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lundi 21 septembre 2020
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La sacrée gueulante de Saied, le pavé de trop jeté dans la barbotière politique !

A sa manière, le président de la République, Kais Saied, a donné son onction et ses grâces particulières au nouveau gouvernement formé par Hichem Mechichi, quelques heures après avoir arraché l’indispensable quitus du parlement. Et visiblement, il ne l’a pas fait de gaieté de cœur, se fendant comme d’un soliloque sans commune mesure avec l’occurrence dont il s’agissait, à savoir la prestation de serment des 28 ministres et secrétaires d’Etat que compte l’attelage de « compétences nationales indépendantes ».

Dès l’abord et au vu de la mine des mauvais jours-comme des bons, d’ailleurs- qu’il affichait, ceux qui suivaient la cérémonie sur le petit écran et in situ, étaient saisis de la prémonition que quelque chose de politiquement incongru allait se passer. Et ils avaient tapé dans le mille. Le chef de l’Etat, sitôt terminé le défilé de l’aréopage ministériel, a commencé à pousser une grosse gueulante contre des ennemis anonymes que les quelques bribes lâchées au détour d’autant d’emportements ont permis à quelques initiés de mettre un nom dessus. Ce sont par ordre décroissant les chefs de file de Qalb Tounès, d’Al-Karama et d’Ennahdha, partis qui, doit-on le rappeler, ont donné leurs suffrages au gouvernement soumis au vote de confiance.

Faisant de l’ombre au baptême du Cabinet de Hichem Mechichi, Kais Saied a accusé ces hommes politiques de trahison, de complot et de mensonge, jurant de les révéler en temps utile. Ce qui manquait, pourtant, dans l’allocution, c’était une mention du principal défi de la Tunisie, à savoir la relance de l’économie, fait remarquer et à juste titre le site Bloomberg.

Des messages cryptiques

« J’ai respecté le système, la constitution et les institutions, bien que certains ne soient pas dignes de ce respect mais au contraire ne méritent que du mépris », a asséné Saied, qui a « cherché, mardi, à saboter le vote de la confiance au gouvernement Mechichi au Parlement pour des raisons non précisées » souligne la même source.
Le chef du gouvernement désigné a averti, pourtant, que la patience des Tunisiens est à bout avec les luttes intestines qui ont entravé la marche de la Tunisie depuis l’éviction de Ben Ali il y a neuf ans. « Le discours de Saied, cependant, ne semblait offrir que la promesse d’une plus grande intrigue politique », note Bloomberg, décrivant Saied comme un professeur de droit constitutionnel qui est passé de l’obscurité relative à la présidence l’année dernière sur la vague de la frustration des Tunisiens à l’égard de la politique générale, et qui n’a jusqu’à présent adressé au peuple que des messages cryptiques qui l’ont montré comme étant éloigné de la situation quotidienne de la population. Et cela risque de compliquer davantage les efforts du gouvernement technocratique de Mechichi.

Le nouveau gouvernement n’aura pas « un chèque en blanc », a déclaré l’analyste politique indépendant Mohamed Yousfi à Bloomberg. Mechichi, qui devra traiter avec les plus grands parlementaires du Parlement pour faire passer les politiques, pourrait se faire griller s’il « entre dans une confrontation avec le président Saied ».

Mechichi et la rivalité entre le président et le parlement

Le rôle du président est traditionnellement protocolaire. Mais Saied a été accusé par certains députés de chercher à raboter les pouvoirs du Parlement et, plus récemment, de faire pression sur Mechichi pour la nomination des ministres. Ces deux faits ne font pas partie de ses prérogatives constitutionnelles.

« Le chef du gouvernement Hichem Mechichi a une tâche herculéenne devant lui », a déclaré, pour sa part, Sharan Grewal, chercheur de la Brookings Institution aux États-Unis, au journal The National. « Il doit sauver la Tunisie de ce qui devrait être sa pire crise économique, faire face à la réémergence des cas de coronavirus et restaurer la confiance dans l’Exécutif dont le dernier chef du gouvernement était soupçonné de faits de corruption ».

« En théorie, avoir un gouvernement technocratique devrait aider : il ne sera pas divisé à l’intérieur du pays selon des lignes partisanes comme le gouvernement précédent, et devrait être plus disposé à prendre les risques dont le pays a besoin sans craindre d’être puni lors des élections ».

Cependant, les divisions provoquées par l’anathème jeté sur les partis tunisiens et leur exclusion du processus de formation du gouvernement peuvent avoir un coût, a expliqué l’analyste Grewal. « Le chef du gouvernement Mechichi est également pris entre l’escalade de la rivalité institutionnelle entre le président et le parlement, une rivalité qui a déjà failli faire dérailler son vote de confiance. En l’absence d’une cour constitutionnelle (qui doit encore être mise en place) pour statuer sur les pouvoirs de chaque institution, beaucoup dépendra de Mechichi et de sa personnalité. Pour que le mandat de Mechichi se déroule sans heurts et soit couronné de succès, il faudra qu’il satisfasse toutes les parties », a conclu Grewal.

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