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Les 4 vérités de l’économie, dites par un éminent expert

C’est sous le titre de « Exécution du budget de l’État 2022 : la marque d’une impuissance politique », que la dernière chronique de l’Ecoweek du Professeur Hachemi Alaya commence cette critique acerbe de l’état des lieux économiques en Tunisie. Mais aussi du management de cette situation par le gouvernement Bouden, essentiellement dans ses composantes économique et financière. Une critique, qui ne l’a pas empêché de corriger à la hausse le chiffre de l’INS sur la croissance à 3,1 % pour le 3ème trimestre 2022, contre les 2,9 % officiels. Une croissance tunisienne, dont il avait déjà dit, dans une précédente chronique, « croissance sans croissance », la qualifiant de seul vrai miracle tunisien. Engoncée dans des choix économiques de courte durée, et accablée par une conjoncture internationale, parfois managée « à la va-comme-je-te-pousse », l’économie tunisienne ne semble pas avoir de belles perspectives devant elle, et les agences de notation (ou les أمك صنافة, selon le chef de tout l’Etat tunisien) ne s’y trompent pour l’instant pas en les classant « négatives ».

  • 1ère vérité : dérive des comptes sur fond de harcèlement fiscal

« L’austérité budgétaire à tous crins du gouvernement, atteint ses limites. Boostée par les salaires, la charge de la dette et les subventions, la dépense publique a retrouvé son train d’enfer. La chasse aux économies se limite à des idées usées jusqu’à la corde (…) », estime Professeur Alaya. Une chasse aux économie, qui avait poussé les autorités tunisiennes à rationner l’importation de certains produits de consommation. Et ayant échoué à équilibrer une balance commerciale hautement déficitaire (Plus de 21,322 Mds DT) on essaie d’engager une cabale contre l’importation des produits de consommation.

Et l’économiste d’ajouter que « de plus en plus impuissante à agir par l’économie sur la dépense pour infléchir le cours des choses, la politique se résigne à la dérive des comptes sur fond de harcèlement fiscal (Ndlr : Presqu’une inquisition fiscale) et de chasse aux fraudeurs. Une voie sur laquelle semble s’engager le gouvernement pour son projet budgétaire 2023 ; une impasse en réalité, car la Tunisie est déjà dans l’antichambre de l’enfer fiscal et ne recèle aucune cagnotte cachée ». Alaya qui n’est manifestement pas qu’un simple critique acerbe, donne la solution. « La vraie voie passante pour le pays est celle qui consiste à redonner sens et efficacité à la dépense publique ». Mais qui l’entendra dans la cohue de la course aux ressources pour parer au plus urgent ?

  • 2ème vérité : Une exécution atypique du budget et abandon des dépenses programmées

La Banque Mondiale le disait déjà dans son dernier rapport sur le « diagnostic systémique » de l’économie tunisienne (Pdf) publié en septembre dernier : depuis 2011, la Tunisie a plongé dans le système économique de l’Etat providence, notamment à travers la compensation de tout, y compris le sucre, le café et le tabac. Une politique rendue encore plus nécessaire après les crises du Covid et de la guerre en Ukraine. A fin août dernier, le budget tunisien dépensait 6,9 Mds DT en interventions et transferts et 14 Mds en salaires pour la seule fonction publique, contre 2,258 Mds DT pour l’investissement.

Et l’économiste Hachemi Alaya d’en conclure que « la politique de compression systématique des dépenses publiques se heurte aux limites qu’impose la politique de subvention des prix ». Selon l’expert, « malgré la bonne tenue des recettes fiscales (elles sont en hausse de +18,7% à un an), le gouvernement est encore loin d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé dans la LF-2022 et continue de réprimer les dépenses autres que les salaires, le service de la dette et les subventions ». Une politique économique, mise en concret par un système d’exécution du budget (Clin d’œil à la ministre des Finances), que H. Alaya estime « atypique marquée par l’abandon de dépenses programmées dans le budget, la « baisse » du déficit budgétaire à fin août 2022 (-3,0 milliards de dinars après -4,4 milliards à fin août 2021) est purement artificielle ».

  • 3ème vérité : L’Etat essuie des difficultés à trouver bailleurs de fonds

Traitant de la question de la dette publique, dont le stock s’établissait en août dernier à 109,6 Mds DT, en progression de seulement 8,3 % en g.a, l’économiste tunisien qui est à la tête du Think-Tank « TEMA » corrige ce qui pourrait être pris pour une réussite, un point positif dans l’exécution du budget par le ministère des Finances, ou une 1ère depuis 2010, en affirmant que « la dynamique de l’endettement public a été enrayée en 2022 par suite des difficultés de l’État tunisien à trouver des bailleurs de fonds, et se heurte de plus en plus à des difficultés pour trouver des bailleurs de fonds étrangers ».

Le gouvernement tunisien le sait bien, qui n’a pas essayé de monnayer le SLA (Staff Level Agreement) obtenu du FMI en crédits à chercher sur le marché financier international et semble même avoir abandonner l’idée de partir en « Road-Show » pour collecter ce qui lui resterait en besoin après les 1,9 Mds USD qui sont lui des 4 Mds USD espérés au début des négociations avec le FMI. Un accord qui pose même désormais question, devenant même objet de polémique intergouvernementale.

  • 4ème vérité : Victime collatérale de crises internationales, ça ne va pas changer en 2023

C’est connu, l’économie tunisienne est structurellement liée à l’extérieur, tant en importations de matières premières et semi-produits nécessaires pour son industrie qui simplement transformatrice, qu’en exportations où la part de l’Europe approche les 80 %.

Follower averti de la conjoncture économique internationale, Hachemi Alaya averti déjà que « les deux principaux partenaires de la Tunisie verront leur croissance s’affaisser fortement : +0,6% en 2023 après +2,6% en 2022 pour la France et +0,2% après +3,4% en 2022 pour l’Italie. Pour l’OCDE, la guerre que mène la Russie en Ukraine accroît les risques de surendettement dans les pays à faible revenu, mais aussi d’insécurité alimentaire ».

Toujours victime collatérale de ce qui se passe économiquement en-dehors de ses frontières, et fragile économique addicte à l’effet papillon, ce n’est donc pas demain la veille que la Tunisie réalisera la croissance qui la sortirait de l’ornière. Alaya entrevoit pour cela une voie de sortie. « L’Asie sera le principal moteur en 2023 et 2024 », estime-t-il. Or, si l’économie tunisienne est fortement liée à un pays comme la Chine (7,5 Mds DT en importation en octobre 2022, contre un tout petit 19 MDT en exportations) ou la Russie (2,4 Mds DT en importations en octobre dernier, contre 0,36 Mds DT en exportations) ses exportations vers ce pays sont minimes. La Chine essaie vainement de percer en Tunisie et n’y est guère encouragée. Pour la Russie, le vote de la Tunisie dans la question de l’Ukraine, en dit long sur les perspectives de développement des échanges !

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