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Joseph Kabila

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RDC : Kabila part mais sa mainmise sur l'économie reste

L’élection présidentielle de décembre en République démocratique du Congo devrait apporter de nouveaux espoirs, après que l’autocrate Joseph Kabila ait finalement accepté de se retirer en août. Mais avec les principaux candidats de l’opposition prescrits et un fidèle de Kabila sur la même ligne et destiné à lui succéder, l’histoire ne risque-t-elle pas de se répéter ? Un nouveau rapport du consultant A2 Global Risk (A2GlobalRisk.com) en matière de risques politiques et de sécurité, donne des conseils aux entreprises sur les risques auxquels elles sont susceptibles d’être confrontées après le retrait de Kabila.

Télécharger le rapport : http://bit.ly/2R2kqs7

Bien que la République démocratique du Congo (RDC) soit riche en ressources naturelles, notamment en or, en cuivre et en cobalt, une faible partie de cette richesse revient à ses citoyens ordinaires ; 63 % de la population survit avec moins de 1,9 dollar par jour. Par ailleurs de récentes enquêtes ont plutôt laissé entendre que d’énormes sommes d’argent auraient pu finir dans les coffres du président Joseph Kabila, de sa famille et de ses amis.

L’analyse des dossiers publics laisse entendre que des fonds publics se sont retrouvés dans un réseau d’entités complexe, contrôlé par Kabila, sa famille et ses alliés. Une évaluation des intérêts détenus par le cercle de Kabila dans des pays tels que la Namibie l’indique également.

Une élection présidentielle devrait permettre un nouveau départ après 17 ans de présidence de Kabila. Cependant, Olivier Milland, analyste principal chez A2 Global Risk et analyste de l’Afrique subsaharienne, auteur du rapport Risques commerciaux et République démocratique du Congo : que se passera-t-il lorsque Kabila se retirera ?, est moins optimiste.

« Les signaux montrent qu’il n’y aura guère de changement réel. C’est l’homme de paille qui va changer, mais les affaires vont probablement continuer comme avant ».

Les indicateurs laissent à penser que le risque d’investissement restera élevé au lendemain des élections, estime A2 Global. On peut citer par exemple :

  • Il est peu probable que les élections de décembre soient libres et équitables, ce qui accroît le potentiel de troubles civils et de violence
  • Kabila a tout fait en sorte pour qu’un fidèle partisan lui succède, réduisant ainsi le risque de poursuites éventuelles après son retrait
  • En attendant, le cercle immédiat de parents et d’amis de Kabila domine une communauté d’affaires opaque, susceptible de garder la main mise sur une grande partie des richesses de la RDC à moyen terme.

« Compte tenu des intérêts particuliers de tous ceux qui ont l’intention de maintenir le statu quo, cela place les entreprises étrangères dans une position difficile pour pouvoir pénétrer sur le marché ».

« D’une part, elles pourraient faire face à une concurrence déloyale venant des sociétés ayant des liens avec Kabila et, d’autre part, elles doivent veiller à ce que les transactions ne violent pas la multitude des réglementations nationales et extraterritoriales en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux. »

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Le président Joseph Kabila vient de rompre un des suspense les plus haletants de ces dernières années sur le continent en déclarant forfait pour les élections du 23 décembre 2018. Le ministre Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, a fait cette annonce retentissante ce mercredi 8 août 2018 devant la presse, à quelques heures de la clôture du dépôt des dossiers, et a dévoilé dans la foulée celui qui va reprendre le flambeau, pour le compte du camp présidentiel : Emmanuel Ramazani Shadary, selon Jeune Afrique.

Ce dernier, qui occupait jusque-là le poste de secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, principal parti politique de la coalition au pouvoir), aura donc la lourde tâche de porter les couleurs du Front commun pour le Congo (FCC), une alliance montée par Kabila, à la présidentielle. L’opposition est soulagée, croyant plus que jamais en ses chances de renverser enfin les rôles à la tête de la République Démocratique du Congo et la communauté internationale se remet à espérer éteindre prochainement un des foyers de tension en Afrique, du fait surtout des velléités du président de briguer un 3e mandat…

A noter que le poulain de Kabila, Shadary, affublé du surnom «coup sur coup», a été son vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et qu’il est sur la liste des responsables congolais sous le coup de l’Union européenne pour «entraves au processus électoral et violation des droits de l’homme». Donc il ne pourra pas prétendre à l’appui de l’Union européenne, ce qui est, qu’on le dise ou non, un un gros handicap pour lui…

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Mystère autour des intentions de l’actuel chef de l’Etat congolais, Joseph kabila, pour la prochaine présidentielle. Enfin pas totalement puisque ce qu’il ne peut pas faire ou dire, ce sont ses partisans zélés qui s’en chargent. Après les pancartes dans la capitale annonçant sa candidature, alors que théoriquement la Constitution le lui interdit après ses deux mandats, place à un autre argument pour faire passer la pilule. Et c’est la même Constitution qui est convoquée pour justifier la manoeuvre.

Papy Pungu, président de la Ligue des jeunes du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), principale formation de la Majorité présidentielle en République Démocratique du Congo (RDC),est en convaincu : Kabila a le droit de briguer un troisième mandat le 23 décembre prochain, sur la base justement du texte fondamental qui a été modifié en 2011. «Nous allons respecter la Constitution telle que modifiée en janvier 2011 (NDLR : passage de deux à un tour pour la présidentielle). La nouvelle donne constitutionnelle depuis cette date est que le président Kabila peut constitutionnellement briguer un deuxième et dernier mandat», a asséné Pungu, droit dans ses bottes, selon Africanews. Comprenez par là que la nouvelle Constitution n’est pas rétroactive et que le décompte des mandats de Kabila commence à partir de 2011, ce qui lui en ferait un seul et l’autoriserait donc à concourir pour un deuxième. Inutile de dire que cet argumentaire mettra le feu dans le pays et ne passera pas devant la communauté internationale, qui presse Kabila de se retirer sans tarder…

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Que prépare l’actuel président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila ? En effet des affiches fabriquées par ses partisans et le présentant comme “candidat” à la présidentielle du 23 décembre prochain ont commencé à fleurir un peu partout à Kinshasa, selon l’AFP. Il n’en fallait pas plus pour susciter l’ire de la société civile et de l’opposition, qui pointent une “stratégie dangereuse”.

Ces affiches “font partie d’une stratégie politique dangereuse mise en place par le PPRD” afin de “préparer l’opinion à accepter un troisième mandat pour le président Kabila”, a déclaré Georges Kapiamba, président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ).
Nous condamnons cette attitude et nous en appelons au sens de la responsabilité du président Kabila pour qu’il mette fin à ces manœuvres mijotées par ses proches collaborateurs”, a-t-il ajouté.
Même son de cloche chez l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), vieux formation de l’opposition : cet affichage “montre que M. Kabila est en train de tout manigancer pour se maintenir au pouvoir”.
C’est dangereux, nous ne l’accepterons jamais même si les hommes de Kabila sont prêts à tout”, a affirmé Peter Kazadi, directeur du cabinet adjoint du président de l’UDPS.

Pour rappel, pas plus tard que le 7 mai 2018, la présidence congolaise avait tenté de calmer les inquiétudes des opposants et de la communauté internationale en démentant toute intention de Kabila de briguer un troisième mandat, ce que de toute façon la Constitution lui interdit formellement.
Au pouvoir depuis 2001, il était censé déguerpir en décembre 2016, date de l’expiration de son deuxième et dernier mandat. Mais depuis il multiplie les manoeuvres pour se cramponner à son fauteuil, n’hésitant pas à réprimer dans le sang la contestation populaire…

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Le droit à la liberté de réunion pacifique a été sévèrement restreint et souvent violemment réprimé en République démocratique du Congo (RDC) en 2017 et cette tendance continue encore cette année, selon un rapport de l’ONU publié lundi 19 mars 2018. Le rapport* documente les meurtres et d’autres violations graves des droits de l’homme dus à un recours excessif à la force par les services de sécurité et les forces de défense lors de manifestations.

