AccueilLa UNETunisair-TAV: Chronologie d'un désastre financier, sous Omerta !

Tunisair-TAV: Chronologie d’un désastre financier, sous Omerta !

Depuis 2011, au moins six PDG s’étaient relayés à la tête de Tunisair. En mai 2011, Hamadi Thamri remplaçait au pied levé Nabil Chattaoui, avant de céder la place à Rebah Jerad. Avril 2015, Sarra Rjeb remplaçait Salwa Sghaier, avant d’être remplacée elle-même à son tour par le Colonel Elyes Mnakbi, et ce dernier par un simple petit administrateur de l’Etat, pour céder ensuite la place à Olfa Hamdi. Tous connaissaient la très mauvaise situation financière de Tunisair.

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–        Tunisair : Une crise déclenchée un certain 3 février 2011 à 21 heures 

Tous avaient préparé chacun à son échelle un plan de redressement de l’entreprise, qui avait été toujours refusé par tous les gouvernements. Un plan de redressement qui nécessitait l’accord du premier actionnaire de l’entreprise et son appui financier. Et le premier à dire non avait alors été Youssef Chahed, qui sera suivi par un même non d’Elyes Fakhfakh. L’autre acteur majeur dans la crise de Tunisair a été l’omnipotent syndicat UGTT, qui ne cesse de harceler, au moins la dernière PDG, prétendant que « sa nomination fait partie d’un plan de destruction de Tunisair [ar] ». Une déclaration, absurde, de la part d’un responsable syndical dont le seul souci est de garder intact tout le parc des entreprises publiques, malgré les très lourdes pertes financières pour le budget de l’Etat.

On pourrait parodier le proverbe français en disant que « la plus belle femme PDG du monde ne peut donner que ce qu’elle a », et ce n’est pas pour minimiser Olfa Hamdi. Tunisair était très mal en point, bien avant elle. En fait, depuis le 3 février à 21 heures, lorsque l’un des deux premiers gouvernements de ladite révolution avait décidé de déstructurer le groupe Tunisair, en rompant les liens maison-mère et filiales, en mettant tout le monde dans un même sac, et en intégrant tous les sous-traitants, alignant par la même occasion leurs salaires sur ceux des agents Tunisair. Une décision, prise de nuit, qui avait fait exploser sa masse salariale. Suivront les différentes crises du tourisme, les multiples attentats et les deux crises sanitaires du Covid-19, qui avaient impacté directement les finances de Tunisair. Relever Tunisair nécessitait un appui financier direct, et immédiat, au moins pour payer ses dettes, et les annualités des avions commandés dont les avances faites par Tunisair risquent désormais d’être avalées par des fournisseurs impayés. Le nouveau ministre du Transport savait tout cela. Et autant que le reste.

–        La CNSS aussi avait fait une saisie conservatoire sur Tunisair, bien avant la TAV

Pour ce qui est du dernier rebondissement dans la situation financière de Tunisair, la saisie sur les comptes de l’entreprise faite par TAV, force est de faire remarquer à tout le gouvernement et en premier lieu son chef Hichem Mechichi que l’élément déclencheur en avait été l’autre saisie, non dite et non communiquée, faite par la CNSS sur les comptes de Tunisair aussi. La DG de TAV en avait parlé, et comme  autre créancier, se devait de le faire à son tour pour figurer sur la liste des créanciers et garantir la récupération de ses créances, tout comme la CNSS tunisienne. Tout comme cette dernière et tout comme tout autre chef d’entreprise, la représentante de TAV aurait risqué gros avec son conseil d’administration si elle n’avait pas fait saisie, tout comme la CNSS. L’Etat qui faisait saisie sur lui-même, avait en effet de quoi inquiéter ses créanciers !

Plus important encore, la TAV avait déposé son dossier de saisie, depuis octobre 2020. Le ministre du Transport Moez Chakchouk en était donc au courant, bien avant la nomination d’Olfa Hamdi.

La TAV avait tenu des réunions avec le ministre, dès début décembre 2020, trois semaines avant le dernier communiqué du 25 décembre 2020 faisant état de pareilles rencontres, et avait alors promis de trouver une solution. Fin janvier 2021, la TAV faisait déjà saisie sur les avoirs de Tunisair Handling, une des filiales de Tunisair, et qui intervenait après la saisie faite par la CNSS.

