AccueilChiffreMehdi Jomâa parviendra-t-il à vaincre les caprices des politiciens ?

Mehdi Jomâa parviendra-t-il à vaincre les caprices des politiciens ?

Depuis sa désignation, le 10 janvier 2014, Mehdi Jomâa a donné de lui l’image de quelqu’un qui sait ce qu’il veut .Avant même son investiture, il a affiché sa détermination et a eu gain de cause sur deux dossiers importants. D’abord, il a tenu à maintenir Lotfi Ben Jeddou au ministère de l’Intérieur, ensuite il a refusé que la confiance lui soit retirée à la majorité absolue (50%+1).

Le jour de son investiture, il a voulu rassurer l’ANC sur son ouverture à une probable révision de toute nomination qui ne réponde pas aux trois normes établies pour le choix des ministres (indépendance, compétence et probité), mais a défendu de manière claire ses prérogatives comme seul maître à bord, et pris fait et cause pour ses ministres du Tourisme et de la Justice qui étaient dans la ligne de mire de quelques députés et des réseaux sociaux qui leur sont proches.

Les observateurs ont vite compris , au regard de ses autres positions , que l’attitude du nouveau chef du gouvernement n’était pas un entêtement gratuit , mais relevait d’une démarche globale qui vise à amener le pays vers la stabilité , le calme social , la concorde nationale et le rétablissement de la valeur du travail et des normes de l’efficacité , préalables à la réussite des élections .

Le terme de la concorde nationale qui devrait être le mot d’ordre de sa gouvernance, Mehdi Jomâa l’a utilisé, à deux reprises, dans son discours d’investiture, une fois au début et une fois à la fin du speech, mais l’efficacité économique a été abordée sous plusieurs angles.

Le cercle vicieux de la hausse vertigineuse des prix et des salaires qui a réduit l’Etat au statut d’un financier des spéculateurs et des contrebandiers via la caisse de compensation alimentée par l’endettement extérieur, doit être brisé dans les brefs délais .L’endettement doit servir à l’investissement et non à la consommation. Les grands projets bloqués doivent être réactivés afin de booster le développement dans les régions et donner de l’espoir à une jeunesse qui a trop attendu sans avoir rien vu venir depuis trois ans. Le calme doit revenir au bassin minier pour permettre à la région de Gafsa de reprendre sa place dans la dynamique de développement du pays. Il faut également rétablir, et au plus vite, la valeur du travail et le postulat selon lequel l’emploi ne peut être généré que par l’investissement et la création des richesses, ainsi que la nécessaire instauration d’un climat social basé sur la concertation et le dialogue.

Ces orientations doivent s’articuler dans une dynamique politique globale qui consiste à engager le démarrage des travaux de l’Instance de la Vérité et de la Dignité, la liquidation des affaires des martyrs et des blessés de la Révolution sur les plans judiciaire et institutionnel et la dissolution des Ligues de la Protection de la Révolution(LPR).

Mehdi Jomâa ne s’est pas attardé sur le lourd héritage économique , social et sécuritaire légué par la troïka , se contentant d’évoquer passagèrement les orientations qui unissent les Tunisiens , à l’instar de la lutte contre le terrorisme , mais a tenu à dresser un tableau complet de la complexité institutionnelle du moment .

L’ANC qui se dit toujours seule source de la légitimité, Mehdi Jomâa lui assure qu’il n’a pour seuls appuis que la Constituante et le peuple tunisien ; au Quartet qui parraine toujours le Dialogue National, il se montre disposé à l’accompagner jusqu’à l’échéance électorale. A l’endroit de l’ISIE, il affiche sa disposition à lui procurer tout ce dont elle a besoin, mais lui laisse le soin de fixer en exclusivité l’agenda et les modalités des élections.

Edifié par son expérience de ministre , et peut-être par la séance d’investiture qui lui a donné une idée sur les caprices et les comportements excessifs des dirigeants politiques , Mehdi Jomâa , le technicien apolitique a fait jusque là comme si la Tunisie n’était pas le pays où pullulaient les partis politiques , et a l’air d’omettre que ces formations politiques ne reculent devant rien pour faire passer leurs revendications quitte à mettre en danger le processus de transition tout entier . La question, donc, se pose en ces termes : est-ce qu’il finira par avoir raison de ces velléités partisanes ou sera-t-il vaincu par ceux-là mêmes qu’il pensait vaincre ?

Aboussaoud Hmidi

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