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A en croire le statut facebook du directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi, le parti est décidé à en découdre avec tous ceux qui s’opposeront à son “droit” de se tailler la part du lion au prochain remaniement ministériel. Ce lundi 28 août 2017, il a écrit ceci sur sa page FB : «suite aux différentes sorties relatives au futur remaniement ministériel, je tiens à revenir sur tout ce qui a été lu et entendu de la part de ceux qui s’en prennent à la volonté de Nidaa Tounes de désigner des candidats à des postes ministériels au prochain remaniement. Ces gens-là semblent étonnés par le fait que le parti ait l’intention d’installer les siens dans cette future équipe gouvernementale».

HCE a ensuite rappelé, pour ceux qui l’auraient oublié, que «Nidaa Tounes est le parti qui a obtenu le plus grand nombre de voix aux dernières élections législatives et présidentielles» et que paradoxalement «c’est le parti qui a obtenu le moins de postes ». Pour le “patron” de Nidaa Tounes, il faut réparer cette injustice en apportant un correctif à la représentativité de Nidaa Tounes lors des prochaines nominations ministérielles.

Puis il a dit son mot sur cette agitation autour du choix de technocrates, défendu notamment pas l’UGTT, l’UTICA et son père, le président de la République, Béji Caïd Essebsi. Pour HCE, «le politique est celui qui détient la vision politique et pour les matérialiser, il a besoin de compétences et pas l’inverse. Il est illogique qu’un technocrate se transforme en politique et qu’il soit par la suite imprégné par une vision et une orientation politique» a-t-il asséné. Il a aussi ajouté que «le pouvoir tel qu’il est conçu dans toutes les expériences politiques est avant tout une affaire politique et non administrative. Les technocrates sont donc les instruments politiques mis à la disposition du pouvoir et non le contraire».

Le directeur exécutif de Nidaa Tounes a conclu en ces termes : Les débats autour d’un gouvernement de compétences ou d’un gouvernement d’indépendants sont «des mots vides de sens dont le seul but est d’éjecter Nidaa Tounes du coeur du pouvoir pour opérer un coup d’Etat contre la volonté des citoyens au scrutin de 2014».

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Depuis le 22 août 2017, suite à l’annonce du chef du gouvernement, Youssef Chahed, les observateurs, les milieux politiques et la presse ne parlent que du remaniement ministériel, comme s’il n’y avait que ça à se mettre sous la dent. Même des sujets majeurs tels que la dégradation de la note de la Tunisie ont été carrément éclipsés par cette affaire de maroquins ministériels. Pourtant à y regarder de plus près, il n’y a pas de quoi s’exciter. Quelles que soient les lumières et l’imagination de ceux qui vont débarquer, notamment le ministre des Finances, très attendu, la politique que mènera la Tunisie est déjà couchée sur les petits papiers du FMI, du moins en très grande partie. Les hommes ou femmes qui intégreront l’équipe de Chahed ne feront pas autre chose que ce qui a été dit – par le FMI, la Banque mondiale, l’Union européenne, etc. – qu’ils feront. Que voulez-vous que fasse d’autre l’argentier d’un Etat désargenté, le ministre des Finances d’un pays sans finances et qui dépend de l’aide étrangère, même pour payer ses fonctionnaires ?

Si la Tunisie a pu tenir si longtemps sans ministre des Finances attitré (depuis le 30 avril 2017 ) et si le ministre du Développement a pu si aisément porter les deux casquettes, c’est parce que le boulot est simplissime en ce moment : Il y a des recettes publiques, plus importantes que prévu cette année, mais qui sont aussitôt aspirées par les postes de dépense. Il y a tout au plus quelques arbitrages à faire, de temps en temps. Alors cette affaire de remplacement-remaniement n’est qu’un simple casting, un de plus, sans que cela ne change en rien le destin du pays. Alors il était temps, comme l’a dit Chahed, de mettre un terme à ce tintamarre, ne serait-ce que pour calmer tout le monde et qu’on puisse enfin retourner au travail. Mais comment et dans quelles proportions ? Pour le coup c’est une vraie équation. Pour le ministère des Finances, il s’agit certes de trouver un virtuose des comptes publics, ça peut servir, mais le pays aura surtout besoin d’un négociateur chevronné capable d’amadouer les bailleurs de fonds après la gifle magistrale administrée par l’agence Moody’s…

