Déjà débordés par le “Massacre à la Tronçonneuse”…

Déjà débordés par le “Massacre à la Tronçonneuse”…

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Le scrutin présidentiel risque de se jouer dans un mouchoir de poche tant l’offre est pléthorique, tant l’espace à se partager est menu – à cause de la forte abstention prédite par les derniers sondages – et tant les profils des candidats sont proches. Quand on prend le large éventail des candidats dudit camp progressiste, il est impossible de démêler, dans le fond, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, de ses anciens, ex ou futurs ex-ministres : Abdelkrim Zbidi, Selma Elloumi, Néji Jalloul ou encore Saïd Aïdi. Idem quand on déplace le curseur sur l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa : Aucune divergence notable avec Chahed sur des sujets clés. Ce qui reste ce sont des différences de posture qui ne touchent en rien l’essentiel. Les progressistes auraient pu faire l’économie de toutes ces candidatures en s’accordant sur un ou deux noms, ils n’en auront pas la sagesse, et forcément ça affaiblira celui qui émergera du 1er tour. Les candidats du camp islamiste ont exactement le même problème : Abdelfattah Mourou, Hamadi Jebali et Hatem Boulabiar, plus l’ex-chef de l’Etat Moncef Marzouki. Et tous mangent dans le même râtelier, d’ailleurs les parrainages des députés d’Ennahdha le démontrent. Pareil dans la gauche dite extrême, le “défunt” Front Populaire, entre Mongi Rahoui et Hamma Hammami, bonnet blanc et blanc bonnet. Pour le reste, c’est cauchemars en perspective pour l’ISIE et pour les électeurs…

Le peu de crédit qui reste aux hommes et femmes politiques fait qu’il va falloir batailler pour en imposer, pour sortir du lot. Si on y ajoute le prestige et les honneurs qui couvrent le fauteuil du palais de Carthage, il ne fait point de doute que les coups échangés par les challengers seront violents. Les joutes ont d’ailleurs commencé bien avant la période électorale officielle, et personne ne semble s’en offusquer. Zbidi ne s’est pas gêné outre mesure pour “donner le la” de la campagne électorale avant la date officielle en pondant un programme électoral carabiné. Bon, on passe sur la faisabilité de son projet qui a l’ambition de nous faire basculer dans une autre République, nous on s’arrête sur cette auto-publicité politique qui n’est pas censée se faire maintenant. Mais puisque l’ISIE et la HAICA ne semblent pas être heurtées outre mesure, circulons…

Du reste Zbidi n’est pas le premier à enfourcher son cheval, en la matière Nabil Karoui a une bonne longue d’avance. Il a commencé il y a belle lurette ses longues tirades dans la presse, sur la République vertueuse et le modèle social et sociétal qu’il veut instaurer une fois élu. La HAICA avait crié à la publicité politique mais ce sont surtout les infractions et irrégularités de Karoui liées à son autorisation de diffuser qui intéressaient le gendarme des médias. Quant à l’ISIE, elle avait d’autres chats à fouetter manifestement. L’homme d’affaires vient d’en remettre une louche, très subtilement cette fois, en faisant une virée très politique dans les mausolées du pays. Bon, la mayonnaise n’a pas pris auprès des citoyens-électeurs, semble-t-il, mais on peut compter sur lui pour essayer autre chose dans les jours à venir…

La dernière sortie de Chahed n’est pas mal non plus, lui qui est en campagne électorale permanente, dans tous les actes qu’il pose au quotidien, de par sa fonction. Certes l’ISIE et la HAICA ne peuvent rien faire face à ce casse-tête de chef du gouvernement-candidat, à part l’empêcher de sortir du palais de la Kasbah et de faire le moindre mouvement; mais par contre elles pouvaient au moins recadrer les choses après son discours de campagne servi lors du dépôt de sa candidature. Un discours taillé pour régler des comptes avec son ancien camp et même son ancien mentor, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, mais surtout pour théoriser le nouveau moule présidentiel. Si ça ce n’est pas un exposé de campagne électorale avant l’heure, on ne sait pas ce que c’est !

Dans le genre Mehdi Jomaa et Saïd Aïdi ont fait plus soft, mais personne n’est dupe : Eux aussi ont dépassé le stade des starting-blocks et se sont déjà lancés. Jomaa pour le moment déblaye le terrain, avec tous ces sujets brûlants qui lui collent aux basques; donc l’urgence c’est d’éteindre tous ces feux avant qu’ils ne lui reviennent à la figure durant sa campagne électorale. Aïdi, drapé avec son statut de politicien nickel, “propre”, lui qui a refusé d’être un ministre-figurant aux côtés de Chahed, a fait plus fort dans la démagogie et le populisme – Mohsen Marzouk également – en surfant sur la crise de l’eau pendant la fête de l’Aïd. Les oreilles de Chahed ont sifflé, mais c’est de bonne guerre pour ses adversaires, en attendant les ripostes du chef du gouvernement, qui n’est pas maladroit en la matière. Et il sera aidé en cela par une faiblesse notoire de Aïdi, en dépit de toutes ses qualités indéniables : Il a tendance à s’absenter, à se terrer, à se murer dans le silence, quand les autres s’activent, même si c’est pour brasser du vent le plus souvent…

On n’aimerait pas être à la place des membres de l’ISIE et de la HAICA, qui vont devoir monter au front, se coltiner tout cela et arbitrer tous ces excités. A moins qu’ils choisissent le plus souvent la solution de facilité pour pouvoir s’offrir quelques heures de sommeil : Faire semblant de ne rien voir, de ne rien entendre, ce qui n’est pas nouveau pour certains d’entre eux…

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