséné.

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Les signataires de l’accord de Carthage se sont réunis hier mardi 05 septembre 2017 pour évoquer, essentiellement, un sujet que vous allez deviner aisément : Le remaniement ministériel, lequel aura son épilogue ce mercredi. Mais le fait marquant de cette rencontre c’est la proposition pour le moins singulière du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Ce dernier a demandé, en quelque sorte, aux signataires de l’Accord de Carthage de gouverner avec lui en présentant, ce 20 septembre 2017, des propositions concrètes pour faire repartir la machine économique, a rapporté devant les médias Issam Chebbi, Secrétaire général d’Al Jomhouri.

De son côté le gouvernement va soumettre aux parties concernées un document compilant les principales données économiques et sociales. Une réunion est programmée le 25 septembre 2017 pour éplucher les propositions qui vont émaner de ces Messieurs et Dames…

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Le chef du gouvernement, Youssef Chahed a affirmé, lors d’une plénière qui se tient actuellement à l’ARP, que le gouvernement a honoré une grande partie des engagements inscrits dans le cadre de l’accord de Carthage.

Lors de cette plénière consacrée au vote de confiance aux nouveaux membres du gouvernement, le chef du gouvernement a ajouté que le gouvernement n’a pas enfreint le document de Carthage et qu’il s’attache à appliquer tous ses articles.

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Le bureau exécutif du mouvement Ennahdha se réunira cet après-midi pour fixer sa position suite au remaniement ministériel partiel effectué, samedi 25 février 2017, par Youssef Chahed, chef du gouvernement sans consulter les parties qui ont signé le pacte de Carthage. C’est ce qu’a été indiqué dans un communiqué publié, ce dimanche.

Il est à rappeler à ce propos que le remaniement ministériel a suscité la colère de plusieurs autres parties. Le secrétaire général adjoint de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), Sami Tahri avait déclaré, samedi à l’agence TAP que l’organisation syndicale a accueilli avec “surprise” l’annonce du remaniement ministériel décidé par le chef du gouvernement, Youssef Chahed.

“Ce remaniement est injustifié et n’a pas respecté le document de Carthage basé sur les principes de dialogue et du consensus”, a-t-il dit, ajoutant qu’en agissant, ainsi, ” Youssef Chahed vient de signer l’arrêt de mort de ce document.”

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Le secrétaire général adjoint de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), Sami Tahri a déclaré, samedi à l’agence TAP que l’organisation syndicale a accueilli avec “surprise” l’annonce du remaniement ministériel décidé par le chef du gouvernement, Youssef Chahed.
“Ce remaniement est injustifié et n’a pas respecté le document de Carthage basé sur les principes de dialogue et du consensus”, a-t-il dit, ajoutant qu’en agissant, ainsi, ” Youssef Chahed vient de signer l’arrêt de mort de ce document.”
Tahri a indiqué que le remaniement ministériel aurait du toucher d’autres ministères dont la prestation était, depuis la formation du gouvernement, nettement en deçà de la moyenne, estimant que la nomination d’un membre de l’organisation patronale à la tête du ministère de la fonction publique ” constitue une provocation des sentiments de tous ceux qui appartiennent à ce secteur”.
Cette nomination, a-t-il dit, prépare la destruction du secteur public avec notamment la loi sur le partenariat public-privé, ajoutant que” cela permettra au gouvernement de manquer davantage à ses engagements envers les secteurs de la fonction publique.
Tahri a, par ailleurs, fait savoir que le bureau exécutif de l’UGTT tiendra, demain dimanche, une réunion urgente afin de discuter de ce remaniement et de mettre en place un plan d’action visant à faire face aux retombées de cette décision.
Il a, dans ce contexte, appelé tous les intervenants à tenir compte, lors des nominations, de l’intérêt national et de le placer au dessus des liens de parenté et des intérêts personnels et étroits.
Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, avait décidé, samedi, d’opérer un remaniement ministériel. Il a été ainsi décidé de nommer Ahmed Adhoum à la tête du ministère des Affaires religieuses, Khalil Ghariani à la tête du ministère de la Fonction publique et de la Gouvernance et Abdellatif Hemam en tant que Secrétaire d’Etat au Commerce.
De son côte, l’ancien ministre de la Fonction publique et de la gouvernance, Abid Briki, avait qualifié cette décision d'”étrange”.
“J’ai été démis de mes fonctions au moment où je considérais ma décision de partir ou rester (…) cela dépendait des concertations que j’avais prévues d’entreprendre notamment avec le président de la République, le 27 février, avait-il déclaré samedi à la TAP.
Il avait, par ailleurs, précisé que l’ UGTT n’a aucun lien avec cette question, déclarant qu’il révélera dans les prochains jours les détails sur cette démission.