Entre le 1er janvier 2017 et le 31 janvier 2018, au moins 47 personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées par les services de sécurité et les forces de défense dans le cadre de manifestations. Les services de sécurité congolais ont tenté de dissimuler ces graves violations des droits de l’homme en enlevant les corps des victimes et en entravant le travail des observateurs nationaux et internationaux, indique le rapport.

Ce rapport, publié conjointement par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO)**, décrit le non-respect de la législation nationale et des normes internationales, notamment les principes de légalité, nécessité, proportionnalité, précaution et la responsabilité des services de sécurité et des forces de défense, relatifs au recours à la force, lors de la répression de manifestations pacifiques entre janvier 2017 et janvier 2018.

Le rapport se fonde sur des informations recueillies au cours de six journées principales de mobilisation et indique que, bien que quelques personnes armées de bâtons et de balais aient tenté de commettre des actes de violence pendant certaines manifestations, la grande majorité des manifestants était pacifique. Le recours excessif à la force – y compris la force létale – par les autorités était donc illégal, injustifié et disproportionné.

Le rapport indique également que les restrictions croissantes des droits et libertés fondamentaux, associées à des discours incendiaires et à des menaces contre les manifestants, sont un sujet de préoccupation majeure à un moment où il est particulièrement important de créer un environnement propice à la tenue d’élections pacifiques.

La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies en RDC, Leila Zerrougui, a déclaré que le rapport soulignait une impunité constante et un rétrécissement continu de l’espace démocratique dans le pays observés depuis le début de l’année 2015.

“Ceci est incompatible avec la lettre et l’esprit de l’Accord du 31 décembre 2016 et ses mesures de décrispation. Les manifestations sont intrinsèquement liées à la liberté d’expression et il est absolument nécessaire que toutes les voix puissent être entendues dans le contexte des prochaines élections”, a déclaré Madame Zerrougui.

“La création par le Ministère des droits humains d’une commission mixte d’enquête*** avec la participations de représentants de la société civile est un développement positif dans le cadre de la lutte contre l’impunité et les réparations pour les victimes.”, a-t-elle ajouté. La Représentante spéciale du Secrétaire général s’est félicitée des conclusions de la Commission et a demandé qu’elles soient intégralement et rapidement mises en œuvre. En outre, elle a affirmé la disponibilité des Nations Unies à fournir un appui à cet égard.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a déclaré que la répression systématique des manifestations, y compris en recourant à une force disproportionnée, constitue une violation grave du droit international des droits de l’homme et des lois de la RDC. Il est urgent d’ouvrir des enquêtes crédibles, transparentes et indépendantes sur ces violations et sur d’autres allégations.

“Il est particulièrement inquiétant que les services de sécurité et les forces de défense recourent à cette violence avec une impunité presque totale, ce qui peut être perçu comme une incitation à réprimer”, a-t-il déclaré. “Nous assistons à un anéantissement des voix discordantes à tout prix – même au prix de vies humaines – en RDC avec le déploiement systématique des forces armées aux côtés de la Police nationale congolaise pour gérer les manifestations.”

La Représentante spéciale et le Haut-Commissaire ont exhorté le gouvernement à permettre l’exercice des droits de réunion pacifique et d’expression, alertant sur le fait que la répression n’engendre de la frustration, détérioration significative de la sécurité dans le pays et constituer une menacer le processus électoral. Pour des élections crédibles à la fin de cette année, le gouvernement a l’obligation de veiller au respect et à la jouissance des droits civils et politiques.

* Le rapport complet en français peut être consulté ici: http://www.ohchr.org/Documents/Countries/CD/BCNUDH-Report_March2018.pdf

** Le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme, créé en février 2008, inclut la Division des droits de l’homme de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) et le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme en RDC (OHCHR-DRC).

*** A la demande du gouvernement de la République démocratique du Congo, le rapport de la commission mixte d’enquête est annexé comme réponse au rapport des Nations Unies.

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Dans une rare conférence de presse vendredi, le président Joseph Kabila a tenu des propos qui signalent que la crise politique en République démocratique du Congo est loin d’être résolue et qu’on peut s’attendre à de nouvelles répressions et restrictions aux libertés d’expression et de réunion dans le pays.

Alors que les inquiétudes se sont accrues concernant les conséquences mortelles des efforts de Kabila pour se maintenir au pouvoir au-delà de la limite des deux mandats que lui autorisait la constitution, limite qui a été atteinte en décembre 2016, les appels se sont multipliés, tant à l’échelon national qu’à l’international, pour que Kabila déclare explicitement qu’il ne sera pas candidat aux élections qui ont été fixées pour décembre 2018, qu’il ne cherchera pas à amender la constitution et qu’il quittera ses fonctions avant la fin de 2018. Parmi les intervenants, figure un groupe bipartite de sénateurs américains, qui a envoyé une lettre en ce sens à Kabila la semaine dernière.

Lors de sa conférence de presse – sa première depuis cinq ans – Kabila n’a pris aucun de ces engagements. Tout en affirmant que le processus électoral était « résolument engagé », il a déclaré que seule la commission électorale nationale (CENI) était habilitée à décider de la date exacte des élections. Quand une journaliste a demandé à Kabila s’il se représenterait, il n’a pas dit non mais a demandé qu’une copie de la constitution soit remise à la journaliste.

En dépit du fait que le droit des Congolais de manifester pacifiquement est reconnu par la constitution du pays et par le droit international, Kabila a affirmé qu’une nouvelle loi était nécessaire pour « recadrer » la légalité de telles manifestations, soulignant que « la démocratie, ce n’est pas la foire. » Il a déclaré qu’il « s’éclatait » quand il voyait ceux qui « prétendent défendre la constitution aujourd’hui. » Malheureusement, ce que Kabila considère comme prêtant à rire, c’est le spectacle des forces de sécurité tuant par balles, blessant et emprisonnant des centaines de personnes qui appellent pacifiquement au respect de la constitution.

Kabila a également mis en cause le coût du processus électoral qui, selon lui, peut peser au détriment du développement du pays : « Est-ce qu’il faut qu’on soit cité comme le pays le plus démocratique dans le monde ou bien c’est le développement qui compte ? », a-t-il demandé. « [A]u moment venu », a-t-il ajouté, il faudra « prendre des décisions courageuses ». S’agissait-il là d’une allusion voilée à un prochain referendum ou à un changement du processus électoral qui permettrait à Kabila de se maintenir au pouvoir ?

Les propos de Kabila ont été tenus deux jours après que le bureau des droits de l’homme des Nations Unies en RD Congo eut annoncé dans un rapport que 1 176 personnes avaient été exécutées de manière extrajudiciaire par des « agents de l’État » congolais en 2017, ce qui représente un triplement sur une période de deux ans.

Le 21 janvier, des milliers de fidèles catholiques et d’autres citoyens congolais ont manifesté dans plusieurs villes, appelant Kabila à quitter le pouvoir et à permettre l’organisation d’élections. Les forces de sécurité ont répondu en faisant usage d’une force injustifiée ou excessive, tirant des gaz lacrymogènes ou ouvrant le feu à balles réelles pour disperser les attroupements. Au moins sept personnes ont été tuées, selon des recherches effectuées par Human Rights Watch, dont une femme de 24 ans qui aspirait à la vie religieuse, tuée par balles devant son église. La répression du 21 janvier a fait suite à des manifestations similaires auxquelles avaient appelé des responsables laïcs de l’Église catholique de la RD Congo après la messe dominicale du 31 décembre, lorsque les forces de sécurité ont tué au moins huit personnes et blessé ou arrêté de nombreuses autres, dont plusieurs prêtres catholiques.

Au cours des trois dernières années, Kabila et son entourage ont recouru à des manœuvres dilatoires, l’une à la suite de l’autre, pour retarder les élections et enraciner leur pouvoir, par une répression brutale, des violences et des violations des droits humains à grande échelle, et en s’appuyant sur une corruption systémique. Un accord de partage du pouvoir négocié par l’Église catholique et signé le 31 décembre 2016 a accordé à Kabila une nouvelle année au pouvoir – après l’expiration de ses deux mandats constitutionnels – pour mettre en œuvre une série de mesures de décrispation et organiser des élections avant la fin de 2017. Mais ces engagements ont été bafouésdans une large mesure. En dépit de la publication le 5 novembre par la CENI d’un calendrier électoral – qui fixe au 23 décembre 2018 la nouvelle date des élections, avec l’avertissement que de nombreuses « contraintes » pourraient justifier que cette date soit encore repoussée – Kabila n’a donné aucun signe qu’il se préparait à quitter le pouvoir, ni créé un climat propice à l’organisation d’élections libres, équitables et crédibles.

