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Ali Laarayedh démissionne avec, en prime, une bombe à retardement pour son successeur!

Jusque-là, les engagements découlant de la feuille de route tiennent : L’ISIE a été élue dans le cadre d’un consensus évident, l’adoption des articles de la constitution s’accélère, et Ali Laârayedh vient de présenter sa démission à Moncef Marzouki, qui l’a chargé d’expédier les affaires courantes en attendant la formation du prochain gouvernement de Mehdi Jomaâ.

Le chef du gouvernement sortant, qui en a fait l’annonce , jeudi après-midi ,a exprimé l’espoir que la Tunisie sera ainsi un modèle de transition démocratique . Tout semble, donc, aller pour le mieux dans le meilleur des mondes .

Mais en élargissant l’angle de vue , on s’aperçoit que le tableau n’est pas si immaculé que cela . D’abord, les états financiers du pays sont dans une situation déplorable. Ne pouvant le cacher, Elyès Fakhfakh l’a justement utilisé comme argument pour expliquer , mercredi , le refus du gouvernement de revenir sur la redevance sur les véhicules .La situation économique est caractérisée par des déséquilibres financiers aigus, dit-il , en insistant sur le fait que ces redevances permettent d’éviter une éventuelle hausse des prix du carburant , qui affectera cruellement le système de production et le niveau de vie du citoyen .

Ensuite, la situation sociale est explosive du fait des protestations qui se généralisent dans toutes les régions, avec un grand risque de leur exploitation par le terrorisme, la délinquance et les courants extrémistes. D’ailleurs, Ali Lâarayedh a expliqué par cette nouvelle donne sa décision de suspendre l’application de la redevance, donnant l’image d’un gouvernement qui se déjuge en moins de 24 heures ,en se référant dans chaque décision à un élément de cette même réalité .

Le secteur de la santé est confronté, lui aussi , à une situation inédite, et le corps médical est uni pour dire non au ministre de la Santé , qui tient à passer une loi sur le travail obligatoire des médecins dans les régions intérieures .La dernière offre avancée par Abdellatif Mekki pour un moratoire de quelques mois et une application partielle de la loi , a été repoussée sèchement, par le syndicat des médecins résidents et internes .

Ces trois grands dossiers, s’ajoutant à plusieurs autres en suspens, ceux du secteur des phosphates, du développement des régions intérieures, du chômage endémique, donnent une idée sur les difficultés qui attendent le nouveau gouvernement de Mehdi Jomâa, dans les semaines et peut-être les mois à venir.

Il est tout de même légitime de se poser la question : pourquoi le gouvernement sortant va-t-il laisser à son successeur un si lourd legs, malgré le temps relativement long de son exercice, et la légitimité dont il bénéficiait ?

La troïka s’est dépensée, depuis qu’elle a accédé au pouvoir, dans des démarches infructueuses. Durant la première année (2012), la coalition a essayé de mettre en place un arsenal juridique et institutionnel pour empêcher l’émergence de forces centristes sur la scène politique, capables d’instaurer un équilibre dans la scène politique : création des Ligues de la Protection de la Révolution (LPR) , proposition d’une loi pour l’exclusion politique , entretien de rapports flous avec l’extrémisme religieux et même le terrorisme . Avec l’attaque du consulat libyen à Benghazi , l’assassinat de l’Ambassadeur américain en Libye , l’attaque de l’Ambassade américaine à Tunis , en septembre 2012 et l’assassinat de Chokri Belaid et Mohammed Brahmi respectivement, en février et juillet 2013 , Ennahdha et sa coalition se sont aperçues qu’ils sont en train de prêcher dans le désert , et qu’ils ont perdu un temps précieux sans prendre la moindre mesure pour trouver des réponses aux attentes de la jeunesse des régions intérieures . Evidemment, les arguments fallacieux véhiculant des accusations à l’endroit des organisations sociales et de l’opposition de ne pas avoir laissé le gouvernement travailler, ont été battus en brèche. Il ne restait plus aux partis de la troïka, de plus en plus isolés, qu’à chercher des échappatoires à l’approche des échéances électorales : le CPR se dissocie carrément d’Ennahdha , Ettakattol mène une guérilla contre le parti islamiste dans les institutions de l’Etat et à l’ANC , le parti Ennahdha verse dans le populisme en proposant des lois sur la finance islamique , une loi sur l’affectation obligatoire des jeunes médecins dans les régions intérieures , et en poussant Hizb Ettahrir , le parti salafiste le Front de la Réforme et la chaîne Ezzaytouna à faire miroiter aux Tunisiens que le pays nage sur un océan de pétrole . Et pour garantir un semblant d’équilibre budgétaire, ses députés proposent ces redevances.

Mais lorsque le piège s’est refermé, aux premiers jours de l’application de la loi des finances 2014, tout le monde s’est aperçu que ces éléments ne peuvent constituer un bilan d’exercice honorable et encore moins le canevas d’un discours convaincant pour les prochaines échéances électorales .

Aboussaoud Hmidi

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