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dimanche 27 septembre 2020
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Diplomatie économique : Désuétude et archaïsme

Il l’avait dit lui-même pendant sa campagne électorale, le chef de l’Etat tunisien n’a pas de programme. Il a une idée. Personne ne la connaît, mais peu importe. Lui il connaît et ça lui suffit. Le chef de l’Etat a un droit de regard sur la diplomatie et la nomination du ministre auquel ce département sera confié. Et jusque-là, on croirait presque que Kais Saïed en abuse. Il avait renvoyé Khémaies Jhinaoui, alors dans un gouvernement déjà partant, pour on ne sait quelle raison. Il avait nommé Noureddine Erray, déjà diplomate depuis 1996, et le congédie pour on ne sait quelle raison. La diplomatie tunisienne n’a jamais été un département aussi instable que sous Kais Saïed. Deux ambassadeurs de la Tunisie auprès de l’ONU sont rappelés dans un délai de 6 mois l’un de l’autre, sans qu’on ne sache toujours pourquoi. La durée de vie dans un tel poste ressemble de plus en plus à celle des gouvernements depuis 2011. Ancien diplomate, Ahmed Ounaies s’en offusque et estime que « la présidence de la République fait du mal à la diplomatie tunisienne [ar] ».

L’instabilité qui caractérise désormais la diplomatie tunisienne fait beaucoup de mal à l’image de la Tunisie, un pays qui ambitionne de jouer un rôle, au moins régional, notamment sur le dossier libyen. Cela, d’autant plus que personne ne semble connaître l’idée que le chef de cette diplomatie s’en fait, ce qu’il voudrait en faire et comment voudrait-il y arriver. Quant à la diplomatie économique, tout aussi fortement impactée par l’instabilité et le manque de vision de la présidence de la République, il semblerait que le concept n’existerait pas pour lui. « Il n’y a pas de diplomatie économique en Tunisie … Nous avons dépassé les lignes rouges, et il est de mon devoir, en tant que président du TABC, de dire que, en tant que hommes et femmes d’affaires, nous avons été très négativement impactés par ce qui se passe dans le secteur diplomatique», témoigne Anis Jaziri président du TABC sur Shems Fm chez « Klem fil business ».

Et si ce concept de la diplomatie économique existait, le chef de l’Etat semble vouloir faire du neuf avec de vieilles, très vieilles méthodes. En effet, alors que le monde entier, ébranlé par la pandémie Covid, remet au centre presque tous ses modèles de fonctionnement économiques, notamment les stratégies de flux d’approvisionnement, celles de la sous-traitance, de délocalisations éloignées, celles de satellites économiques rapprochés, la Tunisie, par le biais de sa diplomatie, pense injecter dans ses ambassades des profils d’apparatchiks, d’administrateurs de la diplomatie en leur demandant de faire de la Diplomatie Economique.

La connaissance économique, comme toutes les connaissances d’ailleurs, est avant tout un stock, un vécu qui permet à son possesseur de comprendre, d’analyser, de prévoir et d’agir avant les autres. Cette stratégie de nos Affaires étrangères, passerait peut-être inaperçue, si des pays voisins n’ont pas fait le plein en termes de talents économiques et d’affaires en coiffant leurs représentations d’hommes et de femmes provenant directement du monde des affaires et de l’économie, soulignant, ainsi, la prédominance de l’économie dans leur vision du monde, notamment avec les pays de l’OCDE. Ainsi, des opérateurs économiques de renom, de banquiers de renom également, des stratèges issus de cabinets de consulting, des fins connaisseurs des tissus économiques et des liens intersectoriels, gouvernent aujourd’hui la stratégie de diplomatie économique de ces pays et ce dans toutes leurs chancelleries occidentales.

Résultat déjà pour le Maroc, le récent classement par l’Union Européenne du Royaume en partenaire privilégié et surtout un véritable trust des Investissements Directs Etrangers (IDE), source de création d’emplois et de croissance pour les années et les générations futures.

En Tunisie, nous regardons notre nombril en restant sur une diplomatie totalement désuète et archaïque que les nominations en cours fuitées, accentueront davantage. Alors de grâce, ne pénalisons pas encore notre pays en l’amputant d’un potentiel de diplomatie économique, que l’on retrouve chez nos concurrents directs. Les hommes pour le faire existent. Il suffit juste de regarder out-off the box.

1 COMMENTAIRE

  1. Il me semble que de hauts responsables raisonnent encore comme des étudiants immatures et sans réelle confrontation avec la dure réalité. Dommage pour notre pays et bonnes chances pour les bébés politiciens, mais pas à nos dépends.

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