–        TAV a tout payé des redevances de concession et la dette de l’OACA

La DG de TAV, Kehna Mamlouk assure par ailleurs, que TAV a payé toutes les redevances de concession, à l’OACA et au ministère des Domaines de l’Etat (2,4 M€ pour l’exercice 2019), et que les discussions sont en cours pour les redevances de 2020, bien qu’insignifiantes, présume-t-on  car en lien avec le chiffre d’affaires. Qu’elle n’a aucune dette envers Tunisair. « On a tout payé, l’impôt, la CNSS, les salaires, et je peine à le faire », disait Kehna Mamlouk à Africanmanager.

La DG de TAV rappelle aussi que le contrat de concession prévoyait que Tunisair Handling lui donne toute l’activité Handling sur l’aéroport de Monastir, dès le 1er janvier 2015. Chose qui n’a jamais été faite et même toujours refusée par Tunisair, pour des considérations sociales qui lui sont propres. Ces mêmes considérations, et alors que Tunisair Handling était déficitaire, Tunisair en payait les salaires, en dépit de la saisie déjà faite fin janvier 2021 par TAV sur les avoirs de Tunisair Handling, pour une dette de 6 Millions d’euros. Un évènement, qui devait déjà sonner l’alarme chez le ministère du transport et chez Tunisair.

Le 9 février 2021,  TAV recevait les documents de justice autorisant la saisie conservatoire sur les comptes de Tunisair. La représentante de l’opérateur avait alors pris contact avec la PDG de Tunisair, et l’en avait informée, le même jour, d’abord par document sur envoyé via le réseau WhatsApp du téléphone d’Olfa Hamdi, ensuite par huissier de justice pour éviter sa déchéance juridique.

La DG de TAV aurait aussi demandé à la direction de Tunisair, de lui faire offre d’une proposition de règlement à l’amiable et même d’un échéancier de paiement, pour éviter la saisie dont la durée de vie juridique est fixée par la loi. Après maints coups de téléphone, la réponse a été que Tunisair n’a pas de quoi payer.

Notons que, selon nos informations confrontées, la rencontre de la PDG avec l’ambassadeur turc en Tunisie, mais aussi avec l’ambassadeur français (Les deux pays actionnaires indirects de TAV Tunisie), ont été faites dans le cadre d’une recherche de solution, ou même d’un moyen de pression sur la DG de TAV Tunisie, pour ne pas passer à l’acte dans sa saisie conservatoire. Vainement cependant, devant le refus de payer de Tunisair et l’obligation d’appliquer la loi pour TAV.

–        Une Omerta gouvernementale, signe de mauvaise gestion

Il appert ainsi de cette chronologie bien détaillée que le ministère (donc le gouvernement tunisien) était au courant du risque de saisie conservatoire sur les avoirs de Tunisair, depuis octobre 2020, que le ministre Moez Chakchouk avait promis une solution, depuis fin décembre 2020. Mais aussi, que la PDG de Tunisair,  (donc aussi son ministre de tutelle), était au courant de la chose, depuis le 6 février 2021. Mais tous s’étaient murés dans le silence coupable. Une preuve, si besoin est, d’une mauvaise gestion caractérisée et préméditée de ce dossier de la TAV.

Toute la Tunisie, gouvernement et UGTT compris, savait que le budget ne pouvait pas financer la restructuration, sociale et financière, de Tunisair. Lors d’une rencontre avec Africanmanager, le ministre Chakchouk avait dit que s’il lui arrive d’injecter de l’argent chez Tunisair, ce ne sera pas pour payer les dettes, alors qu’il était déjà au courant de sa grosse dette envers la TAV qui payait ses dettes et subissait la pression du syndicat de l’UGTT pour payer les primes d’un personnel de l’aéroport de Monastir, dont l’employeur était déficitaire et ne faisait pas plus de 350 mille passagers sur les deux aéroports qu’il gérait. On suppose aussi que Moez Chakchouk avait averti son chef de gouvernement de toute cette crise de Tunisair. On n’avait pourtant jamais vu Hichem Mechichi tenir un quelconque CIM sur Tunisair.

–        La CNSS se montrera-t-elle aussi compréhensive que les Turcs ?

Peut-on en vouloir à un créancier de revendiquer sa créance, alors que l’Etat faisait lui-même saisie sur les biens de l’entreprise dont il est actionnaire majoritaire ? Peut-on, pour autant, en vouloir à un dirigeant d’entreprise, quelle que soit sa nationalité, d’avoir fait ce que l’Etat lui-même fait à la même entreprise publique, et lui en vouloir même de travailler avec une entreprise qui ne fait que réclamer son dû ?

