Chahed-Taboubi : Cela ira mieux en le disant !

Chahed-Taboubi : Cela ira mieux en le disant !

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Peu en odeur de sainteté l’un auprès de l’autre, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, et le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, ont finalement pris le parti de se rencontrer. Pour un évènement, c’en fut un après de longs mois hérissés d’abord de coups feutrés, puis d’échanges plus ou moins peu amènes et enfin de diatribes quasi quotidiennes décochées par le patron de la centrale syndicale et ses lieutenants. Une atmosphère si délétère qu’elle interdisait toute discussion sur un large éventail de dossiers urgents et épineux sur fond de situation politique, économique et sociale franchement mauvaise, bien que des canaux de contacts aient été aléatoirement mis en place entre les entourages des deux hommes.

Le bon sens commande que ces retrouvailles soient le prologue à un dialogue débarrassé de cet amas d’a priori, résolument en prise sur la réalité et l’avenir, et dans le droit fil d’une conviction nécessairement commune de trouver un terrain d’entente. C’est à la faveur de cette convergence retrouvée que les problèmes majeurs pourront être abordés avec une diligence dont il va falloir convenir, et surtout dans l’intérêt bien compris des deux parties, et par-delà tout dans celui du pays.

La glace se rompt

En l’absence d’un communiqué signé des deux interlocuteurs, on a senti à travers les quelques propos, laconiques mais lénifiants, tenus par Youssef Chahed qu’un premier pas est en train d’être franchi dans cette direction. La rencontre « positive et franche » a permis un « accord sur la poursuite du dialogue et du consensus pour trouver des solutions pour les différents dossiers ». Le gouvernement a exposé sa position et les pressions des finances publiques auxquelles il fait face, alors que le secrétaire général de l’Organisation ouvrière a présenté son point de vue sur les négociations sociales, la loi des finances et le pouvoir d’achat de la classe moyenne et défavorisée. Surtout, l’UGTT a fait montre de meilleures dispositions à cet égard.

Ce qui est certain, c’est que la barrière psychologique a été en quelque sorte brisée, du moins ébréchée, pouvant donnant lieu à une articulation sur laquelle il faudra capitaliser pour liquider une partie du contentieux où le politique prend le dessus sur le social et le syndical avec le rituel des appels au départ du gouvernement et, à la clé, de virulents réquisitoires descendant en flammes sa politique et ses décisions. C’est sans doute sous cet angle que la glace devra être le plus rompue. L’UGTT gagnerait à se replier vers sa vocation historique et naturelle, celle d’une organisation fédératrice, prête à aller au charbon chaque fois que l’intérêt suprême de la Nation le lui dicte, sans y déroger en s’éternisant dans les sentiers battus de la politique, telle qu’elle est menée par les partis, s’attirant les foudres de l’opinion de l’opinion publique, sa lassitude et parfois sa dérision. Pour faire plus simple, la centrale syndicale se procurerait un crédit plus conséquent si elle se gardait de se mêler, toute la sainte journée, de politique sauf s’il arrive à cette dernière d’avoir des retombées sur le social, l’économique et la condition des travailleurs.

La ressource de tenir son rang

Incontestablement, l’UGTT a rang de partenaire majeur dont la contribution est essentielle non seulement dans l’instauration et le maintien de la paix sociale, mais aussi surtout dans la conception et la mise en œuvre du processus de développement, et elle l’a montré tout au long de son histoire et de son parcours. En parrainant entre autres le Dialogue national, elle s’est parée des plus insignes lauriers et administré la preuve qu’elle est capable d’avoir la ressource de répondre à l’appel du devoir. D’autant mieux qu’en agissant à bon escient et à l’enseigne de la cohésion nationale, elle aura tout loisir de défendre les droits de la classe laborieuse, participer au bien-être général, et tenir son rang en tant que cheville ouvrière de la dynamique de la croissance et l’équitable répartition de ses dividendes.

On ne peut pas soupçonner le gouvernement de ne pas être conscient de l’envergure de ce rôle sauf qu’il est en peine d’en tirer les conséquences qui vaillent, étant régulièrement aux prises avec d’énormes difficultés financières, qu’il met invariablement en avant pour laisser sans suite les revendications sociales que porte l’Organisation ouvrière. En en prenant acte sans dire les comprendre, cette dernière ouvre une petite porte qui pourrait déboucher sur une sorte de gentleman’s agreement fondateur d’une nouvelle page entre le pouvoir et le syndicat. Commencer à en parler, c’est déjà faire bouger les choses !

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