La force antiterroriste du Sahel est une coquille vide, ou presque

La force antiterroriste du Sahel est une coquille vide, ou presque

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Devant le Conseil de sécurité, le patron des Casque bleus de l’ONU a souligné jeudi que la force conjointe du G5 Sahel (Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie, et Niger), malgré d’importants progrès, n’a pas atteint sa pleine capacité opérationnelle. Il a exhorté la communauté internationale à déployer davantage d’efforts.

« Plus que jamais, la force commune du G5 Sahel dépend du soutien de la communauté internationale », a prévenu Jean-Pierre Lacroix. Malgré des progrès remarquables dans le domaine de la génération de troupes, la force n’a toujours pas atteint sa pleine capacité opérationnelle, a constaté le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix. « J’exhorte les donateurs à honorer leurs engagements et à fournir le soutien financier dont la force commune a tant besoin ».

Pour Jean-Pierre Lacroix, les pénuries majeures d’équipements, l’insuffisance des infrastructures et le manque de bases opérationnelles sécurisées continuent de retarder la pleine opérationnalisation de la force. À ce jour, près de 50% des contributions annoncées n’ont pas été réservées, et encore moins décaissées.

Or, a fait remarquer M. Lacroix, la situation sécuritaire dans le Sahel reste « extrêmement préoccupante » et les tendances récentes « inquiétantes ». La hausse des attaques terroristes contre des civils, des responsables gouvernementaux, et des forces de sécurité et de défense dans le nord-est du Burkina Faso et au Niger montre que la menace terroriste au Sahel se répand rapidement.

Dans cet environnement hostile, l’opérationnalisation de la force conjointe du G5 Sahel n’est pas facile, a reconnu Jean-Pierre Lacroix. Au cours des six derniers mois, elle a dû faire face à de sérieux obstacles, mais a également surmonté d’importants défis. L’attaque contre son quartier-général à Sévaré le 29 juin dernier rappelle de manière frappante à quel point les groupes terroristes opérant dans la région du Sahel sont bien informés, préparés et déterminés, s’est alarmé le chef des Casques bleus. Cette attaque a détruit des infrastructures vitales et du matériel de communication, ce qui a entrainé un arrêt temporaire des opérations de la force conjointe, a-t-il souligné.

« Cependant, les États membres du G5 Sahel et les dirigeants de la force conjointe ont persévéré face à ce qui aurait pu porter un coup fatal à cette initiative importante mais naissante », a déclaré le haut fonctionnaire. La décision prise par le Comité de défense et de sécurité du G5 Sahel le 25 octobre dernier à Niamey de déplacer le quartier général de la force conjointe à Bamako devrait contribuer à ce qu’elle reprenne son élan, s’est-il félicité.
La population civile pait le plus lourd tribut

Selon M. Lacroix, « comme toujours, la population civile paie le plus lourd tribut. Les écoles sont fermées, les services sociaux de base ne sont plus fournis, les investissements potentiels abandonnés du fait du climat de terreur et de peur qui s’installe », une situation qui prive d’espoir une jeunesse sans perspective d’avenir et d’opportunités concrètes et fait le lit du terrorisme.

Si nous ne prenons pas rapidement des mesures fortes et coordonnées pour prévenir le terrorisme, a mis en garde le haut fonctionnaire, « ce fléau se répandra encore plus vite et encore plus loin et il sera encore plus difficile d’y faire face ».

Il a donc exhorté les dirigeants de la force conjointe à ne ménager aucun effort pour finaliser les efforts de planification et à lancer ses prochaines opérations au plus vite. « Cela enverra un signal fort aux groupes terroristes qui cherchent à saper l’autorité de l’Etat et à déstabiliser la région et renforcera la confiance des donateurs et des partenaires internationaux du G5 Sahel ».

M. Lacroix a également appelé le G5 Sahel à renforcer ses efforts en vue de la coordination des forces envoyées dans ce cadre et à clarifier davantage le concept des opérations de la force commune. « Les opérations transfrontalières de la force commune dans le cadre de la première phase du CONOPS sont importantes et devront être poursuivies », a-t-il déclaré.

Les opérations transfrontalières de la force commune (…) devront être poursuivies – Jean-Pierre Lacroix.

« Mais à terme, seule une opération avec un mandat régional et des rôles et des responsabilités clairement définis entre la force conjointe, les armées nationales et les forces internationales sera efficace pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé transnational au Sahel. J’encourage donc les États membres du G5 Sahel à s’accorder sur une vision commune de l’état final de la force conjointe », a insisté le Secrétaire général adjoint.

Pareillement, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) continue de faire face à un déficit de financement de près de 30 millions de dollars, a relevé le haut fonctionnaire. Ainsi, la Mission n’a pas les fonds nécessaires pour fournir un appui technique à l’amélioration et à la fortification du camp de la force, qui reste le principal obstacle à son opérationnalisation. Cette situation met en évidence les faiblesses du modèle actuel de soutien à la force interarmées, « malgré les meilleures intentions de tous les acteurs impliqués ».
Police, droits de l’homme et conditions socio-économiques

Le Secrétaire général adjoint s’est dit encouragé par les progrès réalisés par la force commune dans la mise en œuvre de la composante police et la mise en place de son cadre de conformité.

Le respect des droits de l’homme fait partie intégrante de la réalisation des objectifs opérationnels de la force commune et constitue une condition préalable au succès général de cette initiative. Pour cela, la population du Sahel doit avoir confiance dans les actions de ses forces de défense et de sécurité, a prévenu M. Lacroix. Il a donc appelé les dirigeants de la force à tirer parti de l’assistance technique fournie par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) et à consolider ses acquis.

Enfin, toute initiative de sécurité au Sahel ne peut réussir que si elle s’inscrit dans une stratégie plus globale pour la région, qui s’attaque aux causes sous-jacentes de l’instabilité tout en recherchant d’abord des solutions politiques pour un développement socio-économique inclusif, a analysé le haut fonctionnaire. La Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel (SINUS), associée au Plan d’investissement prioritaire (PIP) du G5 Sahel, fournit selon lui le cadre dans lequel la force commune doit être intégrée. Il s’est félicité à cet égard de la signature d’un accord de partenariat entre le Secrétariat du G5 Sahel et l’Alliance du Sahel à Niamey, au Niger, le 30 octobre, une étape importante pour renforcer la coordination et la coopération au Sahel.

« Je me joins aux appels du Secrétaire général et aux États membres du G5-Sahel pour qu’ils créent de toute urgence le Groupe de soutien de la force conjointe, qui offrira un forum aux États membres, aux donateurs et aux partenaires de la Force conjointe du G5 Sahel », a ajouté M. Lacroix.

Il a appelé en outre les pays du G5 du Sahel à continuer de remédier aux lacunes en matière de gouvernance dans la région, qui constituent un terreau fertile pour le terrorisme. « Le processus de paix malien reste essentiel à cet égard, en tant que pierre angulaire des efforts politiques visant à traiter les revendications », a-t-il rappelé.

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