Le coup de pied dans la fourmilière donné par la TAV aura eu le mérite de réveiller tout le monde. Une réunion s’est enfin tenue, ce vendredi, au siège du ministère du Transport, entre le ministre Moez Chakchouk et les représentants des sociétés du Groupe Tunisair, de l’OACA, et de TAV Tunisie, et a pu lever immédiatement toutes les saisies conservatoires sur les comptes des sociétés du Groupe Tunisair et d’entamer des négociations avec la société TAV. Cela aurait dû être fait depuis des mois. Pourquoi alors ce retard et qui en est responsable ?

Il restera aussi au ministre du Transport de lever la saisie conservatoire de la CNSS, si elle décidait d’être aussi compréhensive que le turc TAV. Mais le mal est fait. Sous Hichem Mechichi, l’Etat tunisien est en train, par petits coups successifs, d’annoncer sa cessation de paiement. Il l’avait déjà fait pour le Groupe Chimique et pour Tunisair. Bientôt, à Dieu ne plaise, d’autres pourraient suivre. Et tout ce que fait le chef de l’UGTT, c’est d’aller protester que la PDG qu’il ne portait pas dans son cœur, reste toujours à la tête de Tunisair !

3 Commentaires

  1. la crise Tunis air comme vous dites depuis février 2011 et par la mauvaise gestion des gouvernements successifs depuis 2011 jusqu’à maintenant la vraie crise du groupe Tunis air est le nombre pléthorique du personnel bien payé et qui ne foutent rien et bien sur la crise économique et touristique qui frappe le pays depuis la révolution n’a pas arrangé ses affaires et ce n’est les mesurettes dans les médias qui peuvent sauver le groupe et la CNSS s’il ne reçoit les charges sociales du personnel du groupe comment il va payer la CNAM les retraités et les assurés sociaux ?

  2. Je suis lecteur assidu d African Manager depuis sa fondation et je suis ravi de la qualité de ses articles. Je ne peux cependant ne pas relever le parti pris anti-UGTT systematique de M. Boumiza comme si par ailleurstout baignait dans l huile. L UGTT ce n est tout de même pas une force extra-terrestre. Ce sont des hommes et des femmes cadres dans tous les secteurs, de tous les horizons politiques qui défendent leurs intérêts avec force face à un Etat en faillite et à des partis nuls incapables de gérer et de resoudre leurs propres querelles. Il y a certes des dérives dans certaines actions syndicales que je n approuve pas. Nous devons nous estimer heureux d avoir une société civile forte à sa tête l UGTT dans un climat politique aussi désastreux sinon on aurait eu recours aux armes comme en Libye et ailleurs. Les sociétés nationales ont toujours été la vache à lait de tous les partis au pouvoir depuis l indépendance pour résorber les postulants à l embauche des adhérents des partis, pour les passe-droits et même pour faire main basse comme pendant le regne mafieux de Ben Ali. A quoi pouvons nous nous attendre lorsque des employés ne reçoivent pas leurs salaires ou les augmentations négociées et approuvées. Merci de nuancer.
    Miled, cadre retraité

    • Je suis d’accord sur le fond quant au rôle d’un syndicat fort puisant sa légitimité dans un passé honorable et se mettant en position de garde fou dans un pays a la dérive. Je ne m’attarderai pas longtemps sur ce qu’est devenu lugtt actuel qui n’a rien a voir avec son illustre précédente pour me focaliser sur février 2011 qui a été désastreuse pour la compagnie nationale .Sous la pression du syndicat maison et avec l’appui du secrétaire général de l’époque Abdesselem Jerad il fut décidé de reincorporer les employés des filiales dans la société mère pour de simples raisons d’avantages salariaux et contre toute logique économique ! La masse salariale d’une société déjà mis à mal par des années de corruption et de mauvaise gestion mais dont le mal pouvait être soigné par des mesures simples et efficaces a explosé greffant le poste salaire d’un colossal 220 millions de dinars supplémentaires. Lugtt a profité d’un gouvernement post révolution fortement affaibli et aux mains tremblantes afin d’imposer une vision purement populiste et anti économique. Nous en payons aujourd’hui les frais et rares sont les personnes honnêtes qui osent braver ce fait indéniable . une restructuration sans passer par une réduction drastique du personnel est illusoire et personnellement je ne vois aucune solution sérieuse a cette crise si ce n’est hélas une pure disparition. D’autres compagnies bien plus prestigieuses ont fondu comme neige au soleil : TWA SABENA SWISS AIR et j’en passe. C’est dur a avaler mais nous ne vivons plus dans un monde de bisounours.

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