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Farid Belhaj BM : « La dimension couverture sociale devient pressante » en Tunisie

Entré à la Banque mondiale (BM) en 1996 comme conseiller juridique senior au sein du Département juridique, de nationalité tunisienne, Ferid Belhaj a été chef de cabinet du président du Groupe de la Banque mondiale. Il est actuellement Vice-président pour la région MENA, et a aussi géré de nombreux projets de réforme judiciaire. Le représentant de la BM a dernièrement rencontré le chef de l’Etat tunisien, plusieurs ministres et hauts responsables tunisien. Une visite en Tunisie, au moment où son pays de naissance débutait des discussions avec le FMI, pour un renouvellement de l’accord d’assistance financière à un emprunteur  qui n’a plus désormais que cette option pour sauver ses finances et relancer son économie. Africanmanager l’a interviewé par téléphone entre deux réunions.

Quid de cette nouvelle visite dans une Tunisie, où la crise est désormais générale, politique, économique et financière ?

Nous sommes ici, dans le cadre d’une mission d’engagement avec le gouvernement de Mme Bouden. C’est à ce titre là que nous l’avions rencontrée, ainsi que les ministres de l’économie, des affaires sociales, de la santé, des finances et le gouverneur de la BCT. C’est en fait une conversation large

Pourquoi maintenant ?

Nous sommes à quelques mois de la fin de notre année fiscale, et on voulait être sûrs que les possibilités de financement pour la Tunisie soient actées, et qu’on puisse aller de l’avant. Ensuite parce qu’il y a aujourd’hui, on le sent, une tension au niveau des finances publiques tunisiennes qui peut avoir des répercussions négatives sur les personnes défavorisées. Il y a donc une dimension couverture sociale aujourd’hui, qui devient pressante. Enfin il y a le Covid. Il devient certes malheureusement un alibi, mais il y a les PME, qui sont 100 % du tissu économique tunisien, et qui ont connu une période extrêmement difficile. Certaines ont mis la clé sous porte, et des faillites en série. Dans notre législation du commerce, et c’est malheureux, la faillite est considérée comme un crime, alors que c’est un signe de dynamisme économique dans d’autres pays. Et donc beaucoup de cas d’entreprises, devenus des cas sociaux.

Ce que nous avons souhaité faire, c’est mettre à la disposition du gouvernement tunisien une enveloppe, qui pourrait aller jusqu’à 400 MUSD, pour un projet de couverture sociale.

Différent du précédent ?

 Il y a déjà le projet Amen pour un montant de 300 MUDS, en plus des 100 MUSD pour les vaccins. Malheureusement, pour les familles nécessiteuses qui reçoivent 300 DT par mois pour maintenir la tête en-dehors de l’eau, les choses ne se sont pas améliorées cette année, et le besoin est toujours là. Il faut aussi souligner que ce nouveau projet que nous mettons sur la table, n’est pas du simple cash transfert, mais comporte aussi une dimension développement des capacités du ministère des Affaires sociales, pour plus d’efficacité et de manière plus durable. Les nouveaux 400 MUSD seront distribués aux familles nécessiteuses, mais avec aussi un volet assistance technique pour le ministère.

La BM avait, rappelons-le un projet de constitution d’une Data-Base chez le ministère des Affaires sociales, pour plus d’efficacité et un meilleur ciblage dans la distribution de cette assistance aux familles nécessiteuses. Ce projet avait, selon nos informations, connu quelques difficultés et n’aurait pas trop bien fonctionné.

Deux choses. Il y a d’abord une Data-Base constituée, et qui a appelle certes à être améliorée. Mais, comme partout en termes de développement, il n’y a pas d’effet spontané, et les choses prennent du temps. Il y a des choses qui rencontrent des résistances. Un changement de ministre ou de DG, retarde des projets.

Il y a aussi, un projet « Gov-Tech », qui est important, ou de gouvernance technologique pour apporter des instruments qui permettront de donner plus de sens à l’identifiant unique, et assurer plus de transparence aux transactions. Il y aura donc les 400 MUSD en financement direct, et une assistance technique avec, qui représente pour nous une manière de construire les capacités avec cet échange vertueux que proposeront nos équipes, comme tous nos projets partout dans le monde.

En plus de ces 400 MUSD, il y aura 50 MUSD pour les PME. Et tous cela est scruté au microscope, et déboursé de manière séquentielle comme l’avais d’ailleurs compris et dit le chef de l’Etat tunisien lors de notre dernière rencontre. Et je pense que cette campagne montée contre lui, sur cette question, n’a pas lieu d’être. C’est vrai que c’est l’Etat qui avance, mais nous envoie les reçus, nous les vérifions, et nous remboursons. C’est comme ça que ça marche à la Banque Mondiale.

