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Tunisie : Naissance de nouvelles castes d’intouchables. On n’est pas dans la merde !

«La révolution n’a pas aboli les privilèges, elle a changé les privilégiés», disait Albert Camus. On jurerait presqu’il parlait de celle de la Tunisie. Depuis 2014, le rapport de la Banque Mondiale sur la Tunisie, intitulé «la révolution inachevée, affirmait que les lobbies s’opposeront à tout changement. On jurerait presque que les experts de la BM sont des druides, puisqu’ils avaient prédit exactement ce que la Tunisie vit depuis 2012.

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En effet, la vie politique et économique de la Tunisie est depuis cette date entre les mains de différents lobbies. Certains, comme les contrebandiers, existaient et se sont renforcés et fortifiés. D’autres, avant la révolution utilisés comme des vaches à lait de l’ancien régime, se sont réveillés après avoir un temps, sous la révolution, été extorqués et même politiquement rackettés, et ont décidé de faire entendre le bruit de leur argent dans les différents couloirs du pouvoir. Mais «pas que».

Désormais en effet, toutes les corporations, professionnelles ou syndicales, reprennent conscience de leur poids dans un paysage sociopolitique où la société civile pèse de plus en plus. Les juges reprennent du poil de la bête et essaient d’instaurer une «République des juges», les professions libérales retrouvent aussi le goût du pouvoir de leur argent et de l’utiliser pour barricader encore plus leurs richesses dans un pays où la misère devient plus visible et où, surtout, l’Etat rend publique son incapacité à pouvoir donner à tout le monde ce qu’il demande et son incapacité même à payer des salaires qui deviennent un handicap à son développement en l’absence de croissance.

La révolution a, en effet, donné naissance à de nouvelles castes d’intouchables. Des groupes de pression et des corporations professionnelles qui se barricadent, chacun dans sa propre logique, économique et sociétale, et défendent chacun ses intérêts propres refusant de tenir compte de celle de l’Etat, de sa raison, de ses besoins, de ses droits et devoirs envers tous ses citoyens, quelles que soient leurs positions sociales. Il en a, par exemple, ainsi été des enseignants qui ont usé et abusé de la grève jusqu’à avoir en deux ans ce qu’ils n’avaient pas pris en plusieurs années. Il en est ainsi des médecins qui ont refusé de payer la TVA et ont fini par imposer à l’Etat un statut fiscal qui leur est propre. Il en est ainsi, depuis quelques jours, des avocats qui refusent de payer l’impôt comme tout le monde, demandent un seul petit impôt libératoire, revendiquent une amnistie et d’être tenus en dehors de tout contrôle ou redressement fiscal. Ce sont là seulement quelques unes des nouvelles castes socioprofessionnelles qui se veulent intouchables, au risque de faire grève et mettre en péril toute une économie.

L’Etat de l’après révolution n’a plus d’argent et peu de ses citoyens consentent à payer les impôts qui sont sa seule source de revenus. L’Etat s’endette dans l’indifférence de toutes ses composantes, tant que chacun y trouve son compte à titre individuel. Seuls les gouvernements se débattent «dans la merde» et battent, seuls, le pavé à la recherche d’aides et de crédit, pour une population qui refuse pourtant de croire que l’Etat est au bord de la banqueroute.

Vainement, l’Etat, désormais affaibli, sans aucune autorité que celle des fauteuils de ses bureaux, essaie de mobiliser ses besoins en argent en interne. Tout le monde reste cependant sourd à ses appels, des pieds, des mains et même de la voix. Chacune de ces nouvelles castes renvoie le gouvernement vers l’autre et lui enjoint de commencer d’abord par l’autre. Et tout le monde rappelle à un gouvernement, impuissant, démuni, les autres sources d’argent dont il sait pourtant qu’elles sont tout aussi intouchables que lui. Récupérer les impayés de l’Etat ou ramasser les fortunes des contrebandiers n’est pas une mission aussi facile que les autres le disent, car demandant du temps et des moyens que l’Etat n’a pas pour l’instant, et requiert une conjoncture où le travail et la croissance reprennent ce qui n’est jusque-là pas le cas.

En Tunisie, l’Etat est depuis 2012 la proie de tous ceux qui volent, confisquent, refusent de faire leurs devoirs et demandent, assis les bras croisés, tout et maintenant !

 

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