Chronique d’une catastrophe annoncée, mais négligée

Chronique d’une catastrophe annoncée, mais négligée

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De plus en plus de jeunes Tunisiens quittent ou rêvent de quitter leur pays à tout prix. Des sociologues estiment que les causes de ce phénomène sont multiples, et sont principalement liées au fait que les jeunes se sentent mal dans leur pays, et n’y trouvent pas réponses à leurs préoccupations. Les difficultés économiques de la Tunisie, le chômage, le développement inégal des régions, l’injustice sociale ont créé des conditions propices à la migration des jeunes vers les pays européens.

Selon des données récemment dévoilées par l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE), une augmentation de l’exode des compétences a été recensée entre 2000 et 2011; 60% des Tunisiens partis se former ont préféré rester à l’étranger (de 4421 en 2000 à 7243 cadres en 2011). Au cours de la même période, 347 agents des forces de sécurité et des forces armées se sont installés après la Révolution au Qatar, le seul pays qui recrute les unités sécuritaires, a affirmé la même source.

A noter que des statistiques officielles relèvent que le nombre des Tunisiens résidents à l’étranger représente 1 424 386, soit 12% du total de la population tunisienne (la population tunisienne s’élevant ainsi à 11 444 409 tunisiens en 2017), contre 11,3% en 2011.

C’est pas terminé !

Une étude récemment menée par l’institut américain « Pew Reserach Center » conclut que 24% des Tunisiens interrogés ont l’intention de quitter le pays dans les 5 prochaines années. En effet 70% des Tunisiens ont déjà effectué une collecte d’informations utiles pour leur départ à l’étranger, 54% d’entre eux ont économisé pour les frais de l’émigration alors que 52% ont postulé pour l’obtention d’un passeport ou d’un visa pour ce fait, note la même source.

76% prévoient de quitter pour de meilleures opportunités de travail, 66% pour rejoindre des membres de  leurs familles et 79% pour une meilleure éducation.

Des chiffres qui nécessitent, tout de même, une réaction sérieuse de la part du gouvernement et des parties responsables, à travers au moins l’ouverture d’un dialogue sur la question et la mise en place d’une stratégie globale permettant de chercher des solutions et de remédier à la situation !

On rappelle aussi que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avait fait savoir en 2017 qu’après la révolution, 94 000 compétences tunisiennes ont quitté le pays, dont 84% sont en Europe. Elles sont, pour la plupart, des chercheurs, des hommes d’affaires, des médecins et des universitaires.

D’après la même source, 7% seulement des étudiants en médecine qui partent à l’étranger reviennent en Tunisie.

Il n’y a pas que les étudiants en médecine qui rêvent de l’émigration, 8 000 cadres, 1200 hommes d’affaires, 1464 professeurs ont déjà quitté le pays en 2014-2015. Les motifs de cette fuite des cerveaux sont essentiellement d’ordre matériel !

Ces migrants qualifiés sont payés 5 à 10 fois mieux à l’étranger. De surcroît, le budget de la recherche scientifique a chuté, ce qui n’encourage pas les chercheurs à rester dans le pays. Ainsi, la Tunisie figure en 2ème position dans le classement des pays arabes exportateurs de compétences, juste derrière la Syrie.

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