Le début de l’été est généralement la période des nouvelles ouvertures de lignes pour Tunisair. En pareille période de l’année dernière 2013 (mois d’avril), la compagnie tunisienne de transport aérien avait ouvert sa première agence dans la capitale du Burkina-Faso «Ouagadougou». Depuis, cette desserte en seconde touchée pour la ligne Tunis-Bamako, augmente juste le taux de remplissage de l’avion et n’arrive toujours pas à passer dans le vert du bénéfice. Tunisair n’aurait pas ouvert cette ligne, les voix se seraient élevées, comme d’habitude, pour fustiger le manque d’audace commerciale d’une compagnie qui n’arrive toujours pas à trouver ses équilibres financiers.
Début juin de cette année, le transporteur national tunisien se décide à tenter l’aventure irakienne. Il choisira, pourtant ou heureusement, la ville d’Erbil, capitale du Kurdistan irakien, îlot de sécurité dans un Irak toujours en guerre. Dès le 22 avril, l’ancien PDG de la compagnie signait un contrat avec un TO de la place. La démarche est judicieuse et la place semble prometteuse. Erbil, c’est, en effet, plus de 15 Malls, des centaines d’hôtels de toutes les catégories pour les Irakiens et les Iraniens et une place forte commerciale turque dans toute la région. Tunisair avait cependant oublié le différend politique entre l’Irak et son Kurdistan et ne semble pas avoir auparavant discuté avec les autorités irakiennes de cette ligne qui se dessinait un joyeux avenir et se voyait, selon l’étude de rentabilité, bénéficiaire dès la première année. Comme pour Ouagadougou, Tunisair avait à l’occasion accompagné une cinquantaine d’hommes d’affaires, conduits par Abdellatif Hamam, PDG du Cepex (Centre de promotion des exportations). Comme à Ouagadougou, le premier écueil se révèle être la question du visa. Pour Erbil, cela commence même, sensibilités politiques obligent, à l’ambassade d’Irak en Tunisie. La représentation diplomatique irakienne exige le paiement du visa pour sa province autonome en Dollars américains et non pas comme pour le reste de tous les visas étrangers qui sont payés en Dinar tunisien.
En contact direct avec les opérateurs de la ville, où une chambre dans un hôtel de 4 étoiles valait 430 USD la nuit en LPD, où tout se négociait en milliers et où mille Dinars irakiens ne valent que 1,4 DT (même pas le prix d’une petite course dans un taxi sans compteur), la question du visa revient en leitmotive. «Faites comme la Turquie et on remplira vos avions», nous disait un TO rencontré à la soirée de lancement dans un site qui, comme tous les hôtels touristiques, manque cruellement de qualité de service et qui accueillerait bien un centre de formation hôtelière tunisien, comme en a demandé un responsable kurde présent. «Nos concitoyens veulent, désormais, autre chose que les marchandises turques, iraniennes et chinoises et le tourisme, certes plus sécurisé à Erbil, vers d’autres contrées», nous dit un Kurde vivant en Hollande rencontré, à la nuit tombante, sur la terrasse d’un café au pied de la célèbre Tour historique de Salaheddine à Erbil.
Désormais plaque tournante de tout le tourisme irakien vers toute l’Europe, la Turquie octroie ses visas à l’aéroport même. Potentiellement, Hub du tourisme irakien vers l’Europe de tous leurs désirs et partenaire commercial de ses riches hommes d’affaires, la Tunisie met des semaines à en accorder. C’est en effet le Consul de Tunisie à Bagdad qui signe les visas, après accord de Tunis. Il faudra ensuite, pour les Erbilis, que le fameux Sésame remonte une route de tous les dangers.
A certains égards, il semblerait presque que Tunisair choisisse ses nouvelles destinations sans aucune concertation avec son actionnaire majoritaire qu’est l’Etat tunisien. Il semblerait pourtant, selon des responsables de la compagnie, que cela se fasse au sein d’une commission mixte où les ministères tunisiens des affaires étrangères et de l’Intérieur soient présents. Il n’en demeure pas moins que la Tunisie qui accueille déjà 2 millions de Libyens, un pays où l’ennemi juré de la Tunisie Ansar Asharia est fortement implanté, refuse le visa à un pays comme le Burkina-Faso où, rien que les services médicaux et les services universitaires, pourraient rapporter des millions de Dinars. La Tunisie lésine à octroyer des visa à des Erbilis qui ne demandent qu’à changer d’air et à acheter ce que la Tunisie produit pour l’Europe et y vend. La porte-parole de Tunisair, nous indique en, tout cas, «qu’il y aura ouverture d’une antenne du consulat tunisien à Erbil et que le visa y sera accordé dans les 48 heures». A l’entendre aussi, Tunisair compterait sur le flux qu’elle pourrait développer en transit vers l’Europe notamment.
Reste à parler de cette histoire d’annulation de la desserte d’Erbil, une journée à peine après l’avoir annoncée en grande pompe et en présence des médias des deux pays. Le contrat a été signé avec le TO local, depuis avril dernier. Ce dernier «s’était engagé sur 55 bloc-sièges par vol qu’il paiera quel que soit le taux de remplissage, avec une variation de 10 % ». Mais la porte-parole de Tunisair n’excluait pas, dans un entretien téléphonique avec Africanmanager, que «ce nombre soit réduit, le vol ayant été commercialisé un peu tard, mais le contrat est là », nous dit Imen Amara qui nous confirme que «l’étude montre que cette ligne sera bénéficiaire dès la première année» et affirme que le vol du 5 juin était déjà rempli à 130 personnes pour un total de 150 sièges.
Une cinquantaine d’hommes d’affaires ont accompagné le vol inaugural, auquel étaient présents le DG du Cepex et la nouvelle PDG de Tunisair fraîchement débarquée de son fauteuil de DG au ministère de l’industrie. Leur présence et les différents entretiens qu’ils ont pu avoir avec les ministres concernés du Kurdistan Irakien, ne sauraient avoir aucun sens sans la desserte vers Erbil.
La porte parole de Tunisair, Imen Amara, a en tout cas vite fait d’infirmer toute intention de Tunisair d’arrêter la desserte ou de fermer le nouveau bureau de Tunisair à Irbil, inauguré en fanfare le 4 juin 2014. Tout au plus, Tunisair penserait réduire la liaison à une seule desserte par semaine. Une décision qui pourrait être expliquée par l’imminence du mois sacré du Ramadan.








