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«Certains pensent que la page du printemps arabe est tournée. Je dirai que cette page n’est pas tournée parce que vous êtes en train de la vivre, de la faire vivre. Ce que vous montrez chaque jour, c’est que la Tunisie est bien de retour». Ainsi parlait le chef de l’Etat français devant le parlement tunisien réuni en séance plénière extraordinaire. Emanuel Macron a salué la dynamisme de la société civile, et conforte les Tunisiens dans leur fierté en affirmant «vous avez conduit une révolution culturelle et vous l’avez réussi». Dans la foulée, il n’oublie pas de saluer les décisions du président Béji Caïd Essebssi qui a enclenché un mouvement irréversible vers l’égalité des droits hommes femmes. «La Tunisie a réussi à installer un Etat civil et démontré, par cette révolution culturelle et politique, que Islam et démocratie sont compatibles contrairement à ceux qui sont persuadés que l’Islam est là pour régenter l’Etat. Vous avez par ce travail profond, construit un modèle unique et un exemple inédit. Certains y voient une anomalie (…) d’autres, voudraient voir une singularité (…) permettez-moi d’y voir un espoir».

Après les caresses, viennent les conseils. «Le défi qui est le vôtre aujourd’hui est de transformer le printemps culturel et politique en un printemps économique et social, poursuivre ce travail et le faire vivre, changer la vie des Tunisiennes et des Tunisiens» a-t-il demandé aux Tunisiens. Et comme s’il s’adressait à l’opposition tunisienne, il ajoute «votre responsabilité est immense pour ne pas fragiliser ces acquis (…) vos réformes économiques et sociales sont indispensables», sans oublier de promettre que «la France fera tout ce qu’elle peut pour aider la Tunisie (…) comme on aide un frère ou une sœur . La France ne peut avoir d’autres volonté que celle de voir la Tunisie réussir».

Abordant les relations de coopération, Macron a notamment insisté sur la lutte conjointe contre le terrorisme à travers l’amélioration des échanges des informations au sujet des terroristes de retour. Sur le volet éducatif, Macron a assuré que la France appuiera le choix fait par la Tunisie dès l’indépendance de miser sur l’éducation. Il a parlé d’un partenariat renforcé dans le domaine de l’enseignement supérieur qui sera concrétisé par l’université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée, laquelle ouvrira ses portes en 2019 pour faire de la Tunisie un lieu de référence où les élites des différents pays africains et méditerranées auront à converger. «La francophonie n’est pas un projet français, c’est une culture en partage entre les pays de la Méditerranée » a-t-dit devant les députés d’une Tunisie qui s’apprête à organiser le prochain sommet de la francophonie sur son sol et n’oublie pas, là aussi, d’affirmer que la France appuiera l’idée d’accueillir la francophonie en 2020. La première alliance française sera d’ailleurs inaugurée à l’occasion de la visite du président Macron. Six autres alliances seront ouvertes durant la même année pour redonner plus de dynamique à la langue française. Et Macron de souligner que «la France mobilisera les investissements nécessaires pour renforcer l’apprentissage de la langue française».

Sur un autre plan, le président français a soulevé la question des passeurs des voyageurs clandestins qui ont transformé la Méditerranée en ce qu’il a appelé un «cimetière des espoirs». Démanteler les réseaux de ces trafiquants du bonheur est pour le président français un défi que nous devons relever ensemble.

Sur un tout autre registre, Emmanuel Macron a affirmé que la France fera tout pour qu’il y ait dans les prochaines années une issue heureuse au conflit israélo-palestinien. “Mais, elle le fera en considérant que cette issue ne peut venir que d’un dialogue entre les Israéliens et les Palestiniens, qu’elle est possible que s’il y a une reconnaissance de deux Etats libres avec, chacun, pour capitale Jérusalem et avec des frontières reconnues“. “Ceux qui pensent qu’on peut régler, parfois depuis l’autre côté de l’Atlantique, le conflit israélo-palestinien se trompent”. Une allusion directe au président américain, Donald Trump, qui a fait voler en éclats des décennies de diplomatie équilibrée en reconnaissant unilatéralement Jérusalem comme la capitale d’Israël…

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L’égalité homme-femme était le thème central de l’entretien accordé par le président de la République, Béji Caïd Essebsi, à FranceInfo. Le film a été diffusé hier mercredi 22 novembre dans la soirée.