Panique à bord

Quand Chahed a fait son annonce, il n’a donné aucune indication précise sur l’ampleur des changements qu’il va opérer. Mais les formations politiques l’ont fait pour lui, en enflant tellement ce dossier qu’il occupe tout l’espace médiatique. Pas un jour sans qu’un cadre d’un parti, plus ou mandaté par les siens, ne fasse une apparition pour dire son mot, ajoutant à la confusion qui règne actuellement et à la pression sur les épaules de Chahed. Le premier à sonner la charge est Khaled Chaouket, dirigeant du mouvement Nidaa Tounes. Il a, comme on pouvait s’y attendre, ramené le couverture à son parti en déclarant, à la TAP, que toute décision de Chahed doit être étalonnée sur les résultats du scrutin de 2014, qu’ils avaient remporté. Ils ont perdu des plumes depuis. Mais cela ne l’a pas empêché d’asséner, avec beaucoup d’aplomb, qu’aucun gouvernement ne peut obtenir des résultats s’il ne reflète pas la physionomie des élections de 2014.

Le porte-parole du mouvement Ennahdha, Imed Khemiri, a été certes un peu plus fin, plus subtile, mais le résultat est le même : Il a mis un fil à la patte du chef du gouvernement, en rendant toute action dans le sens d’un remaniement tributaire d’une consultation – Dieu merci, il n’a pas dit approbation ! – des composantes de la coalition au pouvoir et dans le respect des dispositions du Pacte de Carthage. Or le document de Carthage ne dit rien sur ces aspects. Tout au plus il met sur la tête une obligation de résultat (dans l’économique, le social, le sécuritaire…), et pas de moyens. Les voies par lesquelles il doit passer – par exemple le choix de ses ministres – pour parvenir à ses fins ne regardent que lui. A lui tout seul. Avec un “petit” droit de regard du président de la République et in fine une validation, somme toute formelle, du Parlement. D’ailleurs Khemiri le sait pertinemment et le reconnait, mais cela n’empêche pas son mouvement de glisser des peaux de banane sur le chemin du chef du gouvernement.

Ils terrorisent Chahed !

Cela a commencé avec le communiqué du mercredi 23 août 2017. Le texte appelle clairement Chahed à éviter les sentiers périlleux d’un remaniement à large échelle et à se contenter de boucher les trous en remplaçant les deux ministres éjectés et le démissionnaire. Point barre. C’est un dépassement flagrant de son espace ! En effet le mouvement, comme d’ailleurs Nidaa Tounes, n’est pas censé dicter à Chahed sa conduite ; tout au plus ils peuvent lui demander des comptes a posteriori et le juger sur ses résultats, mais pas intervenir dans ses choix. Mais si Ennahdha a franchi allègrement les lignes rouges, c’est parce qu’il craint qu’un vaste remaniement emportes ses ministres, qui peinent à convaincre.

Le parti de Rached Ghannouchi a remis ça le lendemain, le 24 août 2017, en la personne de Abdellatif Mekki, un de ses dirigeants. Mais cette fois avec une nouveauté : le soutien affiché d’un de ses pions qu’il a placés au palais de la Kasbah, Ridha Saïdi, en tant que conseiller de Chahed. Là aussi si on était dans une démocratie normale, on ne verrait pas ce genre de manoeuvre. En effet le staff de Chahed a une nette idée de l’éventail des personnalités susceptibles d’occuper les postes ministériels, et n’a donc pas besoin qu’on lui présente une liste de candidats. Cela ne fait qu’embrouiller un peu plus l’esprit du chef du gouvernement et limiter ses choix. Mais c’est justement ce que veut Ennahdha puisque son porte-parole n’a pas hésité à dire ceci :“Nous avons évalué le rendement de nos ministres et le résultat est positif. Il n’y a aucune raison de changer un ministre ‘nahdhaoui’“. Alors qu’il revient à Chahed de juger ses ministres et de remettre aux plus méritants des brevets de satisfecit, ce n’est certainement pas le rôle des partis politiques lesquels sont par définition partisans. Mais je vous le disais : On n’est pas dans une démocratie normale…