Même si certains partenaires internationaux de la RD Congo ont accru leurs pressions sur le gouvernement de Kabila, davantage d’efforts sont nécessaires pour lui montrer qu’il y aura de vraies conséquences s’il tente de nouveau de retarder les élections et d’enraciner sa présidence par la répression. La Belgique a récemment annoncé qu’elle suspendait toute son aide bilatérale directe au gouvernement congolais et qu’elle réorientait cette aide vers les organisations humanitaires et de la société civile. D’autres bailleurs de fonds devraient suivre cette voie. En décembre, les États-Unis ont pris des sanctions à l’encontre du milliardaire israélien Dan Gertler, un proche ami et associé financier de Kabila qui « a amassé sa fortune grâce à des accords miniers et pétroliers opaques et teintés de corruption représentant des centaines de millions de dollars » en RD Congo, ainsi qu’à l’encontre d’un certain nombre d’individus et de compagnies associés à Gertler. Et pourtant, l’impact de ces décisions serait beaucoup plus grand si le Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union européenne et les États-Unis travaillaient ensemble pour élargir ces sanctions ciblées aux individus les plus responsables des graves violations des droits humains commises en RD Congo et à ceux qui apportent un appui financier ou politique à ces tactiques répressives.

En fin de compte, les partenaires de la RD Congo devront décider s’il est dans leur intérêt de soutenir un gouvernement dictatorial qui commet des abus ou de respecter et favoriser les droits du peuple congolais – et ce que cela implique en termes d’actes concrets.

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« La MONUSCO est présente en RDC en application des résolutions du conseil de sécurité de l’ONU, non pour se substituer aux autorités mais pour les renforcer dans l’exercice de leur responsabilité vis-à-vis du peuple » a affirmé samedi Florence Marchal, la porte-parole de la MONUSCO, la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (RDC).

Cette déclaration intervient au lendemain de la sortie médiatique du président Joseph Kabila à Kinshasa. Face à la presse vendredi dernier, le chef de l’Etat congolais avait appelé à une clarification des relations entre la RDC et la MONUSCO, estimant notamment que la RDC passe pour un pays sous tutelle de la MONUSCO.

Lors de ce point de presse, le président Kabila a également accusé la MONUSCO « d’avoir violé à plusieurs reprises l’accord de siège » qui régit les relations entre son pays et l’ONU.

Des propos dont la MONUSCO a pris connaissance et qu’elle n’a pas souhaiter commenter, a souligné la porte-parole de la mission onusienne en RDC.

Florence Marchal a toutefois assuré que la mission de l’ONU en RDC maintient un dialogue permanent avec le gouvernement congolais sur la mise en œuvre de son mandat qui, a-t-elle précisé, consiste en soutien aux autorités congolaises « pour le bien-être des populations ».

Et ce mandat de la MONUSCO a comme priorités « le soutien à l’organisation des élections dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord du 31 décembre et la neutralisation des groupes armés à l’appui des autorités de la RDC » a dit à Radio Okapi Florence Marchal

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Les forces de sécurité en République démocratique du Congo ont fait un usage excessif de la force, notamment en tirant des gaz lacrymogènes et à balles réelles sur des manifestants pacifiques dans des églises catholiques de Kinshasa et d’autres villes du pays le 31 décembre 2017, a déclaré Human Rights Watch le dimanche 21 janvier 2018. Face aux policiers et aux militaires lourdement armés, certains manifestants, vêtus de blanc, ont chanté des hymnes ou se sont agenouillés au sol. Au moins huit personnes ont été tuées et des dizaines d’autres ont été blessées, dont au moins 27 par balles. Le nombre de morts et de blessés pourrait cependant être beaucoup plus élevé.

Les tirs, passages à tabac et arrestations arbitraires de fidèles pacifiques par les forces de sécurité congolaises sont une violation des droits de ces personnes à la liberté de culte, d’expression et de réunion pacifique, a souligné Human Rights Watch. Ceux qui ont fait un usage illégal de la force meurtrière devraient être poursuivis. D’autres marches étant prévues, les autorités devraient lever l’interdiction de manifester et permettre aux personnes qui le souhaitent de pratiquer leur religion sans interférence.

« Les forces de sécurité congolaises ont battu un triste record en tirant dans l’enceinte d’églises pour interrompre les services religieux et empêcher des processions pacifiques », a déclaré Ida SawyerAFR, Directrice pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait cesser d’interdire les manifestations et laisser les fidèles pratiquer leur religion sans être inquiétés. »

Depuis ces fusillades, des responsables laïcs de l’Église catholique en RD Congo ont appelé à des marches pacifiques après la messe dominicale du 21 janvier 2018, afin d’exhorter les dirigeants congolais à respecter l’accord politique négocié avec la médiation de l’Église catholique et signé fin 2016. L’accord prévoyait la tenue d’élections présidentielles fin 2017, ainsi que des mesures visant à atténuer les tensions politiques. Ces engagements ont cependant été largement ignorés, et le président Joseph Kabila s’est maintenu au pouvoir par la violence et la répression.

Depuis le 31 décembre 2017, Human Rights Watch a interrogé 86 personnes en RD Congo, parmi lesquelles des victimes et des membres de leur famille, des témoins, des prêtres et d’autres responsables cléricaux, des employés des hôpitaux et des morgues, des activistes locaux, des agents des forces de sécurité et des dirigeants politiques.

Début décembre, le Comité laïc de coordination (CLC), un groupe d’intellectuels catholiques soutenu par des prêtres catholiques et des évêques de la RD Congo, a lancé un appel à manifester le 31 décembre. Ils appelaient tous les Congolais à protester contre l’échec de la mise en œuvre de l’accord dit de la Saint-Sylvestre et à « libérer l’avenir du Congo ». Les prêtres des paroisses congolaises avaient prévu d’organiser des processions pacifiques à partir de leurs églises, juste après la messe dominicale. Tous les grands dirigeants de l’opposition politique, les organisations de la société civile et les mouvements de citoyens soutenaient l’appel à manifester, nombre d’entre eux demandant aussi de manière explicite la démission immédiate de Kabila ainsi qu’une « transition citoyenne » pour restaurer l’ordre constitutionnel et organiser des élections crédibles.

Le 31 décembre, mais aussi les jours qui ont précédé les manifestations, les forces de sécurité ont procédé à l’arrestation d’un grand nombre de personnes, dont au moins six prêtres catholiques ainsi que des activistes pro-démocratie, des membres des partis d’opposition et d’autres manifestants pacifiques. Dans une tentative évidente d’empêcher l’information sur les manifestations de se propager, le gouvernement a ordonné aux compagnies de télécommunication de bloquer la diffusion des SMS et l’accès à Internet en RD Congo le 30 décembre. Le service n’a été rétabli que trois jours plus tard.

Selon l’Église, le 31 décembre au matin les forces de sécurité ont encerclé au moins 134 paroisses catholiques à Kinshasa et érigé des barrages routiers à travers toute la ville. Nombre d’habitants de Kinshasa ont été obligés de montrer leurs cartes d’électeurs, qui servent de carte d’identité en RD Congo, pour passer les barrages routiers et se rendre à l’église. Certaines personnes, notamment celles qui portaient ou tenaient de manière visible des objets à connotation religieuse ,– comme des croix, des bibles, des chapelets et des rameaux – ont été empêchées de passer ces barrages. Les forces de sécurité ont annoncé à certains d’entre eux qu’il n’y aurait pas de messe ce jour-là et qu’ils devaient rentrer chez eux.

