Il y a eu une grave défaillance au niveau du ministère de l’Intérieur qui a reçu, depuis le 29 mai dernier, les résultats du rapport balistique relatif à l’assassinat de Chokri Belaid. Tel est le constat de Mokthar Trifi, ex- président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme, lors d’un point de presse organisé, ce jeudi, à la maison de l’avocat à Bab Bnat.
La rencontre avait pour but d’annoncer des nouvelles révélations relatives à l’affaire Chokri Belaid après celles dévoilées par Tayeb Aguili, le 2 octobre dernier, et qui ont suscité beaucoup de polémiques.
Ont pris part à cette rencontre Basma Khalfaoui, veuve du martyr, d’autres représentants des partis politiques, à savoir Hamma Hammami, Zied Lakkdhar, Mongi Rahwi ainsi que des représentants de la société civile, comme Bochra Bel Haj Hamida.
Le ministère de l’Intérieur dissimule les preuves
Devant un parterre des journalistes, Trifi n’a pas manqué d’accuser la direction générale de la sûreté nationale de ne pas avoir livré le rapport établi par un laboratoire hollandais comportant les résultats des analyses balistiques des balles ayant tué le disparu, le ministère de la Justice, la direction des affaires judiciaires plus précisément, qui était, selon lui, le destinataire dudit rapport et non pas le ministère de l’Intérieur.
Détaillant la genèse de l’affaire, il a noté que le ministère de l’Intérieur a dépêché une délégation en Hollande, à la date de 26 mai dernier, et a reçu, le 29 mai, le rapport en 5 copies originales, mais le ministère nie toujours avoir reçu ce rapport.
Utile de noter que la délégation était composée de Belgacem Ben Messaoud , chargé de l’armement au ministère de l’Intérieur , Riadh Rekik, commissaire principal et Adnane Slama commissaire. « Bien que cette délégation ait signé de la main de Belgacem Ben Messaoud qu’elle a reçu le rapport en guise de décharge, le ministère l’a nié. Donc, il y a eu une soustraction de preuves judiciaires de la part du ministère de tutelle. Cet acte est constitutif de crime selon, le code pénal, dès lors qu’on est en possession de documents ou de matériaux qui peuvent être utilisés pour la manifestation de la vérité » a-t-il affirmé.
Mais pourquoi ce blackout ?
Pour lui, les doutes sont encore là à propos les raisons réelles de cette dissimulation. Des doutes qui sont également en rapport avec l’arme utilisée. Il s’agit d’une arme de type « Beretta ». Mais, qui est la partie susceptible d’en faire usage ? D’après Mokthar Trifi, c’est le même type utilisé par un certain nombre d’agents et de cadres relevant de la direction générale de la sûreté publique, lors de quelques opérations déterminées.
D’après Mokthar Trifi, plusieurs questions se posent et l’IVRA ainsi que le comité de défense veulent, dans ce sens, connaître la vérité à propos de ce blackout et surtout le lien établi entre la direction générale de la sûreté nationale qui utilise cette arme et l’assassinat.
La rencontre était aussi une occasion pour dévoiler d’autres révélations. Il s’agit de l’entraînement de Kamel Gadhgadhi, principal suspect ainsi que d’autres personnes aux arts martiaux, dans une salle de sports. Cette salle dont le propriétaire est Moncef Ouerghi n’a jamais été perquisitionnée par les unités spéciales. Cela prouve, selon Trifi, le manque de sérieux du ministère de l’Intérieur dans la gestion de l’affaire.
Autres révélations, l’avocat a cité la voiture utilisée par Ahmed Rouissi, un autre suspect, mais qui n’était recherché qu’après 26 jours du meurtre. Pis, son téléphone n’a été jamais mis sur écoute malgré la gravité de ce crime.
Plainte à l’encontre de tous les intervenants
Tous les intervenants dans les dossiers seront poursuivis en justice. « Le juge d’instruction est en train de procéder aux auditions nécessaires pour déterminer les responsabilités. De même, une plainte sera déposée à l’encontre de toutes les personnes impliquées et qui ont omis de livrer le document à la justice », dans ce dossier.
Wiem Thebti