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Si on se met une seconde à la place d’un observateur étranger, la scène politique tunisienne doit ressembler à une tambouille indéfinissable, une cuisine dont on ignore les ingrédients et, plus grave encore, le résultat. Voilà un pays dont les députés viennent d’adouber, à une écrasante majorité, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, mais dont les forces motrices s’emploient, avec une redoutables efficacité, à savonner la planche du nouvel exécutif. Même les plus aguerris en science politique s’y perdent ! En effet dès le lendemain du discours tonitruant de Chahed, devant des parlementaires exaltés, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), effrayée par le vent de la rigueur et de l’austérité qui a, un bref moment, soufflé sous la coupole du Bardo, dégaine et pond un communiqué pour prendre ses distances avec toute velléité de réforme qui n’irait pas dans le sens du fameux document de Carthage. Pourtant, quelques instants à peine après sa sortie sur l’austérité, Chahed a fait machine arrière toute en jurant presque qu’il n’a jamais été question de faire de l’austérité l’alpha et l’oméga de son action. Mais aux yeux de la toute-puissante UGTT devant l’Eternel, très soucieuse des acquis sociaux et qui a fait mordre la poussière à tous les gouvernements de la post-révolution sur ce dossier, le mal était fait…

Ce mercredi 07 septembre, c’est au tour de Rached Ghannouchi, leader du mouvement Ennahdha, un parti qui pèse lourd, et pour cause elle est la première force au Parlement, de surenchérir dangereusement en agitant la menace d’une déchéance du gouvernement Chahed s’il sort des clous du document de Carthage. Encore ce sacro-saint Accord de Carthage ! Alors que ce document, on l’a dit ici, mais on ne le dira jamais assez, est au pire une coquille vide, au mieux un paquet de voeux pieux qui ne porte en rien les germes de la relance de la Tunisie. “La poursuite de la lutte contre le terrorisme, l’accélération du processus de relance de la croissance pour atteindre les objectifs de développement et d’emploi, la lutte contre la corruption et l’instauration des fondements de la bonne gouvernance, la maîtrise des équilibres financiers et la poursuite d’une politique sociale efficace, l’instauration d’une politique spécifique pour les villes et les collectivités locales, le renforcement de l’efficacité de l’action gouvernementale et la poursuite de la mise en place des institutions opportunes”. Voilà ce que dit, en gros, le célébrissime accord de Carthage, qui semble être le livre de chevet de nos chers leaders. On n’y trouve aucun élément qui ressemble, de près ou de loin, à une dynamique réformatrice, aucune bribe de solution pour sortir la Tunisie des affres de la crise économique et sociale, ce que justement Chahed a promis de faire.

Ghannouchi bluffe !

En relayant les inquiétudes et mises en garde de l’UGTT, Ghannouchi adresse un très mauvais signal à Chahed et aux citoyens tunisiens, qui attendent beaucoup de cet énième changement de gouvernement en 5 ans. Venant d’un responsable politique de cet acabit, c’est proprement irresponsable, voire criminel au regard de l’absolue nécessité de réformer la Tunisie. Lesté par l’accord de Carthage, Chahed serait condamné à l’immobilisme total, et perpétuerait ainsi le périple catastrophique du pays depuis la Révolution, une révolution que les Tunisiens attendent toujours d’ailleurs. Mais ça c’est si Chahed veut se trouver des excuses pour ne pas avancer car à y regarder de plus près, il a toutes les cartes en main pour appliquer sa thérapie de choc.