Malgré ces méthodes d’intimidation musclées, les églises étaient ce jour-là bondées selon les prêtres et les fidèles. Ces fidèles ont tenté, avec d’autres, de manifester dans les villes de Beni, Bukavu, Butembo, Goma, Idjwi, Kindu, Kamina, Kananga, Kisangani, Lubumbashi, Matadi et Mbandaka, et dans la capitale. Partout dans le pays, les forces de sécurité ont rapidement et souvent violemment dispersé les manifestants.

À Kinshasa, les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes dans des églises d’au moins trois paroisses. Dans plusieurs autres paroisses, elles ont tiré des gaz lacrymogènes, à balles en caoutchouc et, dans certains cas, à balles réelles juste à l’extérieur des bâtiments de l’église, sur les terrains dépendant de ces paroisses.

« Au début de l’homélie, j’ai entendu un grand bruit à l’extérieur au moment où la police s’est mise à tirer des gaz lacrymogènes », a déclaré un prêtre de Kinshasa. « J’ai poursuivi mon service malgré tout. Il y a eu une deuxième détonation, puis une autre encore, et cette fois la police a tiré des gaz lacrymogènes à l’intérieur de l’église. C’était impossible de continuer et j’ai dû arrêter la messe pour permettre aux fidèles d’aller dehors pour respirer. »

Le 5 janvier, le porte-parole de la police de Kinshasa a déclaré que cinq personnes avaient été tuées le 31 décembre : un policier, deux bandits connus sous le nom de « kulunas », un soi-disant « terroriste » et un membre de la milice Kamuina Nsapu, qui seraient tous morts dans des circonstances sans rapport avec les manifestations.

En plus des huit décès qui ont pu être confirmés, Human Rights Watch a reçu des informations crédibles d’agents des forces de sécurité, de responsables des morgues et d’autres personnes faisant état d’au moins 20 autres personnes tuées à Kinshasa dont les corps ont été emmenés par les forces de sécurité vers des lieux qui n’ont pu être identifiés. Certains auraient été jetés dans le fleuve Congo. Human Rights Watch poursuit ses enquêtes sur tous les décès qui lui ont été signalés.

Les autorités congolaises devraient autoriser toutes les manifestations pacifiques conformément aux normes internationales relatives aux droits humains et veiller à ce que les forces de sécurité n’utilisent pas la force de manière excessive ou quand cela est inutile. Les individus qui font un usage illégal de la force ou se rendent coupables d’arrestations arbitraires et d’autres violations graves des droits de l’homme devraient faire l’objet de mesures disciplinaires adaptées, ou être poursuivis. Les autorités devraient aussi cesser de bloquer les communications, notamment en obligeant les entreprises de télécommunications à limiter l’accès à leurs services.

La mission de maintien de la paix de l’ONU en RD Congo, la MONUSCO, devrait appliquer son mandat en protégeant plus activement la population, notamment en se déployant avant les manifestations autour des zones où les personnes vont probablement se rassembler , pour empêcher les abus.

Les partenaires internationaux de la RD Congo devraient montrer aux responsables gouvernementaux et aux forces de sécurité qu’ils paieront le prix des méthodes violentes et répressives qu’ils utilisent pour maintenir l’emprise de Kabila sur le pouvoir, et que les principaux responsables de ces abus et ceux qui apportent un soutien financier ou politique à ces méthodes s’exposent notamment à des sanctions ciblées. Les bailleurs de fonds devraient cesser tout soutien direct au gouvernement et aux forces de sécurité congolaises jusqu’à l’adoption de mesures concrètes d’ouverture de l’espace politique, et demander des comptes aux responsables de violations graves des droits de l’homme. Le financement devrait être redirigé vers l’aide humanitaire, la société civile congolaise et les groupes de défense des droits humains. Les dirigeants régionaux devraient faire pression pour obtenir la démission de Kabila et travailler avec d’autres partenaires pour répondre aux préoccupations relatives à sa sécurité physique après son départ du pouvoir.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction devrait effectuer une visite en RD Congo pour enquêter et rendre compte publiquement de la violence contre les prêtres et les fidèles dans les paroisses catholiques autour du 31 décembre.

« Kabila et sa clique semblent prêts à utiliser tous les moyens à leur disposition pour écraser, faire taire et éliminer toute opposition à leurs efforts de maintien au pouvoir »a déclaré Ida Sawyer. « Avant la prochaine série de violences meurtrières et de répression, les partenaires internationaux de la RD Congo feraient bien de montrer à Kabila que de nouveaux abus ne pourront être tolérés. ».

Pour plus d’information, notamment des déclarations de victimes, de témoins et de prêtres, veuillez voir ci-dessous.

Lien du rapport :

https://www.hrw.org/fr/news/2018/01/20/rd-congo-les-forces-de-securite-ont-tire-sur-des-fideles-catholiques

Pour regarder la vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=T7Ny71nzaHc

Pour consulter d’autres communiqués ou rapports de Human Rights Watch sur la République démocratique du Congo, veuillez suivre le lien :

https://www.hrw.org/fr/africa/republique-democratique-du-congo

Les forces de sécurité encerclent les églises, interrompent les services religieux et dispersent les processions

Kinshasa compte plus de 160 paroisses catholiques. Des prêtres et des responsables cléricaux ont indiqué que ces paroisses avaient dans leur grande majorité été encerclées ou que leur fonctionnement avait été perturbé par les forces de sécurité pendant ou après la messe du dimanche 31 décembre. Selon une note technique publiée le 3 janvier par le nonce apostolique – le représentant diplomatique permanent du Saint-Siège –à Kinshasa, les forces de sécurité ont encerclé 134 paroisses catholiques dans la capitale ; elles ont entièrement bloqué l’accès aux messes et empêché leur célébration dans deux d’entre elles ; perturbé les services de la messe dans cinq autres ; pénétré dans les enceintes d’au moins dix-huit paroisses ; et tiré des gaz lacrymogènes dans au moins 10 d’entre elles. La note indique que des décès ont été signalés dans au moins trois paroisses.

Un prêtre de Kinshasa a déclaré à Human Rights Watch avoir été surpris par le nombre de personnes présentes pour assister à la messe ce jour-là, alors même que sa paroisse était encerclée par les forces de sécurité :

Généralement, une telle foule n’est présente que pour les grandes cérémonies religieuses. Mais le 31, c’était plutôt une messe ordinaire. Pourtant, ma paroisse a été inondée de fidèles, à l’intérieur de l’église comme à l’extérieur, dans la cour. J’ai été très surpris parce que les policiers s’étaient déjà déployés la veille à proximité de la paroisse et qu’ils avaient multiplié les barrières. J’étais certain que les fidèles auraient trop peur de venir assister à la messe le lendemain. Mais maintenant, je vois bien que le peuple congolais est déterminé.

Un autre prêtre de Kinshasa a déclaré que les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes et à balles réelles sur la foule des fidèles qui voulaient défiler après la messe, et qu’ils ont poursuivi ceux qui cherchaient à se réfugier à l’intérieur de l’église, où ils se sont servis de gaz lacrymogènes et se sont attaqués à la sacristie. Il a déclaré :

Quand les fidèles ont voulu défiler, les forces de sécurité ont tenté de les arrêter en bloquant la route et en tirant des gaz lacrymogènes en direction de la foule. Suivant des instructions données à l’avance, tous les Chrétiens se sont agenouillés et ont commencé à chanter des hymnes. Les forces de sécurité ont riposté en tirant à balles réelles, blessant deux personnes. Dans la panique, certains fidèles ont couru se réfugier dans l’église.

Dix minutes plus tard environ, les policiers ont fait effraction dans la paroisse et ont tiré au moins six salves de gaz lacrymogènes sur les enfants, les personnes âgées et les autres personnes qui cherchaient refuge à l’intérieur de l’église. Ensuite ils ont tout saccagé, y compris les bancs et la crèche. Ils ont même tenté de mettre le feu à la statue de la Vierge Marie. Ils sont entrés dans la sacristie et ils ont tout fouillé de manière systématique, apparemment pour trouver de l’argent ou d’autres objets de valeur.

