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L’ambassadeur turc en Tunisie, Farouk Dogan, donne des gages suite aux remous provoqués par l’attaque virulente du sulfureux prédicateur égyptien Wajdi Ghonim. Il a fait le déplacement hier vendredi 25 août 2017 au ministère tunisien des Affaires étrangères pour livrer la position officielle d’Ankara.

Dogan a fait savoir que les autorités turques sont contrariées par la sortie musclée du prédicateur contre les propositions du chef de l’Etat tunisien sur l’héritage et le mariage, et que son gouvernement condamne énergiquement les agissements de Ghonim. Il a ajouté que la Turquie refuse de laisser prospérer sur son territoire des actions contre le gouvernement et les citoyens tunisiens. Il a affirmé que la justice turque a déjà entamé des poursuites contre le prédicateur…

Pour rappel, le ministre des Affaires étrangères avait convoqué, le 23 août 2017, l’ambassadeur turc en Tunisie pour lui signifier qu’il ne comprenait que la Turquie laisse ce personnage s’en prendre impunément à l’Etat tunisien et à ses symboles…

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Le conseil de l’université Ez-zitouna a souligné vendredi l’impératif de consulter les savants islamiques et les experts dans les affaires religieuses en réactivant le rôle des établissements religieux et scientifiques dont l’université Ez-zitouna, le conseil islamique supérieur, le ministère des Affaires religieuses et la maison d’El Iftaa concernant le discours du président de la République, Béji Caid Essebsi, prononcé à l’occasion de la fête de la femme portant sur la question de l’égalité homme-femme en matière d’héritage et le mariage de la femme musulmane avec un non-musulman.
Le conseil a appelé dans un communiqué le mufti de la République à préciser les règles de la chariaa concernant ces deux affaires.
L’initiative du président de la République est contraire aux dispositions de la Constitution, a précisé l’université dans le communiqué, rappelant que les lois régissant la question de l’héritage font objet d’une unanimité irréfutable et ne peuvent en aucun cas faire objet d’ijtihed ou d’interprétation.
Le mariage d’une musulmane avec un non musulman est aussi interdit à l’unanimité, selon le communiqué.

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Après son tonitruant discours du 10 mai 2017, le vieux baroudeur du palais de Carthage, Béji Caïd Essebsi, a encore frappé, là où on s’y attendait le moins dans cette période où le marasme économique occupe tout l’espace : Les droits des femmes. L’opinion publique bruisse encore des propositions sans précédent du président de la République : La légalisation du mariage entre une Tunisienne et un non-musulman mais surtout l’égalité homme-femme dans l’héritage. Tout le monde en parle. Même la célèbre institution égyptien Al-Azhar a été ébranlée, au point qu’elle a fait savoir qu’elle fera feu de tout bois pour barrer la route à BCE. Par quel moyen ? Nul ne le sait pour le moment. En tout cas une chose est sûre : le chef de l’Etat est parvenu à cristalliser toute l’attention des médias, des observateurs, des analystes et de tout le personnel politique. Il a même réussi, même si c’était pas son but, à éclipser l’heureuse nouvelle des bons chiffres de la croissance pour le premier semestre 2017. Et ça politiquement c’est une excellente affaire, car l’enjeu est aussi politique. Il y a beaucoup à gagner… et aussi à perdre.

D’abord il y a le feu que le chef de l’Etat a mis dans les rangs de son allié, Ennahdha. Bon, pour l’instant la grande majorité des leaders du mouvement observent un silence lourd, embarrassé. Le fait le plus aillant est l’étrange absence de Rached Ghannouchi. Il y aussi la réaction du député et ancien ministre de la Santé Abdellatif Mekki, manifestement outré par la sortie du président de la République. Ou celle de l’ancien chef du gouvernement de la Troïka Hamadi Jebali, dans les mêmes dispositions que Mekki. A part ça presque personne n’a moufté chez les nahdhaouis. Sauf peut-être le député Ali Laarayedh, dont le commentaire sur sa page Facebook, qui oscille entre un appui franc à l’initiative de Essebsi et l’impérieuse nécessité de ne pas s’écarter du dogme religieux, est in fine illisible et manque singulièrement de tranchant. Mais silence ne veut pas dire consentement. Et en faisant cavalier seul de la sorte, sans l’assentiment des islamistes, qui manifestement n’ont pas été consultés dans cette affaire, BCE prend un gros risque politique. Il pourrait ramasser toute la mise dans quelques années, s’il va au bout de son projet, mais aussi tout perdre quand la configuration de la prochaine échéance électorale l’obligera à nouer des alliances pour gouverner.

Le dogme religieux a bon dos!