Il ne faut pas perdre de vue le fait que Chahed est assis sur une très confortable majorité, plus que ce dont il pouvait rêver. C’est une carte maitresse. De fait il a les coudées franches pour bousculer les forces conservatrices et les nombreuses pesanteurs sociales et politiques. Mais il y aura de la casse, de la violence, et pas que symbolique. Encore faut-il que le chef du gouvernement fasse don de soi et accepte le sacrifice ultime : Boucher son horizon politique. Mais si son affaire marche et que le pays retrouve des couleurs, les citoyens seront son bouclier.

Par ailleurs la Tunisie vient de se doter de son 7ème gouvernement en 5 ans, c’est beaucoup trop ; même si Ghannouchi menace de ses foudres Chahed, il est inconcevable que le pays se paye une autre crise politique avant les rendez-vous électoraux. Toute la classe politique sombrerait, et avec elle la Tunisie. Et ça Ghannouchi le sait très bien, Chahed aussi. Donc ce dernier aurait tort d’être effrayé par les propos du leader d’Ennahdha, fut-il à la tête du parti le plus costaud à l’Assemblée des représentants du peuple. Ghannouchi ne pourrait pas aussi facilement avoir la peau de Chahed. On est dans dans une toute autre configuration que sous le mandat de Habib Essid.

Autre élément non moins important : Les partis de la coalition savent qu’ils ne peuvent plus se permettre de secouer le cocotier pour faire tomber le chef du gouvernement. Aux yeux des soutiens de la Tunisie (FMI, Banque mondiale, Union européenne…), qui déjà sont affligés par les tâtonnements et les errements au sommet de l’Etat, un autre soubresaut politique majeur sonnerait le glas du statut de laboratoire de la démocratie dans le monde arabe. Expérimenter dans le cadre de la transition oui, mais il y a des limites ! Surtout pour ceux qui n’ont cessé d’ouvrir les robinets ces dernières années pour perfuser la Tunisie, en attendant que leurs sous leur reviennent, et les bénéfices avec. Et ça aussi Ghannouchi le sait pertinemment. Et Chahed également.

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Dans son discours du vendredi 26 août 2016 au Parlement, dans le cadre de la confiance qu’il était venu solliciter, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a distribué, très énergiquement et très généreusement, les coups. Il a pointé du doigt ceux qui, à ses yeux, sont les responsables du naufrage de la Tunisie. D’abord les gouvernements qui se sont relayés à la tête du pays depuis la révolution et qui ont, d’après Chahed, tous échoué dans leur mission ; les citoyens dont les actes d’incivilité ont rendu la Tunisie méconnaissable… Bref, tout le monde en a pris pour son grade. Tout le monde sauf peut-être l’Union générale tunisienne du travail (UGTT).

Tout le monde connait le poids de l’UGTT dans le pays, et par là même sa capacité de nuisance. Elle est l’une des rares centrales syndicales au monde à s’asseoir à la table des gouvernants, et même à parler très souvent plus fort que ces derniers. Une spécificité bien tunisienne. Le souci c’est que ces dernières années, l’UGTT a fait usage de ce pouvoir à mauvais escient, en bloquant la relance du pays à coups de grèves intempestives, de revendications salariales déraisonnables compte tenu de l’état des finances publiques, etc. Même la célèbre revue américaine «Foreign Policy» a fait un article très étoffé sur la question. Et tout ça, Chahed l’a superbement occulté dans son diagnostic du malade qu’est la Tunisie, remarquable à bien des égards. Le chef du gouvernement s’est certainement dit qu’il valait mieux ne pas se mettre à dos la puissante UGTT en l’attaquant frontalement, pour ne pas compromettre ses chances de réformer le pays. Le souci, un très gros souci, c’est que tous ses prédécesseurs depuis la révolution avaient fait le même calcul. Et finalement c’est la Tunisie qui a trinqué, avec une économie sinistrée et une instabilité politique, parfaitement illustrée par le rythme effréné des changements à la tête du pays (Chahed est le 7ème chef de gouvernement en 5 ans). Mais le nouveau chef du gouvernement en a suffisamment dit pour inquiéter l’UGTT