BCE a déclaré à la journaliste, Samah Soula, grand reporter à France 2, que “la femme tunisienne a beaucoup évolué, pas uniquement dans la capitale, mais aussi dans les régions intérieures“.
Pour lui, ce grand virage, qui a fait grand bruit, n’a rien de religieux mais est plutôt dicté par la constitution de 2014, dont l’article 2 édicte “clairement un État civil et non islamique“.
J’ai l’obligation de respecter la constitution dont les dispositions s’orientent vers l’égalité hommes-femmes” a indiqué le chef de l’Etat.
Mais il a confié à la chaine que ce tournant sociétal forcé lui a valu bien des ennuis, plus précisément des menaces de mort balancées par des extrémistes d’autres pays musulmans qu’il n’a pas souhaité citer, des menaces qui n’auraient pas, semble-t-il, ébranlé ses certitudes pour autant. “Nous n’avons pas la prétention d’exporter ce que nous faisons. Nous agissons pour la Tunisie, et je suis convaincu que cela va dans l’intérêt de l’avenir de la Tunisie. Un pays où la société est majoritairement constituée de jeunes“, a conclu Essebsi.

Au sujet de l’autre barrière qu’il a abattue, avec fracas, la possibilité pour la Tunisienne d’épouser un non musulman, il a déclaré ceci : “La femme tunisienne est libre de se marier avec qui elle veut, et puis, l’obliger à se marier à un musulman, est chose dépassée“.

 

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L’ambassadeur turc en Tunisie, Farouk Dogan, donne des gages suite aux remous provoqués par l’attaque virulente du sulfureux prédicateur égyptien Wajdi Ghonim. Il a fait le déplacement hier vendredi 25 août 2017 au ministère tunisien des Affaires étrangères pour livrer la position officielle d’Ankara.

Dogan a fait savoir que les autorités turques sont contrariées par la sortie musclée du prédicateur contre les propositions du chef de l’Etat tunisien sur l’héritage et le mariage, et que son gouvernement condamne énergiquement les agissements de Ghonim. Il a ajouté que la Turquie refuse de laisser prospérer sur son territoire des actions contre le gouvernement et les citoyens tunisiens. Il a affirmé que la justice turque a déjà entamé des poursuites contre le prédicateur…

Pour rappel, le ministre des Affaires étrangères avait convoqué, le 23 août 2017, l’ambassadeur turc en Tunisie pour lui signifier qu’il ne comprenait que la Turquie laisse ce personnage s’en prendre impunément à l’Etat tunisien et à ses symboles…

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Le conseil de l’université Ez-zitouna a souligné vendredi l’impératif de consulter les savants islamiques et les experts dans les affaires religieuses en réactivant le rôle des établissements religieux et scientifiques dont l’université Ez-zitouna, le conseil islamique supérieur, le ministère des Affaires religieuses et la maison d’El Iftaa concernant le discours du président de la République, Béji Caid Essebsi, prononcé à l’occasion de la fête de la femme portant sur la question de l’égalité homme-femme en matière d’héritage et le mariage de la femme musulmane avec un non-musulman.
Le conseil a appelé dans un communiqué le mufti de la République à préciser les règles de la chariaa concernant ces deux affaires.
L’initiative du président de la République est contraire aux dispositions de la Constitution, a précisé l’université dans le communiqué, rappelant que les lois régissant la question de l’héritage font objet d’une unanimité irréfutable et ne peuvent en aucun cas faire objet d’ijtihed ou d’interprétation.
Le mariage d’une musulmane avec un non musulman est aussi interdit à l’unanimité, selon le communiqué.

