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Tunisie : Quand les incertitudes politiques se conjuguent avec les fragilités économiques !

Nombreux sont ceux qui pensent que la Révolution en Tunisien remonte au 14janvier 2011. Chronologiquement, cela est indéniable. Il n’en demeure pas moins que la véritable cause du soulèvement est moins le suicide de Mohamed Bouazizi que la situation économique défavorable, aggravée par les répercussions des crises mondiales d’une ampleur inégalée depuis le début des années 80. En 2008 déjà, les cours mondiaux des produits alimentaires et du pétrole ont dépassé pour la première fois leurs niveaux record des années 80 et, au milieu de l’année 2008, le monde est entré dans la plus grave récession économique depuis les années 80. Les effets indirects de la crise financière actuelle ont entraîné une nouvelle augmentation des taux de chômage déjà particulièrement élevés, notamment chez les jeunes, entraînant certaines familles en-deçà du seuil de pauvreté. L’augmentation des cours des produits de base qui a précédé et suivi l’éclatement de la crise financière a aggravé les frustrations alors même que les inégalités sociales s’accentuaient et que le capital humain restait inusité. Les causes des soulèvements de 2011 sont ainsi les mêmes que celles des « émeutes du pain » de 1984.

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La situation actuelle est sans doute plus grave qu’en 1984, et ce pour plusieurs raisons, explique une étude de la Banque Africaine de Développement (BAD). D’abord, les révolutions du Printemps Arabe ont transformé une double crise (alimentaire et financière) en triple crise, les incertitudes sur le plan politique s’ajoutant aux problèmes économiques de la région. Ensuite, les principaux partenaires commerciaux des pays d’Afrique du Nord, membres de la zone euro, sont confrontés à une crise de la dette d’une ampleur comparable à celle qui a sévi en Amérique latine en 1982. En outre, depuis 1984, la plupart des pays d’Afrique du Nord ont entrepris les réformes économiques préconisées par le FMI et la Banque mondiale et se trouvent à présent face à un dilemme difficile : la privatisation progressive et la libéralisation du commerce ont rendu leurs économies plus vulnérables aux effets d’entraînement des crises internationales, mais les pays ont tout de même besoin d’accroître leurs engagements sur les marchés mondiaux pour promouvoir la croissance et le développement.

Les crises économiques deviennent de plus en plus fréquentes à mesure que se renforce l’intégration financière mondiale. C’est la raison pour laquelle les pays d’Afrique du Nord (et les autres pays en développement) doivent identifier les moyens de renforcer leur résilience face aux crises qui pourraient entraver la croissance et remettre en cause les avancées en matière de développement. Ces pays doivent également se concentrer sur des stratégies de développement axées sur les pauvres s’ils veulent résoudre définitivement les problèmes sociaux qui déstabilisent la région, aujourd’hui comme en 1984.

Le processus transitionnel de la Tunisie se révèle plus long que prévu, avec un report, en 2013, de l’adoption de la Constitution et de la tenue des élections législatives et présidentielles. Plus d’un an après l’élection de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), les travaux de rédaction de la Constitution se poursuivent encore. Les conflits sociaux se multiplient depuis l’été, notamment à l’intérieur du pays, engendrant parfois de violents affrontements avec les forces de sécurité. Malgré cette augmentation des violences, les grèves et blocages dans les secteurs productifs ont diminué par rapport à l’année précédente.

Malgré un environnement national et international encore marqué par les incertitudes, l’économie tunisienne a enregistré une progression modérée de 3,5% en 2012, soit légèrement en deçà de l’objectif du Gouvernement, contre une contraction de près de 2%, en 2011. Cette performance qui a bénéficié du maintien de la demande intérieure, provient des bons résultats de la production agricole résultant d’une pluviométrie favorable, de la reprise relative de l’activité touristique et des Investissements directs étrangers (IDE) ainsi que du redémarrage de la production des hydrocarbures et phosphates, quasiment à l’arrêt en 2011. Par contre, la crise européenne et par conséquent la baisse de la demande extérieure a impacté négativement les exportations du secteur offshore, en particulier le textile et les industries mécaniques et électriques.

A la faveur de la Révolution, les autorités tunisiennes s’efforcent encore de répondre à l’urgence des demandes socio-économiques et de soutenir la relance à travers une politique budgétaire expansionniste favorisant la consommation ainsi que l’investissement public. Ce choix, contraint par le ralentissement de l’activité économique, une dégradation de l’environnement international et la persistance des revendications sociales, a conduit à un élargissement du déficit budgétaire qui devrait atteindre 6,6% du PIB en 2012 (contre 3,2% en 2011). Les prévisions pour 2013 tablent sur un déficit budgétaire de 5,9% suivie d’une réduction progressive qui devrait le ramener à 2,5%, en 2017, grâce à une augmentation du taux de croissance.

L’exécution en cours du programme de relance économique du Gouvernement conjuguée à la dégradation du déficit budgétaire, s’est traduite par un accroissement de l’encours de la dette publique passant de 44,5% du PIB en 2011 à 45,9% du PIB en 2012. Cette tendance à la hausse devrait se poursuivre jusqu’en 2016 avant de s’inverser, mais resterait soutenable sous réserve du maintien d’un taux de croissance modéré. En 2012, le déficit commercial s’élevait à environ 15 % du PIB et le taux de couverture des importations par les exportations est tombé à environ 60 %. Les résultats économiques devraient se maintenir, à court terme, en dessous des attentes et le taux de chômage demeurerait élevé, en attendant la mise en place par le Gouvernement des réformes structurelles majeures et d’une solide reprise économique en Europe, principal partenaire économique de la Tunisie.

Les incertitudes politiques ralentissent les décisions économiques et fragilisent la reprise amorcée. Les risques les plus importants concernent, les mouvements sociaux, et les éventuelles politiques budgétaires expansionnistes qui pourraient être menées en vue des élections. La Tunisie conserve, cependant, son potentiel de développement économique, mais les réformes engagées, en 2011, par les autorités de transition pour intensifier la croissance, améliorer la gouvernance et réduire les disparités régionales, doivent être poursuivies dans un climat politique et social stabilisé et prévisible à long terme afin de restaurer la confiance des investisseurs et du citoyen, d’une part et d’autre part, de favoriser la transformation de l’économie vers des secteurs à plus haute valeur ajoutée, incluant une meilleure utilisation des ressources naturelles, notamment la modernisation de l’agriculture et le développement des énergies renouvelables.

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