Le combat entre l’UGTT et Chahed a déjà commencé

Quand Chahed a évoqué la masse salariale dans la fonction publique qui absorbe 13,4 milliards de dinars, près d’un tiers du budget de l’État ou le problème du déficit des caisses, l’UGTT a dû se sentir forcément visée puisque les solutions sont sur la table depuis un moment et que la centrale syndicale les combat énergiquement. On sait ce qu’il faut faire – gel des salaires dans la fonction publique, des départs volontaires, monter le niveau des cotisations sociales, allonger l’âge de départ à la retraite… – mais l’UGTT s’évertue à bloquer toute initiative dans ce sens. La centrale syndicale, pour dissuader le chef du gouvernement de regarder dans ces directions, parsemées de réformes douloureuses, a émis un communiqué hier samedi 27 août qu’on peut interpréter comme une posture de combat.

En effet le communiqué dit que la centrale syndicale s’en tient strictement à l’Accord de Carthage, qu’elle a ratifiée, et que c’est sur la base de ce pacte qu’elle évaluera le rendement du gouvernement. Or que y a-t-il précisément dans le texte de l’Accord de Carthage ? “La poursuite de la lutte contre le terrorisme, l’accélération du processus de relance de la croissance pour atteindre les objectifs de développement et d’emploi, la lutte contre la corruption et l’instauration des fondements de la bonne gouvernance, la maîtrise des équilibres financiers et la poursuite d’une politique sociale efficace, l’instauration d’une politique spécifique pour les villes et les collectivités locales, le renforcement de l’efficacité de l’action gouvernementale et la poursuite de la mise en place des institutions opportunes”. Voilà, un ensemble de généralités, pour ne pas dire de voeux pieux. Pas une once de piste concrète de réforme, encore moins un programme précis pour piloter le pays dans ces circonstances difficiles. En liant Chahed à ce document, l’UGTT prend ses distances avec toute orientation qui n’est pas dans cet accord, comme par exemple ces réformes douloureuses dont le chef du gouvernement ne pourra pas faire l’économie mais dont la centrale patronale ne veut pas entendre parler. Rude bataille en perspective.

Ce n’est pas le seul terrain sur lequel l’UGTT titille Chahed, elle a également dénoncé dans son communiqué certaines affectations dans le gouvernement qui ne seraient pas justifiées, sans donner plus de détails. Tout cela pour dire que si le chef du gouvernement avait encore des doutes sur la difficulté de faire de l’UGTT un partenaire pour les réformes, le communiqué d’hier les a dissipés…

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L’UGTT a pondu un communiqué ce samedi 27 août 2016 pour signifier à tout le monde, en premier le nouveau chef du gouvernement, qu’elle s’en tient uniquement au programme du pacte de Carthage. Le texte ajoute que le rendement de la nouvelle équipe à la tête du pays sera évalué en fonction du degré de suivi de ce programme.

Par ailleurs la centrale syndicale a affirmé que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a fait certains choix dans son équipe pour satisfaire les requêtes des partis et que certains noms n’ont aucun rapport avec les besoins actuels du pays. Ces ministres, d’après l’UGTT, pourraient être un frein à l’application du pacte de Carthage.

La centrale syndicale a tenu à dire qu’elle n’a aucune responsabilité dans l’échec des gouvernements précédents. Les travailleurs ne sont en rien comptables des échecs lesquels sont provoqués par les orientations politiques, selon le texte.

Enfin l’UGTT est d’avis que la crise du phosphate est causée par des lobbies corrompus qui doivent être attaqués, a indiqué le communiqué.

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