AccueilLa UNETunisie-Inédit : L’UGTT mise à nu par ses propres chiffres !

Tunisie-Inédit : L’UGTT mise à nu par ses propres chiffres !

Fin janvier 2017, l’omnipotente unique centrale syndicale ouvrière officielle tenait son 23ème congrès. Des assises qui ont surtout vu le «syndicaliste pur jus» Noureddine Taboubi, comme l’appelait un journal français, prendre les commandes d’une organisation qui a dépassé, depuis 2011, son simple rôle syndical de défense des intérêts des travailleurs, vers celui d’une vraie force politique et même de gouvernement. Le nouveau SG issu de ce nouveau congrès, s’inscrit manifestement dans la continuité de son prédécesseur Houcine Abbassi. Taboubi maintient ainsi par exemple, la demande de départ du ministre de l’Education, prend position dans l’affaire des nominations des Délégués et ne semble pas vouloir mettre fin à l’escalade sociale en maintenant diverses grèves.

Mais le dernier congrès de l’UGTT, c’était aussi l’occasion de présenter certaines informations, inédites pour une organisation où l’information et la transparence financières n’ont jamais été de mise, par rapport à l’extérieur et notamment pour les médias. Des informations et des chiffres, notamment contenus dans son rapport financier pour les exercices, de 2012 à 2016. Un rapport dont Africanmanager, un des très rares journaux à ne pas avoir été invités à la couverture du congrès, a pu obtenir copie.

 –          La grande centrale syndicale n’a que 500 mille adhérents

Première découverte, dans cet important document qui n’a été distribué qu’aux congressistes, le nombre des adhérents de la plus importante des centrales syndicales de Tunisie, l’organisation généralement dite puissante et qui est la seule à être acceptée par le gouvernement, «dépasse les 500 mille à la fin de l’année 2016», dit le document sans autre précision sur ce chiffre.

Un nombre de syndiqués qui détonne, d’abord par rapport au nombre total d’employés en Tunisie qui sont estimés à 630 mille fonctionnaires (Chiffre de 2015, selon une déclaration du SG du gouvernement Ahmed Zarrouk à l’ARP) et 996.988 salariés du secteur formel ou secteur privé (Source : RNE-INS 2015). Loin de nous alors, toute idée ou velléité de remettre en cause sa représentativité ou son poids social et de partenaire socio-économique. La question, pourtant, ne s’en pose pas moins.

Ce sont aussi, selon son propre rapport financier, ces adhésions qui constituent les principales ressources de l’UGTT et lui donne toute sa légitimité de seul partenaire social et économique du gouvernement avec lequel elle est le seul à discuter, augmentations salariales dans les deux secteurs, public et privé, et même les orientations économiques de tout le pays.

 –          Presque 13 MDT de la fonction publique et 1,7 MDT seulement du secteur privé !   

Au cours des cinq dernières années, ces adhésions (Prélèvements sur les salaires des cotisations des fonctionnaires reversés par l’Etat et cotisations directes des employés du secteur privé), ont rapporté à l’UGTT plus de 59,539 MDT, avec un pic de 12,9 MDT en 2014 et malgré le léger repli, à un peu plus de 9,5 MDT pour les exercices allant de 2012 à 2016. Il est aussi évident à la lecture de ces chiffres, que l’UGTT trouve adhésion, plus facilement auprès des fonctionnaires qu’auprès du secteur privé.

Des sommes assez conséquentes pour une organisation qui compte un peu plus de 500 mille adhérents. Un petit calcul donnerait une cotisation moyenne de 25,8 DT par adhérent, malgré la hausse de 1 DT par adhérent du secteur public et 0,250 DT pour le secteur privé, décidée en décembre 2015 par la centrale syndicale.

Des sommes, mêmes s’ils ne constituent pas la totalité de ses ressources (objet de notre prochain article, si tout va bien !), en font certainement l’organisation nationale qui dispose des moyens financiers les plus importants en Tunisie, si l’on considère que tout le budget de son alter ego l’Utica (Centrale patronale tunisienne) ne dépasserait pas les 7 ou 8 MDT.  Des sommes qui, selon le propre document de l’UGTT, représentent 56 % de l’ensemble de ses ressources et couvrent 55 % de ses dépenses.

 –          L’UGTT, c’est aussi un employeur qui ne recrute pas

 La 1ère centrale syndicale ouvrière tunisienne est aussi un employeur. Son dernier rapport financier présenté à ses congressistes, en janvier dernier, évoque la masse salariale de ses 451 agents et employés et fait état surtout d’une politique de restrictions en matière d’emploi, ce qui pourrait sembler incohérent avec une organisation qui fait de la défense du droit à l’emploi un crédo.

En effet, entre 2012 et 2016, la masse salariale des agents et employés de l’UGTT, n’a pas trop bougé. Elle est passée de 5,122 MDT en 2012, à 5,476 MDT quatre années plus tard. Sur une période de 5 années, cette masse salariale n’a donc augmenté que de 354.411,211 DT, ce qui ne représenterait que 6,9 % de hausse, ce qui est loin de tous les taux discutés avec les secteurs public et privé. L’UGTT, défenseur des droits de tous les employés, serait-elle alors un mauvais employeur ? A moins que nous ayons mal lu ou mal compris ou mal interprété les chiffres issus du propre document de la centrale syndicale ouvrière, c’est ce qu’on pourrait comprendre.

Dans tous les cas, cette phrase tirée du rapport financier est à ce propos plus qu’éloquente et pourrait expliquer autrement ce petit taux d’augmentation de la masse salariale. «Ceci dit, la direction administrative et financière [Ndlr : de l’UGTT] a veillé, depuis le congrès de Tabarka 2011, à geler les recrutements et à bien gérer les situations de retraite, conventionnelle ou anticipée, et ce dans le but de maîtriser le coût élevé des agents et employés de l’Union (Ndlr : UGTT)», pouvait-on lire à la page 23 dudit document. En 5 ans, le nombre d’agents et employés a ainsi baissé de 73 personnes, à raison de 14 personnes par an et ce ne serait ainsi que des départs à la retraite non remplacés par de nouvelles recrues, ces adhérents étant toujours prêts à servir bénévolement leur organisation.

A l’heure où jeunes et moins jeunes tannent toute l’économie du pays à la recherche d’emplois et demandent le recrutement à tout bout de champ, la centrale syndicale ouvrière semblerait ainsi, certes comme devrait l’être le gouvernement, plus préoccupée par ses équilibres financiers que par l’emploi des jeunes, malgré ses importantes ressources !

Pour terminer, nous restons ouverts à toute rectification de ces chiffres où à une autre interprétation de ces chiffres par l’UGTT, soit directement ou par le biais d’un droit de réponse !

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