L’urgence d’un nouveau gouvernement et le risque d’un «Shutdown»

L’urgence d’un nouveau gouvernement et le risque d’un «Shutdown»

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A deux reprises, depuis les élections, le chef du gouvernement sortant Youssef Chahed appelait à former au plus vite le nouveau gouvernement. A deux reprises, ses appels semblaient tomber dans l’oreille d’un sourd.

A en juger par certains commentaires sur les réseaux sociaux, les Tunisiens ne seraient aussi pressés de le voir partir, comme lorsqu’il était prétendant au trône de Carthage, comme s’ils ne tiennent pas à sortir de l’euphorie d’avoir pu changer les choses, démocratiquement, dans le calme et la sérénité. Cela, même si les commentaires d’un certain type d’Egyptiens parlant de cette réussite tunisienne, inquiètent quelque part.

Et alors que les vainqueurs célèbrent et s’auto-congratulent, certaines échéances, nettement plus importantes que les présidentielles, s’accumulent et pourraient ne rien annoncer de bon pour la jeune démocratie qui vit au rythme de ce qu’on pourrait appeler une réplique sismique du fameux printemps tunisien.

Mauvais signe des nouveaux temps, le nouveau chef de l’Etat pourrait être adoubé par l’ancienne ARP. Mais plus sérieux, ce sont déjà d’anciens responsables gouvernementaux qui iront représenter la «nouvelle Tunisie» de la prochaine République «Made in Kais Saïed» aux réunions de printemps du FMI et de la Banque Mondiale, deux des plus gros bailleurs de fonds de la Tunisie de l’avant Kais Saïed. Deux ministres et un gouverneur de la Banque centrale qui n’ont encore aucune idée de ce que comptera faire le prochain gouvernement, de sa prochaine politique économique et sociale et de sa nouvelle vision de l’endettement et des salaires, deux des plus grosses polémiques en cours en Tunisie.

Ce sera, ensuite, la discussion d’un budget de l’Etat où les marges de discussions sont très réduites. Un budget, qui sera traduit en loi de finances, où le choix est simple, entre l’austérité et la continuité des réformes demandées par les bailleurs de fonds. Le sera-t-il par la nouvelle ou par l’ancienne ARP ?

L’ancienne n’en est en rien concernée, étant généralement composée de députés ayant déjà perdu leurs sièges et qui pourraient ne rien comprendre aux nouveaux enjeux de la Tunisie. La nouvelle, colombienne à souhait, pourrait d‘abord voter un texte qu’elle n’aura que très peu, ou pas, lu et discuté. Elle pourrait, aussi, se mettre en mode nouvelle révolution, et refuser de voter des choix et des orientations, financières et économiques d’un ancien gouvernement, risquant ainsi de mettre la Tunisie en situation de «Shutdown». Des sources, généralement bien informées, évoquent déjà la possibilité de difficultés de payer les salaires en janvier 2020.

Il faudra donc attendre une semaine après la proclamation officielle et définitive des résultats des présidentielles anticipées. Celle-ci ne pourrait intervenir que le mercredi 17 octobre. Ce n’est que ce jour-là que Saïed deviendra président. Et encore, il faudra attendre la publication de ces résultats au Jort, le courrier qui devra être adressé pour que l’ARP fixe une date pour une séance plénière solennelle au cours de laquelle Saïed prêtera serment. Le tout ne devra pas dépasser le 25 octobre, date de fin de mission de Mohamed Ennaceur à Carthage, mandat provisoire qui avait commencé le 25 juillet et qui ne devra pas, constitutionnellement, dépasser 90 jours.

Dans un délai de 15 jours après cette prestation officielle de serment, Kais Saïed chargera alors Ennahdha de lui proposer un chef du gouvernement, qu’il devra charger de former le nouveau gouvernement. Et au vu de la composition de la nouvelle ARP, cela semble au moins très difficile et qu’il est jusque-là difficile de prédire qui gouvernera la Tunisie du président Kais Saïed.

Et il faudra attendre que les 31 partis, constitués en groupes parlementaires aussi opposés les uns aux autres, comme Qalb Tounes, Tahya Tounes, Ennahdha et autres, terminent leurs marchandages pour les fauteuils ministériels et se mettent d’accord sur la nouvelle composition du gouvernement. L’article 89 de la Constitution fixe un délai global de 4 mois entre la 1ère rencontre du chef de l’Etat avec le candidat d’Ennahdha pour la formation du gouvernement, et une probable dissolution de l’ARP en cas de non accord.

Entretemps, les consultations pour la constitution du prochain gouvernement n’ont que très timidement commencé et de manière officieuse, même si on entend déjà parler de Safi Saied et même de Rached Ghannouchi lui-même comme candidat à la Kasbah, comme l’y présentait Karim Harouni sur Diwan FM. Officiellement, Ghannouchi a déjà décidé que le prochain locataire de La Kasbah sera d’Ennahdha. Bien avant les présidentielles, on parlait déjà d’un certain Laadhari.

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