Dans une autre paroisse de Kinshasa, le prêtre a décidé, compte tenu de l’important déploiement de forces de sécurité, de ne pas faire de marche en dehors de la paroisse, mais d’organiser une procession entre l’église et la grotte  « Les fidèles suivaient les acolytes qui portaient des croix et d’autres symboles religieux tout en s’avançant vers la statue », a-t-il expliqué. « Quand les forces de sécurité qui se trouvaient dehors ont vu ce qui se passait, ils ont immédiatement lancé des gaz lacrymogènes. Un policier a alors tiré à balles réelles sur les personnes qui étaient arrivées jusqu’à la  grotte et blessé deux d’entre elles ».

Meurtres commis par les forces de sécurité

Les huit personnes dont l’assassinat a été confirmé par Human Rights Watch étaient tous des hommes d’âge adulte. Trois d’entre eux étaient des personnes âgées.

Les forces de sécurité ont abattu un percepteur de 23 ans dans un bus à Kinshasa alors qu’il se rendait à son travail. Son frère a déclaré à Human Rights Watch :

Mon frère allait à son travail quand il a aperçu des gens qui couraient dans tous les sens, poursuivis par les forces de sécurité. Il a fini par se retrouver face à un groupe de militaires qui l’ont accusé d’être avec les manifestants. Il leur a répondu qu’il n’était pas avec eux, puis il a vu un militaire charger son arme et il s’est enfui. Le militaire lui a tiré dessus, le touchant à la main puis à l’épaule… Ça me fait mal d’entendre les autorités dire que les militaires n’ont tué personne, quand c’est le cas dans ma propre famille.

Une femme a raconté que la police avait abattu son fiancé, un chauffeur de moto-taxi âgé de 44 ans, à 10 mètres de l’entrée d’une église de Kinshasa :

Mon fiancé n’était pas un catholique, mais il avait participé à la marche comme tout citoyen qui veut que notre pays change. Après la marche, alors qu’ils rentraient à la paroisse sous la conduite des prêtres catholiques, les policiers ont commencé à les disperser avec du gaz lacrymogène et en tirant sur la foule à balles réelles. Mon fiancé a tenté d’aider une bonne sœur à ramasser sa chaussure qui s’était détachée. Il a été frappé d’une balle à la poitrine, juste devant la paroisse. Nous devions célébrer notre mariage dans quelques semaines. Maintenant il n’est plus là.

Après que le chauffeur de taxi ait été abattu, un homme a crié que les policiers avaient tué « un innocent » connu de tout le voisinage. Les policiers l’ont abattu lui aussi.

Un acteur de théâtre âgé de 60 ans a été abattu devant son domicile à Kinshasa lorsque les forces de sécurité ont dispersé la foule qui se trouvait à proximité. Sa femme a raconté la scène :

Mon mari ne participait pas à la manifestation, il parlait à son frère devant notre maison quand une jeep de la police est arrivée. Ils se sont mis à tirer sur la foule qui se trouvait à proximité. Mon mari a été touché au flanc droit par une balle qui est ressortie au niveau du bas-ventre. Comme il saignait beaucoup, nous l’avons emmené directement à la clinique de notre quartier. Il a ensuite été transféré dans un hôpital public. Il est mort des suites de sa blessure quatre jours plus tard.

Une femme a déclaré que son mari, un retraité de 75 ans, était mort asphyxié après avoir respiré du gaz lacrymogène pendant la messe à Kinshasa le 31 décembre :

Le dimanche, je suis allé à l’église avec mon mari, qui était en très bonne santé. Après la messe, le prêtre nous a conseillé de ne pas sortir parce que l’église était cernée par les policiers. Mon mari est quand même sorti. Peu après, je l’ai vu revenir en courant, les mains sur le visage. Ses yeux étaient enflés, ses lèvres semblaient brûlées, et tout son corps s’est soudainement transformé. Un autre fidèle m’a dit qu’un policier avait tiré des gaz lacrymogènes dans sa direction au moment où il s’approchait avec d’autres du portail pour quitter l’enceinte de la paroisse et manifester. Nous l’avons emmené à l’hôpital où il est mort le jour même.

Le fils d’un enseignant catholique de 67 ans a déclaré que son père était mort après avoir inhalé des gaz lacrymogènes tirés par des policiers dans sa paroisse après la messe dominicale :

Le dimanche, quand mon père est rentré de l’église, il a dit qu’il avait des vertiges à cause des gaz lacrymogènes tirés par la police à l’extérieur de l’église. Le mardi suivant, tout son corps a commencé à être affecté. Il ne pouvait plus parler, ni bouger ; seule sa main droite bougeait encore un peu. Nous l’avons emmené à la clinique locale. Ils l’ont transféré aux services d’urgence. Il est mort deux jours plus tard.

À Kananga, dans la province du Kasaï-Central, un prêtre a déclaré à Human Rights Watch que les forces de sécurité avaient abattu un membre de sa paroisse âgé de 22 ans alors qu’il rejoignait les fidèles qui organisaient une marche.

Un maçon catholique de 28 ans a été abattu après avoir assisté à la messe dominicale dans une église de Kinshasa. Son oncle a déclaré à Human Rights Watch que sa famille n’avait pas pu récupérer son corps à la morgue ou organiser ses funérailles :

Quand nous sommes allés à la morgue, des membres de la police militaire nous ont interceptés et nous ont arrêtés avec un journaliste étranger et deux avocats qui nous accompagnaient. Ils nous ont emmenés dans un camp militaire où nous avons été détenus jusqu’au soir. Ils nous ont reproché d’emmener des étrangers à la morgue pour faire des interviews et lancer des accusations contre le président. Deux jours plus tard, nous sommes retournés à la morgue avec l’argent pour embaumer le corps, mais une fois les formalités accomplies, un officier du renseignement est intervenu pour nous dire que personne n’avait le droit de toucher à ce corps jusqu’à nouvel ordre. Il a déchiré tous les documents que nous avions remplis et pris notre argent. Depuis, nous craignons de retourner à la morgue, tout en redoutant que le corps de notre frère ne commence à se décomposer. Nous espérons que les autorités nous le rendront et qu’elles nous autoriseront à organiser les funérailles qu’il mérite en toute dignité.

Le 18 janvier, la famille a finalement été autorisée à récupérer le corps.

Personnes blessées par les forces de sécurité

Des dizaines de personnes ont été blessées à Kinshasa et dans d’autres villes lorsque les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes, avec des balles en caoutchouc et à balles réelles dans l’enceinte des églises et sur les manifestants le 31 décembre. Au moins 27 personnes ont été blessées par balle à Kinshasa selon les registres des hôpitaux consultés par Human Rights Watch.

Une femme a raconté à Human Rights Watch que sa sœur de 20 ans, étudiante à Kinshasa, avait été blessée au visage :

Ma petite sœur venait de sortir pour acheter du pain quand un policier a tiré sur une foule et c’est comme ça que ma sœur a été touchée. La balle l’a atteinte au visage, elle a perdu ses dents, sa lèvre supérieure et une partie de sa lèvre inférieure. Sa langue a également été touchée.

La jeune femme a ensuite été évacuée pour être soignée à l’étranger.

Un prêtre de Kinshasa a déclaré qu’il avait été touché sous l’œil par une balle en caoutchouc :

Je suis allé à la porte de l’église pour demander aux fidèles d’entrer calmement et pour demander aux forces de sécurité d’arrêter de leur tirer dessus. Je faisais des signes de la main aux forces stationnées juste en face de l’église et j’ai vu une femme blessée par balles juste devant la paroisse. Des jeunes l’ont tirée sur le bord de la route face aux forces de sécurité et ont commencé à crier que les policiers avaient tué une fille innocente ; elle ne bougeait pas et nous pensions qu’elle était morte. Alors je me suis adressé aux forces de sécurité pour dire :« Regardez ce que vous avez fait. Personne ne protestait, personne ne vous attaquait, pourquoi avez-vous tiré ? »

Un policier a alors demandé à un autre de me tirer dessus. Il a tiré une balle en caoutchouc en visant mon œil gauche. J’ai bougé un peu, et la balle m’a touché entre l’œil et la joue. Malgré cela, je pensais que nous ne pouvions pas laisser le corps de cette jeune fille à cet endroit, sinon les forces de sécurité l’emmèneraient, sans laisser de trace. J’ai traîné son corps vers l’église. Mais la police m’a dit que je ne pouvais pas l’emmener, et c’est à ce moment-là qu’ils ont tiré les gaz lacrymogènes pour empêcher les gens de s’emparer de son corps.

