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Le Royaume désuni après le Brexit

Le couperet est tombé aux aurores de ce vendredi 23 juin 2016. La Grande-Bretagne inflige un cinglant désaveu à un demi-siècle de construction européenne. A 52% contre 48%, les Britanniques, par voie de référendum, ont décrété qu’ils ne veulent plus faire partie de l’Union européenne, 43 ans après y avoir adhéré, en conservant toutefois leur monnaie, la Livre sterling, et en se gardant de rejoindre l’espace Schengen.

Bien entendu, un divorce de cette envergure va avoir de fondamentales conséquences pour les uns comme pour les autres. Si la séparation ne devra être consommée que dans deux ans au plus tard, des effets immédiats se font sentir avec ce qui est regardé comme « l’un des plus gros chocs sur les marchés de tous les temps », l’ensemble des places boursières mondiales ayant été  gagné par la panique, et celles de Paris et Francfort plongeant avec des valeurs bancaires en déroute.

Et puis, le fervent partisan du maintien dans l’Union européenne, le Premier ministre conservateur David Cameron  a immédiatement tiré les conclusions du verdict de ses concitoyens en annonçant sa démission. « Les Britanniques ont pris une décision claire (…) et je pense que le pays a besoin d’un nouveau leader pour prendre cette direction », a-t-il déclaré, précisant qu’il resterait en place jusqu’à l’automne et la désignation d’un nouveau leader par son parti. Initiateur du référendum sur le Brexit, il a souligné qu’il appartiendrait à son successeur de lancer la négociation avec l’UE sur le processus de sortie de son pays du club des 28, devenus 27.

Brexit, Frexit, Nexit…

Les résultats de la consultation, au fur et à mesure qu’ils tombaient, montrent un Royaume-Uni  divisé, avec Londres, l’Ecosse et l’Irlande du Nord qui voulait rester, tandis que le nord de l’Angleterre ou le Pays de Galles ont largement voté contre. Une division générationnelle aussi, les jeunes ayant voté pour le statu quo, leurs aînés pour la sortie.

D’ores et déjà, la possibilité d’un second référendum d’indépendance de l’Ecosse est sur la table, comme l’a souligné Nicola Sturgeon, « first minister » écossaise. Organisé en septembre 2014, le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse avait été remporté par le camp du non à 55% des voix. De son côté, en Irlande du Nord, le Sinn Fein, favorable au maintien dans l’UE, a,  lui,  appelé à un référendum sur une Irlande unifiée.

La contagion « sécessionniste » s’étend aussi aux autres pays membres de l’Union européenne, avec des appels à la sortie comme le « Frexit » lancé par  la présidente du parti français d’extrême droite Front National (FN) Marine Le Pen. « L’élite europhile a été vaincue. Les Britanniques montrent à l’Europe le chemin vers le futur et la libération », a déclaré, comme en écho,  le député néerlandais d’extrême droite Geert Wilders. Alors que les Pays-Bas comptent parmi les six pays fondateurs de l’Union européenne, comme la France, ce député réclame un « référendum sur un ‘Nexit’, une sortie néerlandaise de l’UE.

Quid du Maghreb et de l’Afrique

La première conséquence envisageable du Brexit sur les pays émergents serait une forte volatilité sur les rendements attendus des obligations souveraines et privées de ces pays, notamment ceux d’Afrique. « Dans le meilleur des cas, les taux moyens se positionneront à 7%, mais dans le pire des scénarii, ce taux moyen pourrait atteindre les 11% », selon un expert international.

Mais il y a aussi les incidences  sur la politique de développement de l’Union européenne. La Grande-Bretagne, qui fait preuve d’un engagement inédit en faveur du développement en Afrique, est l’un des plus importants contributeurs des fonds d’aide de l’Europe. La présidence britannique du G8 en 2005 avait notamment permis l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Par ailleurs, le Brexit affaiblirait les liens commerciaux de la Grande-Bretagne avec les pays africains, compte tenu du temps nécessaire à la renégociation de nouveaux accords avec le continent.

Pour ce qui est enfin du Maghreb, et en l’absence d’analyses fines immédiates, force est de se référer à celle livrée le 13 juin dernier par Jane Kinninmont, membre du think tank britannique Royal Institute of International Affairs (RIIA.

Les pays maghrébins « souffriraient doublement » d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, estimait-elle. Londres serait fragilisée économiquement et irait redéfinir les priorités de sa politique étrangère », explique-t-elle  en sous-entendant que la Grande-Bretagne privilégierait les pays du Golfe, où les pays sont très riches et « bons clients », au détriment du Maghreb. Selon son raisonnement, les Britanniques miseront moins sur les accords de politiques étrangères —notamment sécuritaires — communs jusqu’alors aux autres pays européens, pour se concentrer davantage sur des considérations commerciales et économiques.

« La priorité donnée aux pays du Golfe, signifierait  automatiquement une marginalisation du Maghreb », estime  le think tank londonien, en rappelant que lors des votes au Conseil de sécurité de l’ONU, Londres se sentirait moins concernée par certaines questions stratégiques en Afrique du Nord, sachant que « sa présence jusqu’ici dans cette région du globe, passait essentiellement à travers les structures de l’UE. »

Selon RIIA, le Brexit aura pour autre conséquence une diminution de la capacité d’influence de Londres au Maghreb, notamment sur les questions d’aide au développement démocratique et à la protection des droits de l’homme. Jane Kinninmont explique en effet que seule,  Londres serait « incapable de reprocher quoi que ce soit ou d’exercer des pressions » sur le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie, dans ces domaines.

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