AccueilLa UNELettre d'un « Journaleux » à l'Oncle Sam

Lettre d’un « Journaleux » à l’Oncle Sam

C’est sous aucune pression, ni demande, ni même suggestion, qu’on vous adresse ces quelques remarques « لعلكم تتقون », comme dirait l’autre. Nous ne défendons les thèses de personne, même pas celles du chef de tout l’Etat, pour lequel nous sommes parfois des critiques acerbes. Un antisystème dans un pays, par vos dirigeants même élevé au statut d’allié majeur de l’OTAN, et que vous ne cherchez qu’à essayer de diriger vers vos intérêts immédiats, mais jamais à comprendre et à aider pour le bien propre de son pays, barrière au terrorisme et à la migration sauvage qui menace vos amis européens. Kais Saïed a ses propres services et ses hommes de paille, pour répondre à Jim Risch ou à Bob Menendez, ou même à Biden, et nous n’en faisons pas partie.

–        La Tunisie n’est pas votre champ de coton et prend crédit, comme vous sans pour autant être esclave de la Chine ou d’autres

Certes, nous faisons partie d’un pays qui fait encore appel au crédit pour son développement, mais c’est loin d’être un mal et le pays le plus endetté envers la Chine en sait beaucoup plus. Mais nous faisons partie des pays où l’interventionnisme militaire américain a fait le plus de mal économique, et nous a réduits à l’endettement non productif. Avec la Chine, vous partagez peu de choses, sauf les valeurs du travail. Mais cela ne vous empêche pas de faire des affaires avec ce pays qui est devenu l’usine du monde, et de beaucoup de vos industries. La Tunisie en fait autant  avec les USA. Vous nous prêtez de l’argent, ou garantissez certains autres prêts. Mais cela vous  procure des commissions et des « Fees » comme vous dites. « L’American way of life », nous adorons, mais nous ne sommes pas dans la même logique, et certains de nos systèmes, comme la santé pour tous ou la couverture sociale pour tous, sont loin d’être l’apanage d’« l’America First » que vous défendez bec et ongles, et parfois au prix de la misère pour les autres. Nos écoles fabriquent des étudiants, qui deviennent des têtes bien pensantes dans vos universités et vont travailler dans votre NASA, non pas des meurtriers d’écoliers. C’est votre liberté, et c’est la nôtre de choisir ce qui nous convient le plus dans les valeurs de démocratie que vous défendez à coups de canon, de napalm dans certaines contrées, et drones bombardiers dans d’autres.  

Passons sur votre interventionnisme, inconsidéré et qui piétinait les droits humains les plus basiques, à commencer par les Indiens autochtones et jusqu’à l’Irak en passant par la Palestine. Mais la Tunisie a été aussi le pays dont la révolution pour la démocratie a été fortement entachée par vos choix politiciens, comme celui notamment de faire l’expérience d’un islam politique en guise de modèle à suivre pour d’autres. Et c’est justement à ce sujet que nous vous interpellons.

–        La Tunisie n’a pas besoin d’islamistes pour bien pratiquer sa religion

La Tunisie est un pays certes converti depuis des siècles à l’Islam. Mais aussi un pays qui a toujours était tolérant pour le reste des religions. On y trouve une Cathédrale qui date de 1620. On y trouve aussi la plus vieille synagogue du Maghreb  qui abrite l’un  des éléments du temple de Solomon. Mais on y trouve aussi les « Abadhi », une sorte de « Mourmons » à la tunisienne, un courant de paisibles musulmans, fondé par un disciple de la femme du prophète Mohamed et par un de ses cousins. Et qui n’ont rien à voir, tous comme le reste des musulmans tunisiens, avec la haine et le radicalisme que vous aviez développés en Irak, en Syrie et soutenus en Libye. En Tunisie, nous faisons l’amour, celui des autres et du travail. Pas la guerre, aussi dite sainte soit-elle !

La Tunisie est donc musulmane de confession, et n’a nul besoin d’être re-islamisée, à plus forte raison par ceux qui prêchent la violence pour le faire. La Tunisie n’a pas besoin d’un islam politisé, car elle en a vu les dégâts, d’abord pour ses enfants entraînés dans toutes les guerres dites religieuses à travers le monde. La guerre est la guerre, et le caractère dit religieux ne lui confère aucune légitimité, et ne lui accorde aucun alibi possible pour une religion qui porte le nom de paix (Salem, Islam).

–        Même un antisystème, dictateur en devenir, vaut plus qu’un enturbanné terroriste en devenir

En un mot, l’islamisme politique, la Tunisie du 21ème siècle n’en veut pas. Elle ne veut pas, non plus, des apôtres de cet islam que sont les membres d’Ennahdha, et que certains de vos députés défendent. Rappelez-vous. L’Europe avait pendant les années 70 et 80, défendu cet islam, et il s’était retourné contre elle pendant les années 90 et 2000. Rappelez-vous aussi ce que disait de vous au Soudan, le leader de ce mouvement islamiste qui cache bien son jeu.

Ennahdha avait eu l’occasion de s’adonner au jeu politique et même au pouvoir, et avait lamentablement échoué, et certains de ses sbires avaient même attaqué un des symboles de l’autorité chez vous qu’est l’ambassade. Vous aviez frôlé l’exemple libyen, cela ne vous suffit-il pas ? A nous, oui. Aidez-nous à redevenir un pays en développement, une économie émergente au moins. Mais laissez-nous faire notre démocratie, avec nos propres choix et nos propres valeurs.

En un mot, Messieurs de chez l’Oncle Sam, nous préférons un dictateur en devenir qu’un Cheikh en turban. Et pour cela, un « Coup », comme vous l’appelez, en vaudrait bien la peine s’il rétablissait l’autorité de l’Etat et la croissance économique, s’il bridait la corruption galopante, s’il rétablissait et améliorait le système de la santé et de la couverture sociale pour tous. Ce sont là nos guerres saintes et nos combats. Les commerçants de religions n’ont pu qu’apporter destruction et meurtres, là où ils étaient passés.

Nous disons cela, nous ne disons rien d’autre. « ولكم سديد النظر », comme dirait un sondeur d’opinion connu en Tunisie. Et n’y allez pas trop de vos analyses à la noix, dans vos bureaux de Langley ou ailleurs dans d’autres sombres officines, ce n’est qu’un Tunisien lambda qui cherche son véritable printemps, en dehors des sentiers battus de vos analystes à deux balles ! 

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1 COMMENTAIRE

  1. Bravo monsieur
    Nous avons besoin d’articles comme le vôtre avec des idées à disséminer parmi toute la population. En fait, ce qui caractérise votre article c’est son objectivité, sa transparence et sa franchise. C’est l’image d’un journaliste honnête qui n’attend rien de personne et qui, par voie de conséquence, ne ménage personne, ni les plus forts ni les plus faibles. C’était vraiment un plaisir de vous lire.

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