AccueilLa UNETunisie : Le «DC» suspendu, «Business as usual» !

Tunisie : Le «DC» suspendu, «Business as usual» !

Ne tenant manifestement pas à être l’outil qu’utiliseront ses détracteurs pour renvoyer Youssef Chahed de la Kasbah, le locataire de Carthage a, le lundi 28 mai 2018, suspendu le «Document de Carthage» ou DC, et renvoyé sine die les concertations qui devaient aboutir à une nouvelle feuille de route pour le chef du gouvernement. Les mots étant importants, Saïda Garrach a parlé d’une suspension et non d’un arrêt. Auquel cas Youssef Chahed devrait partir, le DC étant le document fondateur de son gouvernement d’union nationale. Il n’en demeure pas moins que le gouvernement de Youssef Chahed n’en est plus un.

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De suite, le Taboubi de l’UGTT annonce son retrait de cette structure de gouvernance virtuelle de la Tunisie de la seconde République. Un retrait dont la seule explication est l’incapacité de la toute-puissante et omnipotente centrale syndicale ouvrière à faire plier le président du conseil d’administration de l’entreprise Tunisie, Béji Caïed Essebssi, et le reste des membres du conseil d’administration et renvoyer le DG de l’entreprise, Youssef Chahed.

De fait, l’UGTT perd le deuxième round de son bras de fer avec le chef du gouvernement, le second à lui tenir tête après Mehdi Jomaa, quoique pour une plus longue période, et Hafedh Caïed Essebssi (HCE) en perd un round. De fait aussi, Youssef Chahed reste à la Kasbah et on ne parle même plus de remaniement ministériel. Une claque magistrale pour l’UGTT et pour HCE. Ce dernier se met ainsi, depuis le 9 mai 2018, date de son communiqué, à flirter avec l’UGTT. Comme s’il séchait les larmes de dépit de Noureddine Taboubi, HCE affirmait dans le même communiqué que «l’UGTT [est] l’un des piliers du consensus social». L’alliance a changé de bord.

  • Retour au point de départ. «نرجعوا فين كنا» avait un jour dit Bourguiba

Cela aura tout simplement coûté quelques mois de la vie d’un pays au bord de la banqueroute et plusieurs mois de retard dans la mise en œuvre des réformes par lesquelles l’économie donnait déjà en avril les premiers signes d’une légère reprise. Nous en voulons pour preuve le changement de qualité de la petite croissance de 2,5 %, qui n’est plus issue de la consommation, mais de secteurs productifs. Cela aura quand même coûté une confirmation par Fitch Rating de la notation négative de Moody’s. Cela a encore coûté un € désormais à plus de 3 DT, une thésaurisation plus accélérée qui aggravera la crise de liquidité, une inflation à 7,7 % liée à la hausse des prix et l’envolée du coût de l’argent, et des réserves en devises en baisse. Le tout du à l’attentisme créé par les appels au changement de gouvernement. Des effets de l’instabilité politique que niait le fils du chef de l’Etat lorsqu’il demandait la 1ère fois la tête du candidat de son propre parti au poste de chef de gouvernement en 2016.

Ceux qui connaissent l’UGTT savent cependant pertinemment que l’organisation a la tête dure et n’a pas encore dit son dernier mot. Il devient plus que probable qu’elle relance sa campagne anti-Chahed, directement ou indirectement et qu’elle s’oppose de façon plus véhémente à son programme de réformes économiques. Il n’est donc pas exclu qu’elle mette au point un programme de mouvements sociaux, grèves, sit-in notamment, pour enrayer l’action d’une «persona non grata».

  • Un train peut en cacher un autre  

Reste à deviner ce qui s’est passé dans la tête du président nonagénaire pour qu’il lâche celle dont il disait que rien ne se faisait sans elle. Aurait-il décidé de battre en retraite face à la campagne anti-Document de Carthage, de plus en plus considéré comme anticonstitutionnel et un véritable «Shadow Cabinet» ? Aurait-il été finalement irrité par les deux dernières campagnes, menées par son fils sur les réseaux sociaux, pour obtenir le départ de l’actuel chef de gouvernement alors qu’il avait signifié qu’il n’était pas question de le changer ?

Dans un cas comme dans l’autre, ce qui reste du magistère de Youssef Chahed jusqu’aux prochaines d’octobre 2019 ne sera pas facile, ni pour lui, ni pour l’économie, encore moins pour la société tunisienne. Maintenu bon gré mal gré à la tête du gouvernement, Chahed reste lié par les engagements donnés aux bailleurs de fonds avec à leur tête le FMI et par les réformes promises.

Or, s’il a gagné ses bras de fer avec l’UGTT et le fils du fondateur du parti Nidaa Tounes, Youssef Chahed perd une large part de la marge de manœuvre dont il devrait disposer pour faire passer ses réformes, en face de formations politiques qui s’étaient finalement déclarées incapables, lundi 28 mai 2018, de s’entendre sur les mesures à adopter pour faire face à la crise économique aiguë dans laquelle s’englue le pays.

  • Que peut-il désormais se passer ?

Il y a d’abord lieu de remarquer que sitôt l’annonce faite par Saïda Garrach de la suspension du DC, le conseiller Noureddine Ben Ticha s’empresse de préciser que cette décision de BCE est provisoire. On comprendrait alors que la décision de BCE de le suspendre n’était qu’un coup de tête et que, retrouvant ses esprits, le nonagénaire chef de l’Etat tunisien aurait envoyé son conseiller entrebâiller de nouveau la porte des négociations, peut-être par une autre composition du DC ou avec de nouvelles conditions.

En attendant, il se murmure que le fils préparerait quand même un nouveau coup de force contre son père. A deux reprises, Hafedh Caïed Essebssi aurait réuni les ministres de Nidaa après la rupture du jeûne. A l’un des menus, un coup à la Yassine Brahim. HCE penserait en effet à demander aux ministres de Nidaa Tounes de démissionner en bloc du gouvernement, ce qui obligerait Chahed à repasser par la case ARP pour un éventuel vote de confiance qu’il pourrait retourner contre lui. Coup bas et combines pour faire tomber le gouvernement auraient ainsi déjà repris. « Business as usual » !

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