Djibouti : Où passe tout l’argent brassé ?

Djibouti : Où passe tout l’argent brassé ?

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Avec les aides considérables qui affluent dans les caisses de l’État et sa position stratégique sur l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde, Djibouti devrait figurer parmi les pays les plus riches du continent africain.

Mais paradoxalement ce petit pays situé sur la côte orientale de l’Afrique fait partie des pays les plus pauvres ; il se caractérise notamment par un grave problème d’eaux usées qui a entraîné l’apparition de maladies d’origine hydrique, comme le choléra et la typhoïde.

Dans ce pays qui compte environ un million d’habitants, ce sont d’abord les enfants qui font les frais de cette scandaleuse insalubrité.

Dans les zones rurales, trois personnes sur quatre n’ont pas accès à des toilettes et se soulagent dans la brousse.

Dans la capitale Djibouti, où vit la moitié de la population du pays, un quart des habitants ne disposent d’aucune installation sanitaire.

La Corne de l’Afrique étant une région aride avec une pluviométrie annuelle ne dépassant pas 250 millimètres, l’eau est une denrée rare à Djibouti.

Les villages ne peuvent compter que sur un ou deux puits, qui sont à présent, pour bon nombre d’entre eux contaminés par des bactéries liées aux déchets humains.

Et les 26 300 réfugiés venus d’Érythrée, d’Éthiopie, de Somalie et du Yémen ne font qu’aggraver le problème.

Radwan Bahdon, directeur de l’assainissement du gouvernement de Djibouti, affirme toutefois que la situation est sous contrôle, ajoutant qu’une nouvelle station d’épuration financée par l’Union européenne (UE) est désormais opérationnelle.

« Jusqu’en 2014, les eaux usées étaient déversées dans la mer, sans être traitées », ajoute M. Bahdon.

Les officiels pointent du doigt l’administration du Président Ismaïl Omar Guelleh, en fonction depuis 1999 et qui a succédé à son oncle Hassan Gouled Aptidon ; ce dernier était à la tête du pays depuis son indépendance de la France en 1977.

M. Guelleh, dont le gouvernement est accusé de violations des droits de l’homme, a conservé le pouvoir avec 90 pour cent des suffrages en février de cette année.

Au fil des ans, des aides considérables ont été injectées dans les caisses de l’État, mais le pays ne donne gère, voire pas du tout, l’impression d’en profiter.

La critique accuse M. Guelleh, sa famille et certains de ses conseillers les plus proches, d’avoir une influence pesante sur l’économie.

Malgré la misère noire qui accable la majeure partie de la population, M. Guelleh s’est récemment rendu en Chine à bord d’un jet présidentiel.

Les économistes mettent en garde contre un niveau d’endettement national s’approchant de celui du PIB, mais M. Guelleh ne donne pas le moindre signe de vouloir modérer son train de vie opulent.

« À Djibouti, nous sommes confrontés à une dynastie familiale qui s’est construite sur les souffrances de près d’un million de personnes », déclare Daher Farah, chef de l’opposition, à propos de son pays exsangue.

Huitième plus petit pays d’Afrique par la superficie (23 200 km2), l’influence de Djibouti est cependant loin d’être négligeable.

Le pays accueille la seule base militaire américaine permanente d’Afrique, à Fort Lemonnier, non loin du palais présidentiel.

Le plus gros détachement de la Légion étrangère française est basé à Djibouti.

L’année dernière, la Chine a inauguré sa première base militaire d’outre-mer à Djibouti, laquelle peut héberger plus de troupes que celles des États-Unis et de la France réunies.

En ce qui concerne le commerce, Djibouti est situé sur l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde, seul axe entre l’océan Indien et le canal de Suez et point de passage entre l’Afrique, l’Inde et le Moyen-Orient.

Des prêts chinois ont financé la construction d’une nouvelle voie ferrée vers l’Éthiopie et l’installation de grues portuaires dont la silhouette domine l’horizon du port et de la ville.

Les droits payés par les navires en transit fournissent de plantureux revenus au gouvernement.

Au début de l’année, M. Guelleh a signé un décret retirant à la société dubaïote DP World son contrat de 50 ans pour la gestion du port à conteneurs.

Or, lorsque la Cour d’arbitrage de Londres a statué en faveur de DP World, le gouvernement a annoncé qu’il ne reconnaissait pas ce verdict.

Cet acte de défi a fait naître des craintes que M. Guelleh puisse avoir recours à un décret similaire afin de reprendre le contrôle de Fort Lemonnier.

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