De ce que nous avons lu, vu et entendu, c’est surtout la question de l’égalité homme-femme dans le partage de l’héritage qui déchaine les passions. L’opinion publique s’enflamme littéralement autour de cette proposition. Les détracteurs de BCE arguent la fidélité au sacro-saint texte coranique, dont les préceptes sont sans équivoque sur ce dossier. Pourtant à y regarder de plus près, en toute objectivité, cette affaire d’égalité dans l’héritage n’est qu’une question matérielle, et même bassement matérielle. Et le fait de donner à l’homme et à la femme des parts égales ne bouleverserait en rien l’ordre social. Mis à part le fait de rogner un peu le pré-carré des hommes, il n’y a rien de mortifère pour la société, quoi qu’en disent les adversaires du président de la République. Donc il faut savoir raison garder.

Ce dossier a pris d’énormes proportions car l’enjeu ce sont les intérêts des hommes, et dans certains cas ce sont des millions de dinars. Alors la gente masculine s’excite plus que de raison et brandit le Coran et les dogmes religieux, les mêmes qui ne sont pas troublés outre mesure par le fait de zapper les autres enseignements du saint texte, infiniment plus importants. Par exemple la deuxième proposition de BCE, le mariage entre une Tunisienne et un non-musulman, est à ce titre beaucoup plus problématique pour les plus sourcilleux d’entre nous. En effet cela induit – je précise que c’est du point de vue des plus rigoristes d’entre nous – que les enfants qui naitront de cette union ne peuvent pas être considérés de fait comme des musulmans, d’après le Coran. A moins qu’ils se convertissent formellement après. Voilà une prescription majeure, que BCE propose pourtant de mettre de côté au nom de la modernisation de la société, presque dans l’indifférence générale. Ce qui chauffe surtout les esprits, c’est le partage des sous, des villas, des terres, etc. Cela ne porte pas le nom hypocrisie sociale ?

La plupart des sociétés du monde sont des sociétés d’hommes, bâties par et pour les hommes. Ce n’est que récemment que les femmes se sont glissées, et tous les droits qu’elles ont arrachés aux hommes l’ont été au prix de longs et âpres batailles. Par exemple en France, les femmes n’ont acquis le droit de voter et l’éligibilité le 23 mars 1944, plus de deux siècles et demi après la Révolution (1789) et un siècle après que ces droits ont été accordés aux hommes. Les Françaises ont voté après les Turques, les Espagnoles, les Birmanes, etc. Tout cela pour dire que les droits des femmes ne vont pas de soi et qu’en Tunisie comme ailleurs, c’est une lutte de tous les instants dans laquelle les hommes s’échinent à bloquer toute avancée, par tous les moyens. Cette affaire d’héritage en est la parfaite illustration…

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Le système des Nations Unies en Tunisie a lancé mardi 15 août 2017 à Tunis le guide sur la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW).
Lancé par le Haut Commissariat aux droits de l’Homme (HCDH), ONU femmes et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFAP), ce guide fournit les informations de base afin de connaître et comprendre cette convention fondamentale, ratifiée par la Tunisie le 20 septembre 1985.

Elaboré par Hafidha Chekri, experte juridique, ce kit contient un guide présentant les principes fondateurs, les droits défendus par cette convention, les obligations qui découlent de sa ratification par la Tunisie et les mécanismes existants pour surveiller sa mise en œuvre.
Il contient également une brochure qui reprend l’intégralité du texte de la CEDAW, une autre brochure qui vulgarise les droits défendus par la CEDAW et un document sur les critiques et les questions fréquemment posées sur cette convention. Ce kit comporte aussi un imprimé présentant pour chaque droit défendu dans la CEDAW la situation actuelle en matière d’égalité hommes-femmes.

La CEDAW prend tout son sens aujourd’hui avec l’adoption de la loi organique contre les violences faites aux femmes“, a estimé Hafidha Chekir, appelant à la nécessité d’intégrer cette convention dans la législation tunisienne et de réviser toutes les lois qui ne sont pas en adéquation avec ce texte.
La CEDAW repose, a-t-elle dit, sur une approche basée sur les droits de l’Homme et défend les droits des femmes dans tous les domaines (santé, éducation, travail, santé…)

Essebsi encensé !

Le Coordonnateur Résident du Système des Nations unies en Tunisie, Diego Zorrilla, a saisi cette occasion pour féliciter le Président de la République pour avoir recommandé la révision de la loi de manière à instaurer l’égalité successorale homme-femme et autoriser le mariage des Tunisiennes avec des non musulmans.
Le système des Nations Unies se tient prêt à accompagner la Tunisie dans ce débat annoncé par le Président de la République et dans ce combat pour l’égalité hommes-femmes“, a-t-il souligné.

Adoptée en 1979 par l’Assemblée générale des Nations Unies, la CEDAW fixe les mesures que les pays doivent prendre pour mettre fin à toute forme de discrimination exercée à l’égard des femmes et défend leurs droits dans l’ensemble des domaines politiques, économiques, sociaux, culturels et civils.
La Tunisie avait émis des réserves à l’égard de certaines dispositions de cette convention dont l’article 9 relatif à la transmission de la nationalité, l’article 16 relatif au mariage et au divorce et l’article 15 relatif aux choix de résidence. Ces réserves ont été levées officiellement en 2014.

TAP

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