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Tunisie
mercredi 15 juillet 2020
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Un trinôme dissymétrique à la tête de l’Etat !

Le système politique choisi par les nouveaux constituants tunisiens, mais sans doute guidé par des ressorts inavouables n’a pas vocation à fonder le parti majoritaire à former un gouvernement sous toutes les configurations possibles. En témoigne la fragilité de la coalition gouvernementale d’Elyès Fakhfakh, laquelle a accentué les tensions entre les pouvoirs exécutif et législatif. Bien que la Constitution tunisienne soit conçue pour absorber ces tensions grâce à un équilibre des pouvoirs, a le fossé entre les préoccupations du public et la représentation des partis menace de saper l’ensemble du système. Un avis de tempête lancé par tout récemment par le Conseil européen des relations internationales
En fait, la coalition gouvernementale est très instable en raison des rivalités et des différences idéologiques bien ancrées entre ses membres. Dès sa nomination, Fakhfakh s’est retrouvé à la tête d’un gouvernement dont Ennahdha voulait changer la composition – car il avait explicitement rompu avec le modèle de consensus en excluant Qalb Tounes et la coalition Karama. Fakhfakh a exclu Qalb Tounes du gouvernement en raison des démêlés judiciaires de son président Nabil Karoui, et parce que le rôle du président de la République, Kais Saied en tant que chantre de la moralité dans la vie publique l’a amené à s’opposer à ce parti.
En conséquence, le mouvement Ennahdcha ne cache pas son désir d’inclure Qalb Tounes et la coalition Karama dans la coalition gouvernementale. Mais la perte d’influence des trois partis au Parlement – surtout après une vague de démissions des députés de Qalb Tounes – les empêche de former un gouvernement alternatif.

La crise sanitaire, économique et sociale créée par le covid-19 – qui a frappé la Tunisie début mars – a temporairement allégé la pression politique du parti sur le gouvernement de Fakhfakh. Mais la tension entre les groupes parlementaires rivaux devrait durer longtemps.
Une concurrence épuisante entre les centres de pouvoir

La constitution tunisienne vise à empêcher la reconstitution d’un pouvoir personnalisé et l’hégémonie d’un parti unique sur l’État. Pour parer à ces deux risques, les membres de l’Assemblée constituante ont tempéré l’influence du Parlement en instituant un président doté de pouvoirs autonomes en matière de défense et d’affaires étrangères, et en l’élisant au suffrage universel pour renforcer sa légitimité. Le gouvernement se trouve au point d’équilibre entre les centres de pouvoir parlementaire et présidentiel.

Les élections de 2019 ont établi deux sources de légitimité concurrentes. La première se situe au Parlement et est gérée par les partis politiques en difficulté ; l’autre au bureau du président qui bénéficie d’un fort soutien populaire mais n’a pas de similaire parlementaire.
La présidence et le Parlement sont en concurrence pour exercer une influence sur la coalition au pouvoir. L’enjeu de cette compétition est le contrôle du programme parlementaire – et, par conséquent, de la réforme -. Sur le plan stratégique, Ennahdha craint une perte d’influence au sein de la coalition gouvernementale qui menacerait ses efforts d’intégration et affaiblirait sa capacité à contrôler les rouages de l’État, ainsi que les nominations aux postes de l’Exécutif et de l’Administration bureaucratiques. Cela affectera inévitablement ses réseaux de clientélisme et ses perspectives de succès électoral, ex)plique le think tank européen.
Au début, le déclenchement de la pandémie a semblé intensifier la rivalité entre le nouveau chef du gouvernement et Ennahdha. Le parti soupçonnait que Fakhfakh tenterait de prendre le contrôle d’une manière qui rehausserait son profil et l’établirait comme un nouveau centre de pouvoir. Mais, après des semaines de négociations, le Parlement a voté pour lui permettre de légiférer par décret-loi pendant la crise, sous certaines contraintes.

Des conflits d’agenda

Le gouvernement s’en est tiré grâce à sa gestion réussie du covid-19. La crise sanitaire a révélé sa capacité de décision et de mise en œuvre, sous la supervision d’un chef du gouvernement qui a « assuré un leadership fort et a ainsi renforcé la légitimité de sa fonction », estime le Conseil européen des relations internationales qui souligne que « comme l’a montré le succès du gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire, l’efficacité gouvernementale est indispensable pour renforcer la légitimité du système politique ».
Avec la fin du confinement, les divisions politiques réapparaissent et s’intensifient. Ce retour à la normale semble aller de pair avec un recentrage sur les rivalités entre partis, au détriment des efforts visant à répondre aux préoccupations des Tunisiens . L’escalade des rivalités géopolitiques en Libye contribue à ce processus.

Surtout, ces divisions politiques ont été exacerbées par des rivalités et une absence de coordination entre le président, le chef du gouvernement et le président du Parlement. Une telle coordination est particulièrement nécessaire dans le contexte actuel, pour au moins deux raisons. La première concerne la nécessité de renforcer la coalition au pouvoir pour soutenir ses projets de loi au Parlement. Cela donnerait à Fakhfakh la latitude nécessaire pour mener des réformes. La seconde raison concerne la nécessité d’éviter les conflits d’agenda dans les mois à venir, d’autant plus que Saied a annoncé qu’il présenterait des projets de loi au Parlement pour répondre aux demandes populaires liées aux services publics, à la sécurité sociale et à la mise en œuvre des recommandations de la commission de justice transitionnelle. Ghannouchi, qui a été affaibli par les efforts des députés rivaux pour organiser un vote de défiance à son égard, aimerait améliorer ses relations avec le président et le chef de la coalition gouvernementale pour assurer ses assises. La coordination entre les trois dirigeants mettrait largement fin à la concurrence entre les centres de pouvoir, une étape nécessaire à la mise en œuvre d’un programme de relance économique.

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