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Après son tonitruant discours du 10 mai 2017, le vieux baroudeur du palais de Carthage, Béji Caïd Essebsi, a encore frappé, là où on s’y attendait le moins dans cette période où le marasme économique occupe tout l’espace : Les droits des femmes. L’opinion publique bruisse encore des propositions sans précédent du président de la République : La légalisation du mariage entre une Tunisienne et un non-musulman mais surtout l’égalité homme-femme dans l’héritage. Tout le monde en parle. Même la célèbre institution égyptien Al-Azhar a été ébranlée, au point qu’elle a fait savoir qu’elle fera feu de tout bois pour barrer la route à BCE. Par quel moyen ? Nul ne le sait pour le moment. En tout cas une chose est sûre : le chef de l’Etat est parvenu à cristalliser toute l’attention des médias, des observateurs, des analystes et de tout le personnel politique. Il a même réussi, même si c’était pas son but, à éclipser l’heureuse nouvelle des bons chiffres de la croissance pour le premier semestre 2017. Et ça politiquement c’est une excellente affaire, car l’enjeu est aussi politique. Il y a beaucoup à gagner… et aussi à perdre.

D’abord il y a le feu que le chef de l’Etat a mis dans les rangs de son allié, Ennahdha. Bon, pour l’instant la grande majorité des leaders du mouvement observent un silence lourd, embarrassé. Le fait le plus aillant est l’étrange absence de Rached Ghannouchi. Il y aussi la réaction du député et ancien ministre de la Santé Abdellatif Mekki, manifestement outré par la sortie du président de la République. Ou celle de l’ancien chef du gouvernement de la Troïka Hamadi Jebali, dans les mêmes dispositions que Mekki. A part ça presque personne n’a moufté chez les nahdhaouis. Sauf peut-être le député Ali Laarayedh, dont le commentaire sur sa page Facebook, qui oscille entre un appui franc à l’initiative de Essebsi et l’impérieuse nécessité de ne pas s’écarter du dogme religieux, est in fine illisible et manque singulièrement de tranchant. Mais silence ne veut pas dire consentement. Et en faisant cavalier seul de la sorte, sans l’assentiment des islamistes, qui manifestement n’ont pas été consultés dans cette affaire, BCE prend un gros risque politique. Il pourrait ramasser toute la mise dans quelques années, s’il va au bout de son projet, mais aussi tout perdre quand la configuration de la prochaine échéance électorale l’obligera à nouer des alliances pour gouverner.

Le dogme religieux a bon dos!

De ce que nous avons lu, vu et entendu, c’est surtout la question de l’égalité homme-femme dans le partage de l’héritage qui déchaine les passions. L’opinion publique s’enflamme littéralement autour de cette proposition. Les détracteurs de BCE arguent la fidélité au sacro-saint texte coranique, dont les préceptes sont sans équivoque sur ce dossier. Pourtant à y regarder de plus près, en toute objectivité, cette affaire d’égalité dans l’héritage n’est qu’une question matérielle, et même bassement matérielle. Et le fait de donner à l’homme et à la femme des parts égales ne bouleverserait en rien l’ordre social. Mis à part le fait de rogner un peu le pré-carré des hommes, il n’y a rien de mortifère pour la société, quoi qu’en disent les adversaires du président de la République. Donc il faut savoir raison garder.

Ce dossier a pris d’énormes proportions car l’enjeu ce sont les intérêts des hommes, et dans certains cas ce sont des millions de dinars. Alors la gente masculine s’excite plus que de raison et brandit le Coran et les dogmes religieux, les mêmes qui ne sont pas troublés outre mesure par le fait de zapper les autres enseignements du saint texte, infiniment plus importants. Par exemple la deuxième proposition de BCE, le mariage entre une Tunisienne et un non-musulman, est à ce titre beaucoup plus problématique pour les plus sourcilleux d’entre nous. En effet cela induit – je précise que c’est du point de vue des plus rigoristes d’entre nous – que les enfants qui naitront de cette union ne peuvent pas être considérés de fait comme des musulmans, d’après le Coran. A moins qu’ils se convertissent formellement après. Voilà une prescription majeure, que BCE propose pourtant de mettre de côté au nom de la modernisation de la société, presque dans l’indifférence générale. Ce qui chauffe surtout les esprits, c’est le partage des sous, des villas, des terres, etc. Cela ne porte pas le nom hypocrisie sociale ?

