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Ce que je crois : Sauvetage, ou coup de grâce pour Tunisair ?

Force est de constater qu’il n’y a dans le secteur tunisien du transport, terrestre, ferroviaire ou maritime, aucune entreprise publique qui soit rentable, ou même tout simplement équilibrée. En 2018, les pertes des sociétés de transport terrestre cumulaient plus d’un Milliard DT, dont presque 915 MDT pour la seule Transtu. Des sociétés de transport terrestre, dont le poids, social et économique est nettement, et de loin, plus important.

Pour le ministre du Transport et de la logistique, qui ne connaitrait pas ces chiffres, dans le maritime des voyageurs, la compagnie tunisienne de navigation (CTN), le résultat d’exploitation était déjà déficitaire de plus de 4,6 MD, et ses fonds propres représentent désormais moins de 50 % du capital. Dans le ferroviaire, la situation financière de la SNCFT était déjà jugée catastrophique depuis 2016, avec un déficit de 71,5 MDT. On ne parlera pas de la situation, tout aussi catastrophique, de la STAM. De toutes ces entreprises, tout simplement bonnes à servir des salaires sans un bon service, le ministre du Transport ne veut pas s’occuper.

Pour Tunisair (déficit de 1,3 Milliard DT en 2017), le ministre Maarouf devrait en connaître plus que tout le monde à propos de cette entreprise, gérée par un militaire et dont les chiffres sont audités, vérifiés et contrevérifiés par deux commissaires aux comptes qui savent très bien ce qui les attend en justice s’ils ne déclaraient pas une quelconque dérive ou mauvaise gestion.

  • Pourquoi le dossier de Tunisair et non d’une autre, comme la Transtu, la SNCF ou la Stam ?

Pourquoi le ministre a-t-il choisi cette entreprise précisément, pour commencer si on le croit, son œuvre de réformes. A en croire ce qui se partage sur les réseaux sociaux, la réponse pourrait être évidente. En effet, rien ne va plus, rien n’irait plus entre le nouveau ministre d’Ennahdha et le pdg de Tunisair, qu’il voudrait renvoyer, depuis que Mnakbi a refusé de signer un papier demandant le renvoi de son secrétaire général à Tunisair. Le ministre aurait-il l’intention de le changer par un des siens ? On n’en sait rien. Mais le malaise entre les deux hommes est palpable, et le dernier séjour à l’hôpital militaire du pdg de Tunisair ne serait pas dû qu’au surmenage !

Il faudrait aussi, peut-être, rappeler au ministre que des plans de restructuration, financière et sociale du transporteur aérien officiel tunisien, il y en a eu plusieurs depuis la révolution. Le coût du dernier en date dépassait déjà le 1 Milliard DT, et aucun plan n’avait pu être mis en exécution par aucun de tous les gouvernements de l’après 2011. Tunisair avait aussi démontré, résultat positif de 80 MDT en juin 2019 à l’appui, qu’elle pouvait redevenir bénéficiaire, si l’actionnaire majoritaire qu’est l’Etat tunisien arrêtait de l’utiliser comme un outil pour sa politique en matière de transport aérien, avec des destinations imposées à tout bout de champ, et un poids insoutenable d’une masse salariale, où le simple fait d’un plan social devient objet de négociations ardues au plus haut niveau d’un gouvernement incapable de faire face au syndicat ouvrier, et de différents syndicats sectoriels de tous genres et aux demandes incessantes. Manifestement, le gouvernement Fakhfakh ne compterait pas déroger au gouvernement précédent qui avait dit à Tunisair qu’il n’avait pas l’agent pour la sauver

  • Sauvetage ou coup de grâce ?

Parlant dernièrement à la radio publique, le ministre du Transport a expliqué toute la campagne qu’il subit à cause de la voiture et de la maison, par un refus de son plan de restructuration. Ce dernier serait-il mieux que les 3 ou 4 précédents ? Apporterait-il de « nouvelles idées » que tous ses prédécesseurs n’avaient pas trouvées ? Il y en a pourtant une ; la laisser travailler hors des pressions politiques et tout simplement comme une entreprise commerciale, et non de service public. Auquel cas, le gouvernement devrait mettre la main à la poche et puiser dans le budget de l’Etat de quoi la sauver.

A l’ARP, et pas que, le ministre a donné une petite idée sur ce plan, l’appelant « mesures urgentes, pour arrêter l’hémorragie ». Il voudrait ainsi fermer toutes les antennes de Tunisair à l’étranger et même les bureaux commerciaux de la compagnie à l’intérieur. Certaines, à l’étranger, s’emploient pourtant déjà à préparer la reprise de l’après Coronavirus, à courtiser les TO et autres voyagistes. A l’intérieur, ces bureaux que le ministre voudrait tous fermer, rapporteraient pourtant plus d’un million DT à la compagnie. Et une compagnie sans points commerciaux, c’est une compagnie morte à l’heure de l’Open Sky. Pourquoi penser à ce type de mesures, alors qu’il n’a même pas encore, comme il l’a dit à la radio nationale, de scénarios pour cette restructuration ? Pourquoi le ministre n’a-t-il pas pris le problème par le bon bout, celui du plan social ? Ne se sentirait-il pas assez fort devant l’UGTT ? Ou voudrait-il simplement libérer des places ?

On n’en sait rien, mais la demande est étrange pour un responsable qui compterait remettre la pendule à zéro et payer des salaires à des cadres qui ne travailleront plus.

Etrange décision, alors qu’une compagnie privée comme Lufthansa « espère finaliser la semaine prochaine, avec les pouvoirs publics, un plan de sauvetage qui pourrait atteindre les 10 Milliards d’euros», pour faire face aux effets du Covid-19, rapporte Reuters. En France, l’entreprise de transport aérien Air-France KLM l’Etat ne détient que 14,3 %, « recevra 4 Milliards d’euros de prêts bancaires et une avance d’actionnaires de 3 Milliards d’euros » pour éviter la faillite à cause des effets du Covid-19, rapporte le Figaro. En Tunisie, l’Etat qui y détient 74,42 %, voudrait lui donner le coup de grâce.

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