Un journaliste à Kinshasa a déclaré que des policiers et des militaires l’avaient violemment passé à tabac:

Après la messe, nous sommes sortis manifester pacifiquement malgré les balles et les gaz lacrymogènes tirées par les forces de sécurité. Lorsque nous nous sommes rapprochés des policiers et des militaires, les tirs se sont intensifiés et j’ai voulu m’enfuir. Ils m’ont poursuivi et m’ont rattrapé. L’un des policiers m’a frappé à la tête avec son fusil et je suis tombé par terre. Quand j’ai essayé de me relever, un militaire m’a frappé au bras droit, et je suis retombé. J’avais des douleurs lancinantes à la tête et au bras. L’un d’eux a dit :« Tu joues avec Kabila, mais c’est lui qui a les armes ». Ils ont ensuite fouillé mes poches, ils ont pris ce qui s’y trouvait, j’étais ensanglanté, ils m’ont dit de filer.

Dans la ville de Kasindi, dans la province du Nord-Kivu, des jeunes activistes pro-démocratie ont tenté de protester, brandissant des pancartes demandant à Kabila de quitter le pouvoir. Les policiers les ont rapidement dispersés et deux activistes ont été battus jusqu’à en perdre connaissance. Quatre d’entre eux ont été hospitalisés pendant deux jours.

Arrestations arbitraires

Les forces de sécurité ont arrêté des dizaines de personnes le 31 décembre et dans les jours qui ont précédé les manifestations. De nombreuses personnes arrêtées ont été violemment battues. Le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies a documenté140 arrestations pour la seule journée du 31 décembre. Selon la note technique du nonce apostolique, six prêtres au moins figuraient parmi les personnes arrêtées le 31 décembre.

Selon les recherches menées par Human Rights Watch, les forces de sécurité ont, les 29 et 30 décembre, arrêté au moins 22 individus, des activistes pour la plupart, alors qu’ils organisaient des manifestations de petite taille ou mobilisaient des personnes afin qu’elles participent aux manifestations plus importantes prévues pour le 31 décembre.

Le 29 décembre à Kananga, la police a arrêté 12 personnes lors d’une manifestation pacifique. L’un d’entre eux a été libéré, mais les autres sont toujours incarcérés à la prison centrale de Kananga : parmi eux se trouvent 10 activistes des mouvements citoyens LUCHA, Filimbi et « Debout Congolais Bâtissons » et un membre du parti politique Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS). Ils ont tous été accusés de « désobéissance à l’autorité publique ».

À Kindu, dans la province de Maniema, le 29 décembre, des agents de la police et du renseignement ont arrêté un activiste du mouvement Filimbi qui avait mobilisé des personnes afin qu’elles participent à la marche prévue le 31 décembre. Il est toujours en prison et a été accusé d’insulte au chef de l’État et d’incitation à la révolte.

À Kisangani, dans la province de la Tshopo, deux activistes de LUCHA ont été arrêtés le 29 décembre et un autre le 30 décembre alors qu’ils mobilisaient des personnes afin qu’elles participent aux manifestations prévues. Ils ont d’abord été détenus par les services de renseignement puis transférés à la prison centrale de Kisangani. Ils sont poursuivis pour « incitation de la population à la révolte contre les autorités au pouvoir ». L’un d’entre eux a été libéré provisoirement le 15 janvier et les deux autres le 18 janvier, mais les poursuites n’ont pas été abandonnées.

Le 30 décembre, Carbone Beni, coordinateur national du collectif de jeunes Filimbi, a été arrêté avec cinq autres activistes alors qu’ils mobilisaient des habitants de Kinshasa afin qu’ils participent à des manifestations prévues pour le lendemain. Deux activistes ont été libérés, mais les services de renseignement maintiennent les quatre autres en détention arbitraire et au secret, sans qu’ils puissent avoir accès à leurs familles ou à leurs avocats.

L’un des activistes libérés a décrit leur arrestation :

Vers 14h ou 15h, nous avons décidé de faire une pause pour manger. Les autres sont entrés dans un restaurant et je suis resté dans la voiture. J’ai alors vu un homme en civil s’approcher de la voiture. Il a pointé son arme sur moi et m’a donné l’ordre d’entrer dans le restaurant où les autres se trouvaient. Une douzaine d’assaillants ont alors fait irruption dans le restaurant et nous ont forcés à sortir du restaurant et à entrer dans leur voiture. Ils nous ont emmenés dans l’immeuble administratif local où ils nous ont tabassés et nous ont dit que nous nous battions contre le chef de l’État et que nous allions mourir à cause de notre obstination. Ensuite ils nous ont emmenés à un poste de police où ils nous ont présentés à des journalistes comme des terroristes qui troublaient l’ordre public. Ils nous ont interrogés jusqu’à la tombée de la nuit. Chaque fois que nous donnions une réponse qui ne les satisfaisait pas, ils nous tabassaient. Plus tard, ils ont dit qu’ils nous emmèneraient voir les services de renseignement, où nous serions tués.

Human Rights Watch a documenté des arrestations du 31 décembre à Kinshasa, Idjwi, Beni, Butembo, Kamina, Mbandaka et Lubumbashi.

Un prêtre de Kinshasa a déclaré que la police l’avait arrêté dans sa paroisse peu après la messe du dimanche :

Les policiers m’ont fait sortir de la sacristie. Ils m’ont attaché les mains avec une corde avant de me mettre les menottes. Ils m’ont ensuite embarqué dans leur pick-up et m’ont forcé à m’allonger sous le banc. Un policier m’a dit : « Voilà, tu vas mourir pour rien. Ce que tu fais, ce n’est plus de la religion, c’est de la politique, et nous allons t’emmener dans un endroit dont tu ne reviendras jamais. » Malgré tout ça, je n’ai pas répondu, j’ai gardé mon calme.

Le prêtre a été emmené au poste de police et détenu pendant plusieurs heures avant d’être relâché.

À Mbandaka, dans la province d’Équateur, la police a arrêté six manifestants pacifiques, dont trois activistes de LUCHA. Ils ont été libérés deux jours plus tard. À Idjwi, la police a arrêté sept personnes, dont plusieurs membres des mouvements citoyens « C’en est trop » et LUCHA, peu après le départ de leur marche. Ils ont été libérés plus tard dans la journée. À Lubumbashi, la police a arrêté 21 personnes alors qu’elles tentaient d’entamer leur marche. Elles ont été libérées plusieurs jours après.

À Kamina, dans la province de Haut-Lomani, la police a arrêté 11 membres du parti d’opposition UDPS alors qu’ils quittaient l’église après la messe du dimanche et se préparaient à entamer la marche. Quatre d’entre eux ont été passés à tabac par la police et grièvement blessés. Ils ont tous été libérés deux jours plus tard. L’un d’eux a décrit ainsi leur arrestation :

Quand la messe a pris fin, nous étions prêts à commencer la marche lorsque nous nous sommes retrouvés devant un groupe de policiers qui s’est mis à tirer des gaz lacrymogènes dans notre direction. Nous nous sommes agenouillés pour montrer que nous étions pacifiques, mais ils ont commencé à nous rouer de coups.

À Beni, dans la province de Nord-Kivu, des activistes de LUCHA ont tenté de marcher avec d’autres personnes, mais des policiers les ont rapidement encerclés et battus avant d’emmener quatre activistes et deux journalistes à un poste de police, puis de les relâcher plus tard dans la soirée. Un activiste de LUCHA qui figurait parmi les personnes arrêtées a déclaré :

Nous étions au moins 13. On brandissait des pancartes quand les policiers nous ont encerclés. Ils ont pris nos pancartes et ont commencé à nous battre à coups de grands gourdins. Nous avons résisté en nous donnant la main. Puis ils nous ont forcés à monter dans une jeep de la police et nous ont emmenés en prison. Un autre activiste est venu nous voir avec de la nourriture, mais la police l’a battu lui aussi et lui a fracturé le bras gauche.

