Rached Ghannouchi serait-il devenu sénile ? Exégèse d’un discours !

Rached Ghannouchi serait-il devenu sénile ? Exégèse d’un discours !

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Il a défriché sa barbe d’islamiste, refait ses dents, s’est mis au costard-cravate, a retourné sa veste contre ses frères d’armes les Frères Musulmans, renié ses croyances en optant pour un Etat civil au grand dam de ses adeptes. Il reste écru, grège, imbu de sa personne et des idéaux islamistes de son parti, ne pesant jamais ses mots et toujours prêt à les nier ou à les démentir avec ses fameux «sortis de leur contexte » ou «mal compris » ou encore «mal interprétés».

Interrogé, en 2011 si nos souvenirs sont exacts, sur ses moyens financiers lorsqu’il était en fuite en Angleterre, il disait vivre des subsides des conférences qu’il donnait et des pénalités dont écopaient les médias qu’il traînait en justice. L’arroseur est devenu arrosé en 2018 et le gourou des islamistes tunisiens risque désormais de passer devant la justice tunisienne, pour diffamation, propos mensongers et peut-être même pour complicité tacite dans des affaires de corruption.

  • Ennahdha, comme une chatte sur un toit brûlant

Le 17 novembre 2018 devant ses députés à l’ARP, Rached Kheriji, dit Ghannouchi, indiquait en effet que «le mouvement Ennahdha avait opposé un véto contre la reconduction de certains ministres corrompus». Bourde ou dérapage verbal ? Il ne s’en est pas alors excusé et cela démontre qu’il savait ce qu’il disait et ne regrettait pas ses propos. Lundi dernier, Ennahdha publiait cependant un communiqué sur les réseaux sociaux expliquant que son chef «n’accusait personne de corruption mais évoquait le critère pris en compte dans la présentation des candidatures [Ndlr : la corruption], en concertation avec le chef du gouvernement» ! Croyant ensuite dédouaner Youssef Chahed d’avoir mis en place un gouvernement Nahdhaoui, en le disant «le 1er et le dernier responsable des résultats de ses ministres», le bureau de presse d’Ennahdha enfonce le chef du gouvernement avec un «ce n’est pas moi, c’est l’autre». Ainsi, reprenant son allégation de «corruption, critère du remaniement», il devient inévitable de comprendre des mots de Kheriji-Ghannouchi autre chose que la confirmation que les ministres écartés seraient corrompus. Il avait manifestement oublié les Panama Papers. Ennahdha avait menacé de poursuivre en justice Inkyfada pour avoir cité RKG (Rached Kheriji-Ghannouchi). Aucune nouvelle à ce propos. RKG avait aussi oublié avoir un jour dit chez Nessma TV que «la responsabilité d’Ennahdha est proportionnelle à son poids dans le gouvernement»

Croyant certainement, à son habitude, rectifier ce qui aurait été mal interprété par les autres et «lui en faire dire plus qu’il n’en disait», le bureau de presse d’Ennahdha enfonçait en fait le clou, attestant que le critère de choix des membres du gouvernement était la corruption et que cela se faisait en concertation avec Youssef Chahed. De fait, ceux qui ont été écartés seraient des corrompus, y compris l’ex-ministre Nahdhaoui de la santé Imed Hammami. Tout cela, à moins que le chef des islamistes tunisiens ne soit devenu sénile, disant ce qu’il ne pensait pas et devant pour cela corriger chaque fois ce qu’il avait auparavant dit ! Avec sa main tremblante, il n’est pas non plus exclu que Kheriji-Ghannouchi souffre désormais de la maladie de Parkinson. Auquel cas, l’homme serait à écarter, surtout des prochaines présidentielles où il compterait candidater.

Le 1er à réagir était Faouzi Abderrahmane, mais sans franchir le Rubicon de la justice. Ils sont désormais trois anciens ministres de Youssef Chahed à porter officiellement plainte contre lui. Il s’agit du juge Ghazi Jribi, de l’avocat Mabrouk Korchid et de la sœur d’un des martyrs de l’Armée tunisienne, Majdouline Cherni. Tous ont décidé de poursuivre le Kheriji-Ghannouchi devant la justice tunisienne. Ghazi Jribi a indiqué qu’il demandera à l’accusé de produire ses preuves concernant les ministres accusés de corruption étant donné que la loi punit les corrompus et ceux qui les protègent.

Ce ne sera pas la 1ère fois où le chef des islamistes tunisiens a maille à partir avec la justice. D’autres s’y sont essayés et leurs plaintes n’ont jamais abouti, depuis celle de l’avocat Hatem Farhat en 2012, après la vidéo montrant Kheriji-Ghannouchi parlant avec une bande d’extrémistes religieux et ses fameux «les forces de sécurité et l’armée ne sont pas acquis» à leur cause. Jribi, Korchid et Cherni feront-il mieux ? Iront-ils au bout de la procédure pénale par eux entamée ? Pas sûr !

RKG se serait excusé dans un communiqué publié ce mardi 20 novembre 2018. Mais le mal est fait et ses services de communication devraient le surveiller et lui apprendre à tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de dire les bêtises qui lui vaudraient des excuses.

  • La chambre noire restera secrète et Ennahdha toujours impuni !

L’autre toit brûlant sur lequel s’est récemment retrouvée la chatte d’Ennahdha, est la polémique sur la la «chambre noire» qui contiendrait des documents qui incrimineraient le parti islamiste tunisien dans les assassinats de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi. Même la LTDH qui les défendait du temps de Ben Ali semblait y croire. Comme lorsque le Tribunal administratif avait effacé son casier judiciaire en 2018, Rached Kheriji-Ghannouchi et son parti seront absous. Le ministre de l’Intérieur n’avait-il pas démenti l’existence d’une telle chambre, malgré l’existence de documents judiciaires la confirmant, comme l’ont démontré les députés du Front Populaire cette semaine au ministre devant l’ARP. Ennahdha avait auparavant échappé aux sanctions sur le financement des partis politiques, lors des élections de 2014 que la Cour des Comptes avait mis à nu.

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