« En Tunisie, l’amélioration des fondamentaux reste tributaire du démarrage des réformes structurelles. Ainsi, l’incertitude réside dans le degré d’adhésion d’une population, épuisée par la détérioration de son pouvoir d’achat, à des réformes douloureuses, mais incontournables ». C’est ce qui ressort de l’étude réalisée par l’intermédiaire en Bourse MAC SA sous le titre : « Des signes d’amélioration mais la prudence reste de mise ». Un document préparé par l’economiste auprés de MAC sa, Moez Labidi.
Du côté de la balance courante, l’étude a noté que la situation reste préoccupante, surtout avec un déficit de 8% du PIB depuis deux ans. Le recul des IDE et le tarissement des réserves de change, dépassant à peine les trois mois d’importation (95 jours), expliquent les pressions qui s’exercent sur les paiements extérieurs. Les résultats enregistrés au premier trimestre 2014 sont très inquiétants, avec un déficit commercial qui ne cesse de se creuser, 3290.3 MD en T1 2014 contre 2 418.9 MD en 2013 sur la même période.
S’agissant des finances publiques, les difficultés du bouclage du budget 2014 alimentent le débat économique en Tunisie, avec un besoin estimé à 13 milliards de dinars. La situation est devenue embarrassante pour les autorités tunisiennes, surtout que la note souveraine n’arrive pas à s’extirper de la catégorie « Speculative grade ».
« La thèse de la faillite de l’Etat… »
Aujourd’hui, le hic est du côté du financement extérieur. Les autorités tunisiennes misent sur des garanties américaines et japonaises pour desserrer la contrainte de financement. Les besoins énormes en devises, résultant du creusement du déficit courant, limitent la portée de l’emprunt obligataire national, programmé pour la fin du mois de mai. Un emprunt de 500 MD.
Selon l’étude, la « thèse de la faillite de l’Etat», qui a même réussi à trouver des adeptes au sein de la nouvelle équipe gouvernementale, pourrait freiner l’enthousiasme des souscripteurs aux émissions du Trésor.
De même, les risques d’un effet d’éviction (crowding-out effect) sur l’investissement privé inquiètent les observateurs, surtout avec l’assèchement de la liquidité bancaire, et le recours quotidien des établissements de crédit au guichet de la BCT pour combler leur manque de dépôts.
En effet, sur le front monétaire, la montée des besoins en liquidités des banques n’a cessé de croître. D’où la flambée du volume de refinancement auprès de la BCT, qui dépasse aujourd’hui les 5 mds de dinars (5 031 MD le 22 avril).
L’étude a révélé, toutefois, l’existence de bonnes nouvelles et des bons signes qui se dessinent du côté du secteur agricole qui devrait rebondir en 2014. L’économie tunisienne pourrait bénéficier, de ce fait, de la reprise économique qui se profile dans la zone euro.
Il y a aussi le trend baissier de l’inflation, qui attend une confirmation avec les prochains mois. De 6 % en décembre 2013, l’inflation a chuté à 5 % en mars 2014, mais, la prudence reste de mise tant que la barre de 4% n’est pas encore franchie.
Côté mauvaises nouvelles, l’étude a noté la faiblesse de l’investissement qui devient de plus en plus inquiétante pour les fondamentaux de l’économie. Elle prend racine dans plusieurs facteurs, notamment l’incertitude électorale, le retard pris dans la révision de la loi des finances, et la finalisation du code d’investissement.
S’agissant du cours du dinar sur le marché de change, l’étude a noté la résistance de la monnaie tunisienne à la barre de 2.200 dinars pour un euro. Rappelons que, contrairement à une thèse très répandue dans certains milieux d’affaires, la dépréciation du dinar ne pourrait pas être d’un grand secours pour le solde courant. Surtout lorsque les exportations continuent de peiner, au niveau interne, à cause des perturbations dans le cycle productif de certaines grandes entreprises publiques, et au niveau externe, à cause de la lenteur de la reprise européenne.
« Tout se joue au deuxième trimestre de l’année 2014 »
Le manque de visibilité et la lenteur des réformes pourraient peser sur la confiance des investisseurs et affecter les fondamentaux économiques. En évitant toute réforme courageuse et en laissant filer la dette, la « crise de liquidité » pourrait alors se muer en « crise de solvabilité ».
Il est urgent, selon l’étude de MAC sa, que le débat national démarre sur des bases solides, loin des calculs politiques et des revendications démesurées, parfois plus politiciennes que sociales, pour permettre à la Tunisie de renouer au plus vite avec une croissance inclusive. L’audace paie en la matière : « Le Tunisien est rassasié de débats stériles. Il a soif de solutions efficaces ».
« L’amélioration des fondamentaux économiques reste suspendue à la capacité du nouveau gouvernement à arracher un consensus solide, lui permettant de démarrer les réformes les plus courageuses, et d’éviter de sombrer dans un cycle interminable de diagnostics et de « conférences nationales ». Tout se joue au deuxième trimestre de l’année 2014. Car, les futures élections législatives et présidentielles vont certainement alimenter l’incertitude et l’attentisme des investisseurs nationaux et étrangers, ce qui pèsera sur l’activité économique du deuxième semestre de l’année. L’audace est donc de mise », a souligné l’étude.
K.H.