À Butembo, dans la province de Nord-Kivu, la police a tiré des gaz lacrymogènes et lancé des coups de semonce en direction des manifestants qui tentaient de marcher pacifiquement. Une femme a été blessée. Quatre activistes de LUCHA ont été arrêtés et passés à tabac. Ils ont été libérés quatre jours plus tard. L’un des activistes a raconté :

Peu après le début de notre marche avec les fidèles catholiques, la police est venue et a arrêté certains d’entre nous tandis que d’autres parvenaient à s’échapper. Ils nous ont battus avec des gourdins. Ils nous ont ensuite emmenés voir d’autres policiers, qui nous ont battus eux aussi. Un agent du renseignement est ensuite venu nous frapper avec des bâtons et des tubes en fer comme ceux qu’on trouve dans les stations-service. Nous avons passé quatre jours en prison, sans droit de visite ni accès à notre avocat. Nous avons eu du mal à trouver à manger, mais certains prisonniers ont partagé le peu qu’ils avaient. Nous avons finalement été libérés après l’intervention de la MONUSCO et d’autres personnes. Notre santé reste fragile. J’ai mal partout et j’ai des plaies aux mains et aux fesses.

Violences commises par des manifestants

Violence ou vandalisme de la part des manifestants ont été absents dans la plupart des villes.  À Lubumbashi dans le sud-est du pays, certains manifestants ont néanmoins lancé des pierres aux policiers après que ces derniers aient commencé à tirer des gaz lacrymogènes pour les disperser. Certains manifestants de Lubumbashi ont également brûlé des pneus dans les rues de la commune de la Kenya et incendié deux véhicules, l’un à la Kenya et l’autre dans la commune de Katuba.

Réponse de l’Église catholique à la crise politique en RD Congo

Presque six mois après la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre, les 49 archevêques et évêques de l’influente Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ont publié le 23 juin 2017 une déclaration appelant le peuple congolais à se mettre «debout » et à « prendre [son] destin en main ». Ils ont appelé à la mise en œuvre intégrale de l’accord de la Saint-Sylvestre et ont mis en cause ceux qui sont au pouvoir pour avoir échoué à organiser des élections et pour les nombreux problèmes que traverse le pays. Selon la constitution congolaise, Kabila aurait dû quitter le pouvoir au plus tard le 19 décembre 2016, à la fin de ses deux mandats. Les évêques ont réitéré leur appel dans une deuxième déclaration publiée le 24 novembre.

Le 2 décembre, en réponse à ces appels, le Comité laïc de coordination (CLC) a lancé un « dernier appel » à Kabila pour qu’il déclare publiquement qu’il ne sera pas candidat aux prochaines élections conformément à la constitution, et pour mettre en application les conditions préalables nécessaires à la tenue des élections, notamment la libération des prisonniers politiques, le retour des dirigeants de l’opposition en exil, la réouverture des médias arbitrairement fermés, la restructuration de la commission électorale nationale et la fin du  « dédoublement » des partis politiques – c’est-à-dire la création de nouveaux partis politiques alliés à la coalition au pouvoir et qui portent le même nom que les partis d’opposition.

Le 17 décembre, ces demandes n’ayant pas été satisfaites, le CLC a appelé la population congolaise, y compris les Chrétiens de tout le pays et de l’étranger, à marcher le 31 décembre.

Le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, a publié une déclaration le 2 janvier qualifiant de « barbare » l’usage excessif de la force contre les fidèles catholiques et autres manifestants pacifiques et appelant les dirigeants du pays à « se retirer et permettre à la paix et la justice de régner au Congo ».

Le 11 janvier, la Conférence nationale des évêques a publié un communiqué dénonçant les attaques contre l’Église catholique et sa hiérarchie et demandant des sanctions contre ceux qui ont torturé, blessé et tué des concitoyens et délibérément profané des églises.

Le 12 janvier, le cardinal Monsengwo a présidé une messe de requiem à la cathédrale Notre-Dame de Kinshasa à la mémoire des personnes tuées le 31 décembre. Après la messe, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les fidèles qui quittaient l’église, y compris ceux qui accompagnaient un chef de l’opposition, Vital Kamerhe. Au moins deux personnes ont été grièvement blessées.

De nombreux membres du CLC craignent pour leur sécurité et ont reçu des appels et visites suspects, tandis que des rumeurs circulaient au sujet des mandats d’arrêt qui auraient été émis à leur encontre.

Normes juridiques congolaises et internationales

Il apparaît que les actions des autorités congolaises et des forces de sécurité le 31 décembre et autour de cette date ont été menées en violation du droit congolais et des normes internationales des droits humains.

La constitution congolaise et les accords internationaux auxquels la RD Congo est partie, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, garantissent tous le droit à la liberté de religion, de réunion pacifique et à la liberté d’expression.

La constitution et la loi électorale exigent que les organisateurs de manifestations politiques informent les autorités locales par écrit 24 heures avant la date prévue pour l’événement, mais aucune autorisation préalable n’est exigée. Dans une lettre remise le 27 décembre, le CLC a informé le gouverneur de Kinshasa des marches prévues pour le 31 décembre. Human Rights Watch a obtenu copie de cette lettre, avec accusé de réception de la mairie.

Les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, qui énoncent les normes juridiques internationales sur le recours à la force par les forces de l’ordre, prévoient que les forces de sécurité usent de moyens non violents avant de recourir à la force. Chaque fois que l’usage légitime de la force est inévitable, les autorités doivent faire preuve de retenue et agir proportionnellement à la gravité de l’infraction. La force mortelle ne peut être utilisée que si elle est strictement inévitable pour protéger la vie. En vertu des Principes de base, en cas de décès ou de blessure grave, les organismes appropriés doivent procéder à une enquête et un rapport détaillé doit être envoyé rapidement aux autorités administratives compétentes ou chargées des poursuites judiciaires.

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Le dernier jour de l’année 2017 a été sanglant en République démocratique du Congo (RDC). En effet les manifestations des catholiques pour exiger le départ du président Joseph Kabila ont été émaillées par le décès de 8 personnes et une centaine d’arrestations, a confié à l’AFP une source onusienne. Les manifestants entendaient rappeler qu’à la même date en 2016, un accord, parrainé par les évêques, avait fixé les élections présidentielles pour fin 2017, auxquelles Kabila ne prendrait pas part, après ses deux mandats qui lui permet la Constitution. Finalement, au meilleur des cas, ce scrutin n’aura lieu qu’en 2018.

Dans ses voeux présentés à la nation, un message préenregistré diffusé à la télévision hier dimanche 31 décembre 2017 dans la soirée, Kabila a rappelé que le calendrier électoral, déjà publié, a programmé la présidentielle 23 décembre 2018 et qu’elle « conduit de manière irréversible vers l’organisation des élections ».
Il s’en est pris aux manifestants, invitant à la « vigilance » de manière à « barrer la route à tous ceux qui (cherchent à se) servir de prétexte des élections depuis quelques années, seraient tentés aujourd’hui de recourir à la violence pour interrompre le processus démocratique en cours et plonger le pays dans l’inconnu ».

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Alors que les sanctions pleuvent sur le régime et que la communauté internationale le presse de déguerpir au plus tard en décembre 2017, après la limite que lui a fixée la Constitution suite à ses deux mandats, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, joue les prolongations plus que de raison. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a asséné ce jeudi 12 octobre 2017 qu’il n’ y aura pas d’élection présidentielle avant 2019, rapporte l’Agence Ecofin. La raison, ou le prétexte : Elle a besoin de 504 jours après l’achèvement du recensement, en cours, pour organiser le scrutin.

Il est vrai que l’opération, notamment dans des régions telles que le Kasaï, gagnées par des violences, est devenue un vrai casse-tête. Mais cet argument passera difficilement face à une opposition qui est révoltée par le fait que Kabila se cramponne à son fauteuil, alors que son mandat a expiré depuis le 20 décembre 2016…

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On croyait que la République Démocratique du Congo (RDC) en avait fini avec la crise politique, émaillée par des affrontements sanglants, mais c’était sans compter sur les tours de passe-passe et atermoiements du pouvoir en place. Ce dernier vient de remettre en cause l’accord arraché aux forceps par les évêques catholiques et signé par l’opposition et le régime le 31 décembre 2016. Le président Joseph Kabila, par qui la crise est arrivée – du fait de son entêtement à briguer un 3ème mandat, alors que la Constitution les limite à 2 -, a sorti un autre lapin de son chapeau en conditionnant la reconnaissance de cet accord par le renouvellement, par ses soins, du statut accordé aux évêques pour conduire les négociations, rapporte l’AFP.