Sur ce sujet, justement, comment expliquez-vous que le chef de l’Etat tunisien s’acharne à demander un Audit, qu’il avait déjà demandé une première fois en août dernier à la ministre des Finances, et qu’il ait encore des doutes sur certains montant versés pour la Tunisie par des institutions internationales, et assure qu’ils n’ont pas été versés dans les caisses de l’Etat ?

Pour la BM il sait comment ça marche. Pour le reste, il y a des dynamiques politiques, pour lesquelles je ne suis ni équipé, ni envie d’y entrer. C’est à lui qu’il faut poser la question.

On vous en veut, aussi, le fait que lors de votre rencontre avec le chef de l’Etat tunisien à propos du rapport de la BM appelé « All in the family », vous ne lui ayez pas rectifié qu’il ne parlait pas de 21 % du budget qui auraient été dérobés, mais simplement des 21 % des bénéfices du secteur privé qui auraient été entre les mains de ladite famille.

Qui vous dit que nous n’avions pas discuté de cela ? Avec le chef de l’Etat, la conversation était allée sur beaucoup de sujets, dont celle de la promotion du secteur privé, promotion du Business, faire en sorte que toutes ces questions sur l’économie de rente soient adressées.

Posons la question autrement. Est-ce que vous, à la Banque Mondiale, vous avez cette impression, d’autant que la BM avait lancé depuis des années la fameuse « Stolen Asset Recovery Intitiative » ?

Chaque dollar et cent de la Banque Mondiale, est tracé et on sait exactement où il a été placé. Par ailleurs, cette initiative permet en effet de voir si des personnes en position de pouvoir ont détourné de l’argent et l’ont sorti de leurs pays. Il y a ainsi possibilité de venir voir la BM, pour voir dans quelle mesure nous pouvons les aider à les récupérer.

Par contre, et cela fait partie de notre dialogue avec le gouvernement, il y a des projets qui n’avancent pas suffisamment comme il le faut. Ces projets doivent être revus. Et s’il y a des parties qui n’ont pas été décaissées, moi, je plaide en faveur de leur élimination de façon à ne pas garder un portefeuille stagnant. L’argent qui a été effacé pourrait être, pourquoi pas, réalloué à d’autres projets qui sont aujourd’hui plus prioritaires. Il faut toujours avoir à l’esprit que chaque dollar non utilisé constitue une responsabilité, un poids. Car lorsqu’on prête de l’argent, l’emprunteur paie des commission d’engagement sur ce qui n’a pas été déboursé, et c’est donc le pays qui prenait cet argent pour le développement, qui paie la BM. Il y a un effort à faire, et nous le faisons, de manière très agressive avec le gouvernement.

Et vous estimez à combien ces sommes que des Tunisiens disent en Milliards ?

Sur un portefeuille global aujourd’hui non décaissé d’environ 5 à 600 MUSD, il y a environ 80 à 100 MDT qui mériteraient d’être redéployés ailleurs.

Pour la « StAR Initiative », Est-ce que la Tunisie a fait une telle demande ?

Non. Pas que je sache.

Est-ce que vous réaffirmez, à travers vos dernières discussions avec le chef de l’Etat et la cheffe du gouvernement, que les choses et les réformes vont dans le bon sens et les choses avancent de manière positive ?

Moi je pense qu’on est aujourd’hui dans une position où on n’a plus le choix. Il faut avancer sur les réformes, et des politiques d’ouverture vers le secteur privé. Dans la région MENA, il y aura en 2050, trois cent millions de jeunes qui arriveront sur le marché de l’emploi. Et ces gens-là ne pourront pas avoir de travail dans le secteur public. Il faut donc, dès aujourd’hui, travailler à donner une impulsion forte pour le secteur privé, et pour cela, réduire tous les obstacles pour lui. Et malheureusement, il y a énormément de contraintes. On fait pour cela un énorme travail de désengorgement des circuits et des autorisations.

Vous savez que votre impression sur la situation en Tunisie est très suivie par les bailleurs de fonds et le FMI en particulier, et impactera certainement sa décision de crédit. Est-ce que vous estimez que la Tunisie s’achemine sérieusement vers un accord d’assistance financière avec la Tunisie.

Oui, car il n’y a pas d’autre alternative. Il va effectivement le faire. Par pour plaire au FMI, mais pour le pays, pour attirer les investissements.

Le secteur privé en Tunisie se sent faire l’objet d’une véritable cabale, judiciaire et politique. Est-ce que vous l’avez défendu avec Kais Saïed ?

Bien sûr. Et d’ailleurs, en sortant de l’audience avec le chef de l’Etat, j’ai répété par deux fois, que la conversation a été axée sur la promotion du secteur privé, qui constitue l’élément le plus important de la dynamisation de l’économie en Tunisie.

Est-ce qu’il vous avait alors semblé convaincu de cela ?

Oui. Et franchement. Il y a peut-être un déficit de communication, mais les entretiens des deux derniers jours me donnent beaucoup plus d’espoir.

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