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lundi 1 juin 2020
Accueil Environnement Massacre à la tronçonneuse : Des centaines d’arbres partent en fumée….de charbon

Massacre à la tronçonneuse : Des centaines d’arbres partent en fumée….de charbon

Alors que les rues tunisiennes se vidaient et que les commerces fermaient à l’heure du couvre-feu décrété pour endiguer la pandémie du coronavirus, un carnage, cette fois-ci écologique, était perpétré sous le couvert de la nuit dans la belle région d’Ain Draham par  une bande de bûcherons illégaux. Durant deux nuits successives  au début du mois d’avril, les malfaiteurs ont  abattu 403 arbres d’une variété sylvicole connue sous le nom de chêne zéen, classée  espèce menacée par les Nations unies. Des arbres si rares et inestimables que certains d’entre eux ont plus de 300 ans. Ils ont été tous transformés en charbon de bois.

Depuis que la Tunisie est sous confinement, pas moins de 200 infractions au code  forestier ont été recensées, notamment des faits d’’exploitation forestière illicite, de construction non autorisée et de chasse dans les zones forestières. C’est dix fois plus que le nombre de cas à la même période de l’année dernière, a noté Mohamed Boufaroua, directeur général des forêts au ministère de l’Agriculture. Le couvre-feu  fournit une couverture aux bûcherons illégaux avec moins de personnes autour pour les prendre en flagrant délit, a-t-il précisé ajoutant qu' »ils (les bûcherons illégaux) veulent profiter de cette période de confinement ».

L’explosion de l’exploitation forestière illégale pourrait être due au lourd tribut économique que représentent les mesures de confinement. Les personnes qui ont perdu leur emploi pendant la période de confinement pourraient s’être tournées vers la production et la vente de charbon de bois comme source alternative de revenus, a expliqué Matt Herbert, analyste principal de l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, basée à Genève. Selon l’Organisation internationale du travail, près de 60 % des travailleurs tunisiens dépendent de l’emploi informel.

« La plupart des familles ne peuvent pas rester longtemps sans revenu, donc je pense que le déplacement – comme les travailleurs de la construction (sans emploi) qui abattent des arbres – se poursuit très certainement », a déclaré Herbert à la Fondation Thomson Reuters.

Des ressources en voie de disparition

Les forêts de chênes en Tunisie couvraient 140 000 hectares en 1970. Sur ce total, il y avait 10 000 hectares de chênes algériens, a déclaré  Boufaroua, ajoutant que beaucoup de ces espèces d’arbres ont été défrichées pendant la période coloniale, lorsque les Français ont utilisé ce bois robuste pour construire des chemins de fer et des toits de mines. Aujourd’hui, l’espèce est tombée à 8 350 hectares, a-t-il dit, sur 95 000 hectares de chêne au total.

L’abattage du chêne zéen est une infraction pénale en Tunisie, mais certains environnementalistes affirment que les autorités locales ferment souvent les yeux sur l’abattage illégal. « Il y a une odeur de complicité », a déclaré Ines Labiadh, responsable de la justice environnementale au Forum tunisien des droits économiques et sociaux. En évoquant l’incident de début avril, elle a noté que les bûcherons ont réussi à fermer une grande partie de la forêt et à couper les arbres sans être détectés.

Cependant, elle a ajouté que les gardes forestiers qui aident les exploitations forestières illégales ont souvent le sentiment de ne pas avoir le choix. « Ils sont victimes d’agressions et parfois ils sont inquiets pour leur vie et pour leur famille », a-t-elle dit. Les 5 150 gardes forestiers qui travaillent autour de la Tunisie ne sont pas suffisants pour couvrir les 5,6 millions d’hectares de forêt du pays, a-t-elle ajouté.

Crimes contre la Nature

Inès Labiadh, dont la recherche doctorale portait sur l’utilisation des ressources dans la région d’Ain Draham, a déclaré qu’il existe depuis longtemps un réseau pour le charbon de bois illégal, qui alimente l’exploitation forestière. Il s’agit généralement de couper les chênes et de produire le charbon dans la région, puis de le transporter vers d’autres villes du pays, a-t-elle dit.

Les bûcherons illégaux peuvent gagner jusqu’à 2 000 dinars par mois, soit plus du double du salaire moyen en Tunisie. « La forêt est une mine d’argent », a-t-elle déclaré.

Essia Guezzi, responsable du projet climat et énergie pour le groupe vert WWF-Afrique du Nord, a déclaré, pour sa part,  que l’abattage d’arbres qui a lieu actuellement ressemble à une répétition du boom de l’abattage illégal après la révolution de 2011.

A l’époque, le nombre d’affaires judiciaires liées à l’abattage d’arbres avait triplé en un an, pour atteindre 4 500, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. L’instabilité a conduit à des crimes contre la nature, a-t-elle  déclaré, notant que « la  même chose se produit maintenant, alors que toutes les autorités se concentrent sur la crise des coronavirus ».

Il importe quand même de souligner qu’un  nouveau chef d’arrondissement des forêts d’Ain Draham a été nommé, annonce un  communiqué publié, vendredi 8 mai 2020, par le ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche, précisant que cette décision intervient suite au limogeage de l’ancien chef de l’arrondissement des forêts d’Ain Draham Hamada Rzaigui,  neuf mois après  sa nomination.

Pour la direction générale de la forêt, l’ancien chef d’arrondissement ne s’est pas déplacé à temps sur les lieux après avoir été informé par les dépassements, ce qui a contribué à l’abattage d’avantage d’arbres et à la transformation du bois en charbon.

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