Alors que les évêques catholiques avaient bouclé leur mission et ont invité hier mardi 03 janvier 2017 le pouvoir et l’opposition à soumettre aujourd’hui les critères pour nommer le Premier ministre, des membres du Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA), la taille de la formation gouvernementale et la répartition des tâches durant la transition, patatras, Aubin Minaku, secrétaire général de la Majorité présidentielle et président de l’Assemblée nationale, déclare ceci : « Les évêques doivent d’abord présenter le rapport (au sujet de l’accord, ndlr) au président de la République et celui-ci devra reconfirmer dans son pouvoir discrétionnaire le mandat des évêques et le préciser pour la suite ». Une belle pirouette, aux conséquences potentiellement dangereuses pour un pays au bord du précipice.

Minaku est formel : Pas question pour l’actuelle majorité d’avaliser l’application d’un quelconque accord sans le feu vert formel de Kabila. « C’est le moment de respecter les prérogatives du président de la République, la Constitution et les institutions de la RDC », a-t-il martelé.

L’homme d’affaires Moïse Katumbi, un des plus farouches opposants de Kabila, actuellement en exil, est immédiatement monté au front pour dénoncer des manoeuvres visant à torpiller l’accord qui stipule que le président Kabila peut garder son fauteuil jusqu’à l’élection, à laquelle il ne prendra pas part, à la fin de cette année. « Nul retard volontaire, nul subterfuge, nul blocage ne seront tolérés dans l’application de l’accord », a dit Katumbi dans un communiqué.

L’Organisation internationale de la Francophonie a mis son grain de sel dans cette agitation qui porte tous les germes de la déstabilisation de toute la région. La Secrétaire générale de l’OIF, Michaëlle Jean, dans un communiqué, invite « tous les acteurs congolais (…) à tout mettre en œuvre pour sauvegarder les acquis de cet accord et s’engager résolument en faveur d’une transition politique pacifique et démocratique ».

Pour rappel, cet accord, qui a nécessité deux semaines d’intenses pourparlers, a permis d’éloigner le spectre d’affrontements meurtriers suite à la décision de Kabila de rester au pouvoir après l’expiration de son mandat, le 20 décembre 2016, alors que l’opposition a battu le pavé pour exiger qu’il déguerpisse. Le subterfuge de l’actuel président, qu’on redoutait, est en passe de faire exploser le fragile accord…

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Peut-être la fin des tensions et des heurts sanglants en République Démocratique du Congo (RDC), sur fond d’obstination de l’actuel président, Joseph Kabila, à se cramponner au pouvoir malgré le couperet constitutionnel qui lui interdit de briguer un troisième mandat. Après d’âpres négociations, sur plusieurs mois, la conférence épiscopale de la RDC est parvenue à arracher un accord politique entre le pouvoir et l’opposition hier jeudi 22 décembre 2016 dans la soirée, rapporte Africanews.

Il est convenu que Kabila lâche son fauteuil à la fin de 2017, quoi qu’il se passe. Pour rappel, le précédent accord, sous la houlette du médiateur de l’Union africaine, Edem Kodjo, stipulait que le président partirait en avril 2018, après la tenue des élections, auxquelles, bien entendu, il ne prendrait pas part. C’est cet accord qui avait permis à Kabila de bomber le torse et de mener la vie dure à ses opposants. Il semble qu’on lui ait retiré le tapis sous le pied, même si théoriquement il a encore le temps de voir venir avant de rendre son tablier…

Autre point de l’accord paraphé par les parties en conflit, et non des moindres : Interdiction formelle de tripatouiller la Constitution pour permettre à Kabila de lorgner un autre mandat. Par ailleurs il devra s’accommoder d’un nouveau Premier ministre, issu des rangs de l’opposition pilotée par l’intraitable Etienne Thisekedi.
D’ailleurs ce dernier veillera personnellement sur l’application de l’accord. A noter que le porte-parole du gouvernement n’a pas souhaité s’exprimer sur les termes de ce document…

Le texte passe ce matin entre les mains des parlementaires, pour une adoption en plénière dans la foulée. La signature officielle est programmée cet après-midi même.

Rappelons que le mandat de Kabila a expiré depuis le mardi 20 décembre 2016 et il était censé faire place nette à cette date, mais tout ce qu’on a vu c’est un déploiement impressionnant de forces de l’ordre qui s’en sont prises aux protestataires : Bilan 34 personnes tuées. A moins que le président sorte un autre lapin de son chapeau dans quelques semaines ou mois, le pays en a terminé avec ces épisodes sanglants, grâce à cet accord…

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Bloomberg, une agence de presse américaine spécialisée dans les dossiers économiques, s’est penchée sur les affaires très florissantes du président congolais, Joseph Kabila et sa famille. L’enquête, qui a été mise sur la place publique hier jeudi 15 décembre 2016, fourmille de détails sur le gros business des Kabila. Le travail, qui a pris un an, a été fait par trois journalistes ; ils sont rentrés dans les arcanes du système de la famille présidentielle, grâce à plusieurs dizaines d’entretiens et des “milliers de documents d’entreprises et de documents judiciaires”.

D’après ce rapport fracassant, qui confirme des informations déjà ébruitées par le magazine Forbes, “les Kabila ont bâti ensemble un réseau d’entreprises qui s’étend dans tous les secteurs de l’économie congolaise et qui a rapporté des centaines de millions de dollars à leur famille (…). Depuis 2003, la famille Kabila a mis en place un réseau international d’affaires avec des participation dans 70 entreprises au moins”. Bloomberg précise que Kabila, son épouse, ses deux enfants et huit de ses frères et sœurs sont derrière “plus de 120 permis d’extraction d’or, de diamants, de cuivre, de cobalt et d’autres minerais” en RDC.

Mais l’appétit des Kabila ne s’arrête pas là, ils auraient également mis le grappin sur “la banque, l’agriculture, la distribution de carburant, le transport aérien, la construction de route, l’hôtellerie, la fourniture de produits pharmaceutiques, le secteur des agences de voyages, le commerce et les boîtes de nuits”, indiquent les auteurs de l’enquête. Ces entreprises, d’après eux, opèrent au Congo, mais également aux États-Unis, à Panama, en Tanzanie et sur l’île de Niue, un paradis fiscal notoire du Pacifique. Bref, c’est un véritable empire que les Kabila se sont bâti là ! De manière illicite, bien entendu, la moindre des entorses étant un énorme conflit d’intérêt…

D’après Bloomberg, tout ce système économique très juteux “pourrait aider à comprendre la raison pour laquelle le président (congolais) ignore les appels des États-Unis, de l’Union européenne et d’une majorité de Congolais à rendre son pouvoir la semaine prochaine”, comme le lui dicte la Constitution, au terme de son deuxième mandat. Mais Kabila traine les pieds et n’hésite pas à faire preuve de poigne, sanglante, pour tenir en respect l’opposition.

La RDC, comme on le sait, est assise sur d’immenses richesses minières, mais l’écrasante majorité de la population – près de 90% – ne voit pas la couleur de cette fortune brassée par les autorités et se contente de moins de 1,25 dollar par jour, d’après l’ONU.
L’actuel président a pris les rênes du pays après le meurtre de son père, Laurent-Désiré Kabila, un chef rebelle qui a poussé à l’exil le dictateur Mobutu Sese Seko, en mai 1997, et a pris sa place. Joseph Kabila a joué le jeu de la démocratie en 2006 et a été élu ; il a même été réélu en 2011, mais cette fois avec des soupçons, et même plus, de fraudes massives. Il est censé rendre le pouvoir ce 20 décembre, mais les bruits de botte qu’on entend dans le pays font penser qu’il va garder son fauteuil, par la force…

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