AccueilLa UNETunis-Nidaa Tounes : implosion d’un parti au pouvoir !

Tunis-Nidaa Tounes : implosion d’un parti au pouvoir !

Nidaa Tounes, parti au pouvoir en Tunisie depuis octobre 2015 et désormais seconde aile du volatile dont  parlait Rached Ghannouchi à Sousse, implose en public. Les ailes du volatile au pouvoir se déplumaient bruyamment ce mercredi, au fil des heures. Le volatile au pouvoir vole, mais avec désormais une aile intacte et l’autre qui vole en plusieurs ailerons.

La mosaïque composant ce parti, création de Béji Caïed Essebssi, perd son liant et éclate sous l’effet des serres d’Ennahdha. Nidaa, ce grand palmier qui pliait sous l’effet des fruits d’une unité nationale contre le projet islamisation d’Ennahdha, perd, chaque jour un peu plus, ses feuilles. Au train où vont les choses il n’en resterait qu’un  tronc juste bon à servir du « legmi » [traduisez vin de palme] dont se grisera seule Ennahdha.

La débandade du parti au pouvoir en Tunisie a commencé dès lundi par Bochra Ben Hmida. Dès mardi c’est Mahmoud Ben Romdhane, ex-ministre du Transport et nouveau ministre des Affaires sociales [ndlr : Il aurait déclaré, lors de la cérémonie de passation, que ni le ministère du transport, ni celui des affaires sociales, n’étaient les ministères qu’il avait demandé. Déçu deux fois, Il aurait vainement demandé celui du développement], dont le «courageux départ » selon ses proches, déclenche la salve des démissions des ministres et des dirigeants de Nidaa. Il sera suivi par Saïd Aïdi, actuel ministre de la santé déjà sorti très fâché du congrès de Sousse, qui a uniquement «gelé son adhésion ».

Après Aïdi, c’est Faouzi Elloumi, l’un des financiers de Nidaa qui annonce qu’il se retire du nouveau bureau politique issu du congrès de Sousse et crée un nouveau courant politique au sein de Nidaa Tounes. Sur sa page officielle sur le réseau social Facebook, Elloumi a expliqué que «les compromis auxquels a abouti la commission des 13 ont été désavoués», ajoutant que «tout a été modifié selon la logique du fait accompli. De même qu’ont été désignées des personnes proches d’un courant au sein du parti». Il a tenu pour responsables ceux qui n’ont pas respecté les compromis, portant ainsi atteinte à l’image du parti auprès de l’opinion publique et aggravant la crise.

C’est ensuite, Leila Chettaoui qui gèle son adhésion au parti de Nidaa, via sa page fb. Devenu le média préféré des Nidaïstes pour annoncer leurs départs, c’est ensuite la députée Wafa Makhlouf qui a annoncé son retrait du comité politique du parti issu du congrès de Sousse et du parti en «tenant à s’excuser auprès des militants et militantes du parti ». Et c’est enfin, la députée de Nidaa Tounes à l’ARP, Zohra Driss, qui a annoncé, sur la radio Express fm sa décision de se retirer du nouveau bureau politique du mouvement, sans pour autant quitter le du bloc parlementaire de Nidaa Tounes à l’ARP.

Ils seraient maintenant 28 à avoir déjà démissionné de Nidaa ou d’y avoir gelé leurs adhésion. Le nombre serait appelé à augmenter et des sources de Nidaa nous indiquent déjà que d’autres cadres et même ministres penseraient aussi à quitter estimant «ne plus pouvoir tenir cette situation», nous indique cette source. A ceux-là, il faut ajouter les 22 autres qui ont quitté le bloc parlementaire de Nidaa à l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple).

Commentant la débandade d’un parti qui perd la boussole, sur son compte Twitter, l’ancienne patronne de Bawsala (Amira Yahyaoui) fait cette réflexion. «Hahahah drôle de voir comment Rached Ghanoushi a détruit Nidaa Tounes avec un simple discours. Qu’est ce qu’ils sont débiles… ». Une réflexion qui fait écho à plusieurs voix qui s’élèvent, même chez Nidaa, pour accuser Ennahdha d’être à l’origine de cette implosion du premier parti au pouvoir. Au micro d’Africanmanager, l’historien Khaled Abid estime que «la crise qui secoue actuellement Nidaa Tounes va perturber le pays. Cela aura également, selon lui, un impact négatif sur le paysage politique tunisien».

Les perturbations se feront certainement, à notre sens, au sein de l’opinion publique et de l’électorat tunisien. Un électorat désormais perturbé de ne plus retrouver, sur la scène politique, les choix pour lesquels il avait donné ses voix. Les perturbations se feront, peut-être, sur l’action gouvernementale qui agit sous la tutelle de l’ARP. Et ce n’est, manifestement, que sur ce volet, que le parti au pouvoir prend certaines précautions. «Des tractations avancées entre Nidaa Tounes et l’UPL sont en cours pour fusionner les deux partis»  a ainsi annoncé, mercredi 13 janvier 2016 sur les ondes d’Express Fm, le député Tahar Battikh de Nidaa Tounes. «Cette initiative sera dévoilée dans les jours qui viennent, » a ajouté M. Battikh, en précisant que « ce nouveau parti gardera le même nom de Nidaa Tounes » a encore précisé Battikh. Ce dernier sera par la suite démenti par son collègue, le député UPL Youssef Jouini. Des déclarations contradictoires qui signifient tout de même que Nidaa est à la recherche de remplaçants, mais que l’UPL discuterait encore les conditions ! Reste à savoir que fera le fondateur de Nidaa Tounes.

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