Tunisie : Ezzeddine Saidane propose un PAS. Qu’en disent les conseillers de...

Tunisie : Ezzeddine Saidane propose un PAS. Qu’en disent les conseillers de Chahed ?

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 Les réserves de change d’un pays, ou disons en termes plus simples la trésorerie devises d’un pays, ne se mesurent pas simplement en termes absolus ($ ou €), mais elles se mesurent surtout en termes de nombre de jours d’importation.

Un jour d’importation pour la Tunisie est actuellement l’équivalent de 128 millions de Dinars en moyenne. Nos réserves de change ont baissé de manière drastique, jusqu’à atteindre l’équivalent de 90 jours d’importation le 14 août 2017.

Ce niveau de 90 jours est considéré par les pays, les agences internationales de notation, les institutions financières et les investisseurs comme une ligne rouge. Pourquoi ?

Tout pays qui serait en difficulté de paiements extérieurs donnerait naturellement la priorité aux paiements relatifs aux importations de produits alimentaires, de médicaments et de produits énergétiques. Et on considère à juste titre que l’équivalent de 90 jours d’importation serait juste suffisant pour couvrir les importations de ces produits de base indispensables. En d’autres termes, dans une telle situation le pays en question ne serait pas en mesure de faire face aux paiements au titre de sa dette extérieure (principal et intérêts).

Ce niveau de 90 jours n’a jamais été atteint par la Tunisie depuis la crise de 1986, soit depuis 30 ans environ.

Pour mieux comprendre cette situation il faudrait peut-être rappeler les sources qui alimentent les réserves de change. Il y en a cinq principalement :

1- la première et la principale source, et de loin la plus saine, est celle des exportations de biens ;
2- la deuxième est celle des exportations de services et notamment le tourisme ;
3- la troisième est celle relative aux transferts des Tunisiens à l’étranger ;
4- la quatrième concerne les investissements directs et indirects étrangers en Tunisie ;
5- la cinquième, de loin la plus dangereuse, concerne les crédits (l’endettement) étranger.

Depuis 2011 la Tunisie a usé et abusé de cette cinquième source de réserves de change, les crédits extérieurs.

A quoi servent les réserves de change ? Elles servent à effectuer nos paiements extérieurs, et notamment :

* les importations de biens et services.

* le service de la dette, c.à.d. le règlement de nos échéances en principal et intérêts de la dette extérieure. Les réserves de change servent accessoirement à financer les interventions de la Banque Centrale (ventes de devises) pour calmer, dans certaines conditions, le marché des changes ou pour lisser la baisse de la valeur du Dinar.

Les conséquences de la baisse de nos réserves de change peuvent être graves :

Perception négative du risque de la Tunisie par nos partenaires extérieurs (institutions financières et commerciales), coût excessif de tout crédit extérieur, révision à la baisse de la notation souveraine de la Tunisie, hésitation des investisseurs étrangers à considérer la Tunisie comme destination pour leurs investissements, baisse continue de la valeur du Dinar, etc.

La baisse excessive de nos réserves de change n’est pas une fatalité. Elle est la conséquence directe de la mauvaise gestion de nos affaires publiques, et notamment de nos affaires économiques et financières. La gestion de notre commerce extérieur et l’énorme déficit commercial, et l’insupportable déficit courant en sont un exemple.

La baisse de nos réserves de change ainsi que le peu de progrès réalisés sur la voie des réformes sur lesquelles la Tunisie s’était engagée auprès du FMI, mais aussi (d’après certaines sources) la fameuse déclaration faite il y a quelques semaines par le ministre MFA au sein de l’ARP (largement reprise de manière très négative par la presse internationale) disant que la Tunisie n’était pas en mesure de payer les salaires de ses fonctionnaires pour les mois d’août et septembre 2017 seraient à l’origine de la dernière révision à la baisse de la notation souveraine de la Tunisie, de Ba3 à B1 avec perspective négative.

Cette révision à la baisse de la notation souveraine de notre pays donne un signal très négatif aux institutions financières et commerciales, et aux investisseurs. Cette notation signifie clairement que la Tunisie ne serait pas en mesure de faire face à ses engagements extérieurs !

Y a-t-il des solutions malgré l’ampleur des dégâts. Oui sans doute. Des propositions détaillées ont été faites à plusieurs reprises. En résumé elles se déclinent en trois étapes :

  • un diagnostic, consensuel signé par tous les signataires du document de Carthage, de la situation économique et financière du pays.
  • Un PAS (Plan d’ajustement Structurel) à implémenter sur une période de 18 à 24 mois.
  • Une batterie de réformes profondes capables de remettre l’économie tunisienne sur une orbite de croissance, de créations d’emplois et de création de richesses.

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