Si Ennahdha se permet de marcher de la sorte sur les plates bandes du chef du gouvernement, et donc de Nidaa Tounes, c’est parce que le mouvement est politiquement, c’est incontestable, très fort. Par la magie de ce système parlementaire qui a embarqué le pays dans une expérimentation dont il n’a pas les moyens et le niveau. Mais aussi grâce – ou à cause, c’est selon – aux dirigeants de Nidaa Tounes, qui se sont débrouillés comme des chefs pour perdre la majorité parlementaire que leurs électeurs leur avait confiée en 2014, au profit d’Ennahdha. Ce dernier sait parfaitement qu’il n’a rien à perdre et qu’au pire on ira vers un grand remaniement ministériel qui obligera Chahed à aller solliciter l’aval des députés. Et là Ghannouchi & Co auront leur mot à dire. Et il va sacrément peser.

En attendant Chahed devra se dépatouiller avec cette dangereuse agitation que cette affaire a créée. En effet deux des signataires du Pacte de Carthage, et non des moindres, l’UGTT et l’UTICA, ont ouvertement prêché pour un gouvernement de compétences, prenant le contrepied du tandem Nidaa-Ennahdha. Le secrétaire général de la centrale syndicale, Noureddine Tabboubi, est même revenu à la charge hier samedi, avec des menaces à peine voilées si Chahed cède aux diktats des partis, pour des choix partisans. Le camp des pro-compétences est costaud car le chef de l’Etat en fait partie, en plus des deux organisations les plus puissantes du pays. Mais ne nous leurrons pas : Le dernier mot reviendra aux partis de la coalition… jusqu’aux prochaines élections. On peut aussi imaginer que Chahed, adossé sur sa popularité sans précédent, prendra l’opinion publique à témoin, acculera ses parrains politiques et leur imposera ses choix, s’ils se portent sur des compétences. En tout cas de sa capacité à négocier ce virage délicat et à obtenir par la suite des résultats économiques tangibles dépendra son deuxième galon d’homme d’Etat, après celui que lui a conféré sa croisade contre tous les “ripous” de la Tunisie.

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Le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Tabboubi, hausse le ton ce samedi 26 août 2017, après avoir plaidé ouvertement en faveur des compétences dans la prochaine équipe gouvernementale. Il a invité, sur Mosaïque FM, Youssef Chahed à opérer en urgence son remaniement ministériel.

Il a ajouté que la centrale syndicale ne restera pas les bras croisés si c’est un choix de ministres partisans qui est fait, après les échecs des 7 gouvernements de politiques qui se sont succédé à la tête du pays depuis la révolution, d’après lui. Il a déclaré que certains ministres n’ont même pas le niveau d’un fonctionnaire lambda…

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Après le secrétaire général de Machrou Tounes, Mohsen MarzouK, celui de l’UGTT, Noureddine Tabboubi, et le président de la République, Béji Caid Essebsi, c’est au tour de la centrale patronale de dire son mot sur l’imminent remaniement ministériel. L’UTICA a pondu un communiqué ce vendredi 25 août 2017 pour plaider en faveur des compétences dans la redistribution des maroquins ministériels, comme l’ont fait Marzouk, Tabboubi et BCE.

«Ces personnalités doivent maitriser les dossiers dont ils auront la charge pour ne pas perdre encore plus de temps et pour garantir un minimum de stabilité», précise le texte de l’UTICA…

Cette dernière dit avoir adopté cette posture dans l’unique but de défendre l’intérêt supérieur de la nation et pour épargner à la Tunisie les querelles politiques et la logique de partage du pouvoir. Elle invite à l’occasion toutes les forces vives du pays à tenir compte de la fragilité de la situation et les appelle à entamer sans tarder une mission-sauvetage de grande ampleur…

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Des sources bien informées ont confié ce vendredi à Mosaïque fm que Youssef Chahed va reporter l’annonce de la nouvelle équipe gouvernementale. Rendez-vous après l’Aïd Al Adha, soit la première semaine du mois de septembre.

Les mêmes sources ont précisé que ce report intervient après des tractations ayant duré deux jours entre le président de la République et le chef du gouvernement.

Béji Caïed Essebsi a appelé Youssef Chahed à sélectionner des personnalités compétentes capables d’accomplir leurs misions, une position défendue par le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Tabboubi et le leader de Machrou Tounes, Mohsen Marzouk…

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