Sidi Bou Saïd, situé dans la banlieue nord de la capitale, suscite auprès des habitants une crainte croissante liée aux risques de glissements de terrain, notamment sur la partie Est de la colline, ressentie particulièrement après les perturbations météorologiques que connaît le pays depuis le 19 janvier courant, marquées par des pluies abondantes et des crues sans précédent dans certaines régions.
Mme Hela (73 ans) qui habite Sidi Bousaid depuis plus de 35 ans, a indiqué dans une déclaration accordée à l’Agence TAP a exprimé son inquiétude après les alertes officielles adressées aux riverains habitant au pied de la colline. et d’ajouter que les habitants ne semblent pas mesurer le danger qui menace ce haut lieu d’art, de culture et de patrimoine
Face à l’augmentation des risques liés à la déstabilisation de la colline et à l’enregistrement de glissements partiels après la saturation des sols par d’importantes quantités d’eau, les autorités régionales et locales ont pris une série de mesures préventives inédites.
Les services de la Protection civile ont émis des avertissements officiels appelant les habitants à la plus grande vigilance, soulignant que certaines habitations pourraient présenter un réel danger direct pour la sécurité de leurs occupants sir la situation se complique davantage.
Dans ce contexte, le directeur régional de la Protection civile de Tunis, Mounir Riabi, a indiqué à la TAP que les alertes adressées aux familles est intervenue après que la situation est devenue « très dangereuse », en raison des pluies abondantes ayant provoqué des glissements partiels de terrain. Il a ajouté que le gouverneur de Tunis a été informé de la gravité de la situation et que des avis d’évacuation ont été adressés aux habitants par l’intermédiaire de la municipalité.
La municipalité de Sidi Bou Saïd a annoncé la prise de décisions d’évacuation temporaire de huit immeubles, à la suite de constats effectués par les services de l’Office national de la Protection civile, ainsi que la fermeture de certaines zones à la circulation des véhicules et des piétons, notamment une partie de l’Avenue Hédi Zarrouk au niveau de l’intersection avec la rue John Kennedy, ainsi qu’un tronçon de cette dernière jusqu’à la maison d’hôtes « Villa Didon ».
//Inquiétude croissante des habitants//
Selon des géologues, la colline de Sidi Bou said est très sensible à l’eau et la saturation des nappes phréatiques augmente la probabilité des glissements de terrain ce qui constitue une menace directe pour les bâtiments et les habitants, dans les zones basses en particulier.
De son côté, Selim (60 ans), fonctionnaire, a indiqué que l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) avait alerté, il y a près de 50 ans, sur les risques de glissements de terrain.
Pour Wided (54 ans), la situation actuelle ne peut plus tolérer de retards ou de « procédures administratives compliquées », appelant à ce que des décisions claires soient prises au plus haut niveau, considérant que le problème actuel « n’est pas technique mais qu’une décision politique doit être prise.
// Des mesures gouvernementales et un suivi technique//
Une séance de travail s’est tenue, vendredi, au siège du gouvernorat de Tunis afin d’examiner la situation de la colline de Sidi Bousaid. Elle a abouti à la mise en place de plusieurs restrictions de circulation et de mesures préventives, notamment l’interdiction d’accès à la colline pour les bus et les poids lourds à compter du dimanche 25 janvier afin de réduire la pression sur le sol.
Les riverains ont également été invités à la vigilance et à signaler toute nouvelle fissure. Un comité compétent au sein du ministère de l’Agriculture a été chargé de suivre la situation et de formuler les recommandations nécessaires au comité régional.
L’attention officielle portée à ce problème remonte à 2023, suite à la détection de signes manifestes de fragilité des sols et d’érosion des fonds marins. Le 29 janvier 2024, la municipalité de Sidi Bou Saïd a accueilli une réunion technique avec la participation de plusieurs structures gouvernementales.
En avril 2024, Une étude technique de six mois, financée par le ministère des Finances a été lancée afin de diagnostiquer la situation et de proposer des solutions.
Plusieurs réunions de la commission nationale de surveillance des glissements de terrain ont eu lieu durant l’été 2025, suivies d’une séance ministérielle.
Le 2 août 2025 la commission admet que « la situation de la colline de Sidi Bou Said est critique et nécessite une intervention urgente ».
L’avis de l’expert
Wadii Laroui professeur de géomorphologie à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, la colline de Sidi Bou Said est une élévation qui donne sur la mer de deux cotés connu sous le nom de Cap Carthage c’est-à-dire une partie qui avance vers la mer. Cette position l’expose à des dangers naturels surtout que son point culminant est de 129 mètres.
L’universitaire a rappelé que la colline de Sidi Bou Saied avait connu des glissements de terrain en 1954, l’année où une première recherche scientifique a été publiée sur ce phénomène.
Et d’expliquer que le glissement de terrain revoie à plusieurs causes, dont en premier, facteur géologique dans la mesure où la colline est composée d’épaisses roches argileuses et d’autres roches sableuses et graveleuses perméables et fissurées, ce qui permet l’infiltration de l’eau dans les couches argileuses et provoque ainsi le glissement.
L’expert a, également, pointé le facteur topographique lié au degré de pente, expliquant que les glissements de terrain commencent généralement à partir d’une inclinaison d’environ 12 degrés, alors que les pentes de la colline de Sidi Bou Saïd varient entre 30 et 40 degrés, atteignant dans certains endroits 50 à 60 degrés.
Il a par ailleurs cité l’érosion côtière et les facteurs climatiques, comme les fortes pluies enregistrées les 19 et 20 janvier en cours, avec des précipitations avoisinant 300 millimètres, en plus du problème des constructions anarchiques, de la pression urbaine et des infiltrations d’eau.
Al-Aroui a souligné que les bâtiments donnant directement sur le bord de la mer sont les plus exposés au risque de glissements de terrain. Il a appelé à la nécessité de sensibiliser les habitants de Sidi Bou Saïd aux dangers de ce phénomène, de limiter les infiltrations d’eau provenant des habitations et de renforcer la végétalisation des versants.
En conclusion, l’expert a affirmé que la situation exige la mise en place de mécanismes de surveillance continue afin de détecter tout nouveau mouvement de terrain, notamment après les périodes de pluie et la montée du niveau d’eau dans le sol.
Risques de glissement de terrain à Sidi Bou Saïd
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