La plupart des sociétés du monde sont des sociétés d’hommes, bâties par et pour les hommes. Ce n’est que récemment que les femmes se sont glissées, et tous les droits qu’elles ont arrachés aux hommes l’ont été au prix de longs et âpres batailles. Par exemple en France, les femmes n’ont acquis le droit de voter et l’éligibilité le 23 mars 1944, plus de deux siècles et demi après la Révolution (1789) et un siècle après que ces droits ont été accordés aux hommes. Les Françaises ont voté après les Turques, les Espagnoles, les Birmanes, etc. Tout cela pour dire que les droits des femmes ne vont pas de soi et qu’en Tunisie comme ailleurs, c’est une lutte de tous les instants dans laquelle les hommes s’échinent à bloquer toute avancée, par tous les moyens. Cette affaire d’héritage en est la parfaite illustration…

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Le système des Nations Unies en Tunisie a lancé mardi 15 août 2017 à Tunis le guide sur la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW).
Lancé par le Haut Commissariat aux droits de l’Homme (HCDH), ONU femmes et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFAP), ce guide fournit les informations de base afin de connaître et comprendre cette convention fondamentale, ratifiée par la Tunisie le 20 septembre 1985.

Elaboré par Hafidha Chekri, experte juridique, ce kit contient un guide présentant les principes fondateurs, les droits défendus par cette convention, les obligations qui découlent de sa ratification par la Tunisie et les mécanismes existants pour surveiller sa mise en œuvre.
Il contient également une brochure qui reprend l’intégralité du texte de la CEDAW, une autre brochure qui vulgarise les droits défendus par la CEDAW et un document sur les critiques et les questions fréquemment posées sur cette convention. Ce kit comporte aussi un imprimé présentant pour chaque droit défendu dans la CEDAW la situation actuelle en matière d’égalité hommes-femmes.

La CEDAW prend tout son sens aujourd’hui avec l’adoption de la loi organique contre les violences faites aux femmes“, a estimé Hafidha Chekir, appelant à la nécessité d’intégrer cette convention dans la législation tunisienne et de réviser toutes les lois qui ne sont pas en adéquation avec ce texte.
La CEDAW repose, a-t-elle dit, sur une approche basée sur les droits de l’Homme et défend les droits des femmes dans tous les domaines (santé, éducation, travail, santé…)

Essebsi encensé !

Le Coordonnateur Résident du Système des Nations unies en Tunisie, Diego Zorrilla, a saisi cette occasion pour féliciter le Président de la République pour avoir recommandé la révision de la loi de manière à instaurer l’égalité successorale homme-femme et autoriser le mariage des Tunisiennes avec des non musulmans.
Le système des Nations Unies se tient prêt à accompagner la Tunisie dans ce débat annoncé par le Président de la République et dans ce combat pour l’égalité hommes-femmes“, a-t-il souligné.

Adoptée en 1979 par l’Assemblée générale des Nations Unies, la CEDAW fixe les mesures que les pays doivent prendre pour mettre fin à toute forme de discrimination exercée à l’égard des femmes et défend leurs droits dans l’ensemble des domaines politiques, économiques, sociaux, culturels et civils.
La Tunisie avait émis des réserves à l’égard de certaines dispositions de cette convention dont l’article 9 relatif à la transmission de la nationalité, l’article 16 relatif au mariage et au divorce et l’article 15 relatif aux choix de résidence. Ces réserves ont été levées officiellement en 2014.

TAP

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