Tout compte fait, il a mieux fait d’improviser, même à partir de notes. La déception aurait été plus grande, si le chef du gouvernement tunisien avait lu les 29 pages qui avaient été préparées pour les journalistes présents à sa conférence de presse, diffusée en direct, tant le document regorgeait de ce qui pouvait apparaître comme une simple fanfaronnade. Dans son exercice d’improvisation, Jomaa a quelque peu sauvé la mise par les quelques bribes de détails, donnés sur son action pour mener à bien sa mission principale qui est de conduire la Tunisie vers les prochaines élections.
Un véritable «livre blanc » que ce document, relatant fièrement les 119 réalisations, dans tous les secteurs de la vie d’un gouvernement, en seulement 100 jours de gouvernement à la Mehdi Jomaa.
Prenons juste, pour l’exemple, les «principales réalisations au cours des 100 jours» dans le domaine du suivi des affaires économiques, comme les désigne le document de la Primature. Elles se résument en une page et cinq mesures. Aucune parmi ces 5 mesures ne parle d’un projet, d’une décision pratique ou stratégique. Jugez-en : «Mise en place du programme du gouvernement et création d’une Task Force», «création d’un comité mixte… », «Définition d’une orientation (…), préparation d’une cartographie des réformes (…), mise en place d’une structure chargée de l’étude (…), mise en place d’un groupe de travail ministériel de suivi (…) et suivi des grands projets». Que ceux qui voient, comme pas nous, la trace d’une action, d’une initiative concrète, d’une décision à caractère économique, nous jettent la pierre !
Légèrement, trop légèrement plus concret, pourrait être le bilan des 100 jours du ministre de l’Economie et des Finances, Hakim Hammouda. «La présentation, [ndlr : en juin prochain] de la loi des finances complémentaire devant l’ANC [ndlr : De là à ce qu’elle l’adopte, la poule pourrait bien avoir des dents] sans aucune autre forme de détail dans le texte, la baisse de 10 % des dépenses de gestion dans le budget de l’Etat (ndlr : 1,7 milliard DT si on sait que le total des dépenses de gestion pour 2014 est de 17.750 MDT et sans qu’on sache si Marzouki suivra et quoi d’autre, à part les bons d’essence et les voitures de fonction où l’économie est presque dérisoire),100 MDT pour les entreprises en difficultés et 30 MDT pour la création de projets personnels » et, de nouveau, le caractère laconique d’une «création d’un groupe de travail chargé du dossier de l’investissement régional et la mise au point d’un ensemble de mesures pour dynamiser le marché financier». Là aussi, il faudra, peut-être, que «la poule attende que les grains lui parviennent de Béja» comme dirait le proverbe tunisien qui signifie la longue période que cela pourrait prendre alors que tout le monde ne parle plus que d’élections dont personne ne connaît encore la date précise.
Enfin, le ministère de l’Economie et des Finances annonce avoir «accompli la vision stratégique du redressement du secteur bancaire, l’accélération des travaux de révision du système fiscal et le démarrage des travaux du projet d’une nouvelle vision économique». On remarquera, à juste titre, qu’il s’agit là de première mouture et peut-être pas même, mais de vision stratégique. Cela veut dire des mesures qui doivent s’inscrire dans le long terme et, on ne l’espère pas, peut-être même dans le très long terme. Il ne s’agit pas là de pessimisme, mais de perspicacité et de réalisme. En effet, de là à ce que tout cela ait un sens concret et se traduise dans des mesures palpables et qui réussissent à remporter le consensus de toutes les parties, économique, syndicale et politique, la poule aura certainement de sérieuses chances d’avoir des dents.
Ce qui est, pourtant, plus à retenir, c’est cette certitude qui se dégage autant du discours du chef du gouvernement que de son «livre blanc», qu’il est inutile de réagir à une situation, économique et surtout financière du pays, nettement dégradée. Mehdi Jomaa aurait enfin compris qu’il ne pourra sortir cette situation de l’ornière que par des réformes stratégiques et structurelles. C’est pour cela qu’il parle, sans oublier le saupoudrage de quelques millions DT (130 MDT pour les entreprises en difficultés et les projets personnels), de vision stratégique pour le rôle des banques, de réforme fiscale et en définitive d’un nouveau modèle de croissance comme le dira plus directement le chef du gouvernement, lors de sa conférence de presse.
Tout cela mène, irrévocablement, à dire que les 100 jours de Mehdi Jomaa à la tête du 5ème gouvernement de la transition tunisienne, lui auront tout simplement servi à bien auditer l’état des lieux et à imaginer les formules possibles de sortie de crise. Des formules, cependant, qu’il ne pourra mettre en exécution qu’après accord au moins du Quartet et ensuite de l’ANC. De là vient l’évocation du Dialogue Economique National. Tout ceci nous ramène à dire que les perspectives d’un redressement, rapide, de la situation économique tunisienne, n’est pas pour les mois à venir. Le léger contenu du «livre blanc» des 100 jours de Mehdi Jomaa à la Kasbah, le confirmerait presque. Les handicaps majeurs de Jomaa qui ne le sait que trop bien, est le refus du travail de la grande partie du peuple qu’il gouverne, sa désastreuse productivité et ses incessantes demande de redistribution de richesses qu’il ne crée plus depuis sa révolution !
Khaled Boumiza.








